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"Corrosione" du card. Turkson, Rizzoli.it

"Corrosione" du card. Turkson, Rizzoli.it

Corruption : un plan pour «réveiller les consciences»

Objectifs anticorruption du Vatican pour 2018

Le Vatican redit « l’obligation morale » de combattre la corruption, sous toutes ses formes, et de « réveiller les consciences » : c’est ce que propose un document, en date du 31 juillet 2017, du Groupe de consultation internationale sur la justice, la corruption, le crime organisé et les mafias (International Consultation Group for Justice, Corruption, Organized Crime and Mafias, ICG), sponsorisé par le Dicastère pour la promotion du développement humain intégral. Il est publié en anglais par Radio Vatican.

Le réveil des consciences

« Un mouvement, un réveil des consciences est nécessaire. C’est notre première motivation, que nous percevons comme une obligation morale. Les lois sont nécessaires mais insuffisantes. Il y aura trois niveaux d’action : éducation, culture, citoyenneté. Nous avons besoin d’agir avec courage pour secouer et provoquer les consciences, en les faisant passer d’une indifférence généralisée à la perception du sérieux de ces phénomènes, de façon à les combattre.»

Le préfet de ce dicastère, le cardinal ghanéen Peter Turkson, est lui-même l’auteur d’un livre récent sur la corruption préfacé par le pape François qui y invite à vaincre la corruption par un « nouvel humanisme ».

En février 2018, son intention de prière sera: « Pour que ceux qui ont un pouvoir matériel, politique ou spirituel ne glissent pas vers la corruption ».

Don Puglisi, prêtre et martyr

Radio Vatican en anglais publie le document de ce « Débat international sur la corruption » qui a eu lieu le 15 juin 2017 au Vatican, et les objectifs de l’ICG.

A partir de septembre prochain, et de l’anniversaire de l’assassinat du prêtre et martyre italien don Giuseppe Puglisi (1937-1993) en effet et tout au long de l’année 2018 l’ICG concentrera ses efforts dans cette direction.

Le Débat international sur la corruption a souligné, indique le document, l’importance d’identifier les « différentes formes de corruption, de crime organisé et de mafias ».

Il affirme qu’avant d’être « un acte », la corruption est « une situation », d’où la « nécessité de l’éducation, de la formation, de l’action des institutions, de la participation citoyenne ».

L’ICG propose de formuler « différentes définitions » de la corruption comme le suggèrent le pape et le card. Turkson dans « