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Interview de Valentina Alazraki (Televisa) @ YouTube

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Interview de Valentina Alazraki (2): le pape n’était pas au courant des agissements de McCarrick

Il redit sa confiance dans le travail des journalistes

Le pape François a accordé un entretien à la journaliste Valentina Alazraki, correspondante au Vatican de la télévision mexicaine, Televisa. Dans un long entretien en espagnol, publié le 28 mai 2019 dans L’Osservatore Romano, le pape a répondu aux questions sur la façon dont il a affronté le cas de l’ancien cardinal McCarrick.

« Vous savez que je ne savais rien de McCarrick, sinon je ne me serais pas tu », a-t-il affirmé. Et le pape a redit sa confiance dans le travail des journalistes : « la raison de mon silence a été avant tout le fait que les preuves étaient là, je vous ai dit : “Jugez vous-mêmes” ». C’était un silence, a-t-il ajouté, « basé sur la confiance en vous ».

Une déclaration sur le silence observé par le pape, au moment où vient d’être publié, en français, le livre de Gianni Valente (Fides) et Andrea Tornielli (Dicastère pour la communication) « Le jour du Jjugement », chez Michel Lafon (mai 2019) , une « immersion inédite dans les coulisses de la curie romaine ».

Pape François – Je dois toujours (…) tenir compte [de la présomption d’innocence], parce que dans un procès public, il y a présomption d’innocence, même pour les juges les plus anticléricaux, pour tous. Mais il faut expliquer aux gens. Dans ce cas-ci (le cas du card. Barbarin, ndr), il faut expliquer. En revanche, dans d’autres cas, comme celui de McCarrick, où c’était évident, j’ai tranché net avant le procès. Quand le procès McCarrick s’est conclu, il y a un mois, avec la suspension de l’état clérical, je lui ai enlevé le cardinalat et tout le reste.

VA – La question de McCarrick m’amène à une autre question que je voulais aborder avec vous. Lors d’un de vos derniers voyages, vous m’avez conseillé de lire « Lettres de la tribulation » : je les ai lues, j’ai fait mes devoirs. J’ai très souvent rencontré le mot ‘silence’ et l’explication de pourquoi parfois le silence est nécessaire… Ne riez pas, pape François, c’est comme cela. Vous vous souvenez quand on vous a dit, il y a huit mois : il y a une déclaration de l’ancien nonce Carlo Maria Viganò qui dit qu’il vous a dit lui-même, lors d’une audience au début de votre pontificat, qui était Mc Carrick, et que vous n’avez rien fait, vous avez seulement dit : « Je ne répondrai pas, jugez vous-mêmes, je répondrai en temps voulu ». Ce silence a beaucoup pesé parce que, pour la presse et pour beaucoup de gens, quand quelqu’un se tait, c’est comme entre le mari et sa femme, non ? Tu attrapes ton mari qui ne te répond pas et tu dis « là, il y a quelque chose qui ne va pas ». Alors pourquoi ce silence ? Le moment est venu de répondre à cette question que nous vous avons posée dans l’avion, cela fait plus de huit mois, Pape François.

Pape François – Oui, ceux qui ont fait le droit romain disent que le silence est une façon de parler. Dans ce cas-ci, j’ai vu que Viganò n’avait pas lu toute la lettre, alors j’ai pensé faire confiance à l’honnêteté des journalistes et je vous ai dit : « Regardez, ici, vous avez tout, étudiez et tirez vous-mêmes les conclusions ». Et vous l’avez fait, parce que c’est vous qui avez fait le travail et, dans ce cas-ci, cela a été fantastique. J’ai fait très attention à ne pas dire des choses qui n’étaient pas là, mais ensuite, trois ou quatre mois plus tard, un juge de Milan les a dites quand il l’a condamné.

VA – Vous parlez de sa famille?

