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Card. Sergio da Rocha, photo Archives CNBB

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« Je vous souhaite à tous, à la fin du Synode, d’être fatigués et heureux »

Discours d’accueil du card. Sérgio da Rocha

« Je vous souhaite à tous, à la fin du Synode, d’être fatigués et heureux » : ce sont les paroles du cardinal Sérgio da Rocha, Rapporteur général du Synode des évêques sur les jeunes, lors de la 1ère Congrégation générale de la XVe Assemblée générale ordinaire du Synode des Évêques, dans l’après-midi du 3 octobre 2018.

Voici des extraits de ce long discours, choisis et traduits par Zenit.

Mot d’introduction du Card. Sérgio da Rocha

Prenant la parole pour la première fois à l’Assemblée synodale, je voudrais tout d’abord remercier le Saint-Père pour le choix du thème : « Jeunes, foi et discernement vocationnel ». Après avoir consacré ces dernières années à la réflexion et au discernement sur la famille, maison de vie et école de communion, nous sommes maintenant appelés à porter notre attention sur les jeunes. Dans un monde de plus en plus marqué par la mondialisation de l’indifférence, les familles et les jeunes semblent être les personnes les plus vulnérables. C’est donc sur eux que nous devons nous concentrer. Pour nous, mettre les jeunes au centre signifie vérifier la qualité de nos propositions, de notre action éducative et pastorale, de notre capacité à transmettre la foi aux jeunes générations et à accompagner chaque jeune pour discerner l’appel que le Seigneur lui adresse. Et vérifier si nous avons le courage apostolique qui doit nous caractériser en tant que disciples du Seigneur qui ont à cœur « Tout l’homme et tous les hommes » (cf. Paul VI, Populorum Progressio, n. 14 et 42 ; Benoît XVI, Caritas in veritate, n. 55 et 79 ; François, Evangelii Gaudium, n. 181), avant tout les plus pauvres et les rejetés. Merci, Saint-Père, car à travers cet engagement, vous nous invitez à réveiller notre passion apostolique et notre enthousiasme d’être le peuple de Dieu appelé au service de tous !

Nous vous sommes également reconnaissants pour la récente publication de la Constitution apostolique Episcopalis communio. Celle-ci nous aide à vivre le Synode comme expression d’une Église constitutionnellement synodale, au sein de laquelle tout le Peuple de Dieu, dans la diversité de ses membres, est activement engagé sur le chemin du renouveau.

J’espère que ce Synode sera une bonne expérience pour rétablir et requalifier ces alliances intergénérationnelles qui donnent solidité et sécurité au monde et à l’Église.

J’entre immédiatement dans les travaux du synode en vous présentant le résumé de l’écoute ecclésiale de ces deux dernières années de préparation qui nous ont vu engagés sous différentes formes. Je parle bien entendu de l’Instrumentum laboris, c’est-à-dire de tout ce qui est apparu durant le temps de préparation.

Le temps d’écoute a produit des milliers de pages provenant du monde entier : l’Instrumentum laboris est un texte de référence qui résume toutes ces contributions d’une manière bien organisée à la lumière de la foi et de la Parole de Dieu et qui nous aide à avoir un regard entier sur les questions que nous aurons à traiter, sans nous disperser dans d’autres questions qui ne sont pas liées au synode.

Le Synode est un temps de travail ecclésial particulier, où chacun de nous sera appelé à donner le meilleur de lui-même d’un point de vue fraternel, culturel, spirituel et pastoral. Ne reculons pas, mais créons les bonnes conditions pour vivre et travailler ensemble, afin que ces semaines soient un beau témoignage prophétique d’une Église capable de discerner ensemble. Je vous souhaite à tous, à la fin du Synode, d’être fatigués et heureux : fatigués parce que nous aurons vraiment travaillé dur, heureux parce que nous aurons donné le meilleur de nous-mêmes au service du Seigneur et de l’Église !

Je vous donne maintenant quelques indications que j’estime importantes. Elles concernent tout d’abord la méthode de travail et le chemin que nous serons appelés à parcourir ensemble ; dans un second temps, je tenterai de clarifier quelques termes clés du Synode.

Le discernement, une façon de procéder

Plus qu’une méthode de travail, un style d’être Eglise

C’est précisément parce qu’il n’existe pas de « recette toute faite » ou de « solution toute faite » aux nombreuses questions soulevées par l’écoute synodale que nous devons tous nous mettre en « état de discernement ».

Nous ne pouvons pas penser que notre offre d’accompagnement au discernement vocationnel est crédible pour les jeunes si nous ne montrons pas que nous savons comment pratiquer le discernement dans la vie ordinaire de l’Église, en en faisant d’abord un style communautaire avant d’en faire un outil opérationnel.

J’espère que ce Synode sera vraiment vécu par vous tous comme un moment de discernement authentique dans l’Esprit.

Nous savons que le thème du discernement est un trait caractéristique du pontificat actuel. En de nombreuses occasions et dans de nombreux documents, le pape François nous pousse à assumer l’habitus du discernement. Cela signifie avoir et garder une attitude d’écoute authentique, comme une sentinelle à laquelle n’échappe aucun signe des changements en cours ; savoir évaluer à la lumière de la foi ce qui se passe dans notre cœur, dans la vie du monde et de l’Église ; rester dans les blessures de l’histoire avec miséricorde et bonté, en gardant toujours les portes grand ouvertes au Dieu de la tendresse qui agit continuellement parmi nous et vit par la présence et la parole des petits et des pauvres. Dans le discernement, l’Église elle-même est appelée à apprendre des jeunes et à leur demander « de l’aider à trouver les moyens les plus efficaces pour annoncer la Bonne Nouvelle aujourd’hui » (Document préparatoire, Introduction).

Pour entrer dans le rythme du discernement, il faut donc être attentif aux personnes concrètes, en reconnaissant qu’en chaque personne Dieu est présent, présence qu’il faut découvrir, accueillir, accompagner et rendre féconde. C’est pourquoi chacun a le droit de s’exprimer et chacun doit être écouté attentivement.

Le fruit de notre travail sera présenté au pape pour un discernement, une évaluation et des décisions pastorales à prendre.

Les trois pas du parcours synodal

Chaque semaine de travail sera centrée sur chacune des trois parties de l’Instrumentum laboris. Il sera important dès le départ de respecter cet ordre, sans anticiper ou confondre ses différents moments : il serait erroné de choisir sans avoir d’abord reconnu et interprété ; il serait incorrect d’interpréter en faisant abstraction de ce qu’on a reconnu ; il serait vain de reconnaître et interpréter sans ensuite choisir dans quelle direction passer à l’étape suivante.

Durant cette première étape de notre cheminement, qui durera une semaine, alternant des moments de travail ensemble (« congrégations générales ») et en petits groupes (« cercles mineurs »), nous sommes invités à réfléchir et partager sur la « Première partie » de l’Instrumentum laboris. Caractérisée par le verbe « reconnaître ». Pour ceux qui ont à coeur les jeunes et veulent les accompagner vers une vie totale, pleine, il est essentiel de connaître les réalités qu’ils vivent, en commençant par les plus douloureuses comme les privations, la guerre, la prison, les migrations et tous les autres types de pauvreté. Il faut aussi se laisser interpeller par leurs préoccupations, même lorsque celles-ci remettent en question les pratiques de l’Église (par exemple, la vivacité de la liturgie ou le rôle des femmes) ou lorsqu’elles touchent à des questions complexes comme l’affectivité et la sexualité. Il est tout aussi important de prendre conscience des points forts de la présence de l’Église dans le monde de la jeunesse et de ses faiblesses, à commencer par son manque de connaissance de la culture numérique.

Dans la deuxième étape, marquée par le verbe « interpréter », nous serons appelés à approfondir la « Deuxième partie » de l’Instrumentum laboris. Elle propose des outils pour une lecture vraiment capable d’éclairer ce que vous avez découvert.

La troisième étape est centrée sur la « Troisième partie » de l’Instrumentum laboris, qui nous pousse à « choisir », invite toute l’Église à faire des choix de changement dans une perspective de vitalité spirituelle. La perspective est la perspective intégrale tracée par le Magistère du pape François, capable d’articuler les différentes dimensions de l’être humain, le soin de la maison commune, le souci contre toute marginalisation, la collaboration et le dialogue comme méthode pour édifier le peuple de Dieu et la promotion du bien commun.