Pape François – Oui. Je me suis tu, parce que j’aurais dû jeter de la boue. Que les journalistes le découvrent. Et vous l’avez découvert, vous avez trouvé tout ce monde. C’était un silence basé sur la confiance en vous. Pas uniquement. Mais je vous ai aussi dit : « Prenez, étudiez-le, c’est tout ». Et le résultat a été bon, meilleur que si je m’étais mis à expliquer, à me défendre. Vous jugez les preuves en main. Il y a autre chose qui m’a toujours frappé : les silences de Jésus. Jésus répondait toujours, même à ses ennemis quand ils le provoquaient, « on peut faire ceci, cela » pour voir s’il tombait dans la provocation. Et dans ce cas, il répondait. Mais quand c’est devenu de l’acharnement, le Vendredi saint, l’acharnement des gens, il s’est tu. Au point que Pilate lui-même dit : « Pourquoi ne me réponds-tu pas ? ». Cela signifie que, dans un climat d’acharnement, on ne peut pas répondre. Et cette lettre était un acharnement, comme vous vous en êtes rendu compte vous-mêmes à partir des résultats. Certains d’entre vous ont même écrit qu’elle était payée, je ne sais pas, je ne crois pas.

VA – Certains continuent de penser qu’elle est vraie et ils continuent de se demander pourquoi, si vous étiez ou non au courant de McCarrick. Dans la presse, il y a de tout évidemment.

Pape François – À propos de McCarrick je ne savais rien, naturellement, rien. Je l’ai dit plusieurs fois, je ne savais rien. Vous savez que je ne savais rien de McCarrick, sinon je ne me serais pas tu. La raison de mon silence a été avant tout le fait que les preuves étaient là, je vous ai dit : « Jugez vous-mêmes ». Cela a vraiment été un acte de confiance. Et puis pour ce que je vous ai dit de Jésus, que dans les moments d’acharnement, on ne peut pas parler, parce que c’est pire. Tout est contre. Le Seigneur nous a indiqué ce chemin et je le suis.

VA – Pape François, avant la rencontre de février que vous avez convoquée, dans les médias, on disait que votre pontificat était un peu mis en cause, que vous étiez excessif, et l’on parlait de la manière dont votre pontificat allait passer à l’histoire sur cette question. Vous ne nous avez pas encore parlé de l’impression qu’ont suscitée chez vous ces trois journées. Je crois que vous ne l’avez pas encore fait publiquement. Écouter ces victimes – vous les aviez déjà écoutées à d’autres occasions naturellement – mais voir tant d’évêques arriver en pensant que ce n’était pas leur problème, parce que ceux de l’Afrique et de l’Asie disaient : « ce n’est pas mon problème, c’est un problème de l’Occident, du monde anglosaxon… Que vous est-il resté de ces trois jours ? Vous avez promulgué trois nouvelles lois.

Pape François – Il m’est resté un sentiment de très grande communion ecclésiale. Le pape avec les évêques. Et puis il m’est resté le sérieux avec lequel ils ont affronté la question, dès le premier jour, certains le second, quand ils se sont rendu compte que c’était un thème brûlant. Cela a été quelque chose de sérieux, très sérieux, bien traité. Et avant cela, j’avais eu les réponses et les propositions de cette liste que je vous ai donnée à tous. Ce sont déjà des propositions et elles sont déjà mises en œuvre. Et à la fin, je me suis senti uni à tout l’épiscopat dans ce travail de lutte contre tout cela, pour y mettre fin, si nous le pouvons et pour résoudre les problèmes de corruption de ce type.

VA – Croyez-vous qu’ils ont compris que les victimes doivent être au centre ? Je crois que beaucoup de ceux qui étaient là n’avaient jamais vu les victimes, vous leur avez demandé de rencontrer d’abord les victimes. Je crois que beaucoup d’entre eux, avant votre suggestion, ne les avaient pas rencontrées.

Pape François – Oui, je ne sais pas si tous les ont rencontrées, mais il me semble qu’il y avait la bonne volonté pour le faire. En outre, parmi les propositions de la liste, que j’ai toutes acceptées, j’ai mis les huit dernières dans le discours de conclusion que j’ai prononcé. Comment procède-t-on ? Une série de décrets et de documents ont déjà été publiés.

© Traduit par Zenit, Hélène Ginabat

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