Il y a un grand besoin de transformer le Synode en une occasion de croissance pour l’Église dans la capacité de discerner, afin de rendre vraiment productif, encore aujourd’hui, ce patrimoine spirituel que l’histoire de l’Église nous donne pour qu’une fois encore nous puissions l’élaborer de manière à ce qu’il porte du fruit. Ceci exige courage, prudence et patience.

Une indispensable « explicatio terminorum»

Partant des indications qui sont apparues durant ces deux dernières années et qui ont été rassemblées dans l’Instrumentum laboris, je voudrais vous offrir quelques conseils de départ sur les mots clés du thème synodal : « Jeunes, foi et discernement vocationnel ».

Il nous faut reconnaître qu’il existe différentes interprétations par rapport aux jeunes et à notre connaissance de leur réalité ; des questions spécifiques sont apparues sur le rôle de la foi dans le processus de discernement vocationnel ; nous nous sommes rendu compte que, sur le concept et la réalité de la vocation, nous avons parfois des conceptions divergentes.

Parfois, nous pensons à notre jeunesse et croyons que les jeunes d’aujourd’hui vivent la même expérience que celle que nous avons vécue. Nous perdons ainsi les traits caractéristiques des jeunes d’aujourd’hui, qui vivent et grandissent dans un contexte très différent de celui qui existait  y a encore quelques années.

Vous avez dans les mains les premiers résultats du “Questionnaire en ligne”, qui a vu la participation de plus de 100.000 jeunes ;

Je demande à tous les Pères synodaux, surtout pendant cette première semaine où il s’agit de « reconnaître », de nous aider à comprendre la condition des jeunes qui vivent sur leur territoire, dans leur contexte, dans leur pays… Je vous invite donc, en ce qui concerne les jeunes, à reconnaître d’emblée que la réalité est plus importante que l’idée (cf. Instrumentum laboris, n. 4) et que toutes nos interventions sur les jeunes partent d’un réalisme contextuel et non de théories abstraites et loin du quotidien de la vie

Le deuxième mot clé, la foi, nous invite de manière spécifique à regarder les jeunes, le monde, l’Église, la vie et l’histoire.

La foi, tant en tant qu’accueil de la grâce qui sauve, est et reste le premier principe de notre cheminement. La lumière qui vient de la foi éclaire tous les passages que nous sommes appelés à franchir pendant ce Synode : elle nous donne un regard approprié pour reconnaître la situation des jeunes avec intelligence spirituelle et compassion évangélique ; elle clarifie les critères avec lesquels nous sommes appelés à lire les questions qui nous viennent de ce que nous avons reconnu, nous faisant entrer de plus en plus dans ce que sent le Seigneur Jésus ; elle nous donne le courage de relever les défis qui se présentent à nous, à travers des décisions risquées, qui témoignent notre volonté de conversion spirituelle et pastorale.

N’oublions pas, à cet égard, que la prière fait partie intégrante de notre cheminement, parce qu’elle « affine notre sensibilité à l’Esprit, nous éduque à la capacité de comprendre les signes des temps et nous donne la force d’agir de manière à ce que l’Évangile puisse s’incarner à nouveau aujourd’hui. Dans le soin de la vie spirituelle, on goûte à une foi vécue comme une heureuse relation personnelle avec Jésus et comme un don dont il faut être reconnaissant » (Instrumentum laboris, n. 184).

Le troisième mot sur lequel je pense qu’il convient de s’attarder est le mot vocation. C’est l’objectif spécifique du Synode, car en tant qu’Église, nous sommes appelés à accompagner les jeunes dans leur cheminement de « discernement vocationnel ».

Il y a différentes visions à ce sujet qui nécessitent vérification, étude et clarification. Tout au long du processus d’écoute, il est apparu que l’une des grandes faiblesses de notre pastorale d’aujourd’hui est de penser à la vocation dans une vision réductrice et restreinte, qui ne concerne que les vocations au ministère ordonné et à la vie consacrée :

La parole de Dieu, au contraire, nous enseigne clairement que nous ne pouvons et ne devons choisir et planifier que dans le cadre d’un précédent « avoir été choisi » et « appelé ».

Il n’est pas difficile de comprendre combien il est stratégique pour notre Synode de retrouver avec conviction une interprétation vocationnelle de l’existence humaine en tant que telle, certains du fait que la vocation concerne d’abord tout être humain qui reçoit l’appel à la vie, et ensuite de manière particulière et encore plus qualifiée chaque baptisé. Nous sommes tous appelés joie de l’amour, à la bonne vie de l’Évangile, à la sainteté ! Il y a donc un besoin urgent d’une compréhension vocationnelle du christianisme dans son ensemble qui devienne un patrimoine commun et partagé dans la vie quotidienne du peuple de Dieu.

De tout cela, il est facile de comprendre pourquoi le Synode s’adresse à tous les jeunes, sans exception : car sans vocation il n’y a pas d’humanité digne de ce nom, et donc une vision vocationnelle « restreinte » ou « solitaire » réservée au ministère ordonné ou à la vie consacrée destine la majorité des jeunes au manque de sens et à la recherche d’une unité impossible dans leur vie.

Un souci particulier pour les vocations sacerdotales et les vocations à la vie consacrée

Celles-ci doivent être pensées dans la dynamique vocationnelle de l’Église et au service du monde, et jamais dans la logique du privilège. Sortons résolument de cette perspective dans laquelle la« vocation » devient synonyme de « pouvoir » à exercer plutôt que d’un « service » à offrir (cf. Instrumentum laboris, n. 199) !

Autres mots saillants pour ce synode

Une fois que les quatre mots clés du Synode – discernement, jeunesse, foi et vocation – auront été éclaircis, d’autres termes et thèmes devront être repris et calibrés afin qu’ils puissent être un secours pour une nouvelle approche de notre pensée et de notre action dans l’Église.

Je pense au thème de l’écoute, qui est la première et la plus importante façon d’aborder les jeunes avec respect, en marchant avec eux. Pourquoi, dans ce chemin de préparation au Synode, nous sommes-nous trouvés « en dette d’écoute » ? Sommes-nous une Eglise qui écoute ? Comment écoutons-nous ? Quelles conversions sont nécessaires pour écouter la voix des jeunes aujourd’hui ?

Ou bien le thème de la recherche, qui caractérise aujourd’hui plus que jamais la vie de cette génération. Comment respectons-nous et accompagnons-nous la recherche des jeunes ? Sommes-nous d’authentiques témoins de fraternité, de solidarité et de justice, pour être crédibles à leurs Yeux ? De quelle façon accueillons-nous leurs désirs et leurs attentes ?

Je pense aussi à l’art de l’accompagnement. Cette « compétence » est la plus demandée par les jeunes et en même temps l’une des plus grandes difficultés qui ont émergé de la préparation au Synode : nous avons peu d’adultes aptes, d’un point de vue spirituel, pédagogique et vocationnel, à accompagner les jeunes dans leur discernement vocationnel. Et les jeunes eux-mêmes, à cet égard, se sont montrés très exigeants (cf. Instrumentum laboris, nn. 130-132).

Avec l’accompagnement, émerge aussi l’importance de la formation, qui doit être déclinée sous diverses formes et précisée pour les différents domaines : formation culturelle et biblique, théologique et ecclésiologique, spirituelle et pédagogique ; préparation adéquate des éducateurs qui vivent dans les différents milieux de vie des jeunes ; formation spécifique pour les formateurs dans les séminaires et les maisons de formation.

Nous devrions aussi nous confronter sur l’annonce de l’Évangile, parce que bien souvent nos conceptions et nos pratiques semblent si différentes. Quelles sont les raisons qui nous amènent à proclamer Jésus ? Quel rapport entre l’accompagnement et l’annonce ? Quels moyens utiliser pour annoncer aux jeunes ? Quels sont les plus appropriés, les plus engageants, les plus respectueux et les plus efficaces ?

Il y a un autre mot à éclaircir, qui est certainement celui de la communauté. Les jeunes demandent une Église authentique, plus relationnelle, engagée pour la justice. Il est clair qu’un Synode sur les jeunes ne parlera pas seulement des jeunes : il sera opportun de discuter du visage de la communauté et de l’Église que nous offrons aux jeunes. Quels chemins de fraternité sont nécessaires pour devenir attractifs pour les jeunes ? Quelles conversions sont nécessaires pour prendre un visage prophétique ? Quelle intégration et quel rôle de premier plan  réservons-nous aux jeunes dans nos communautés ?

Traduction de Zenit, Océane Le Gall

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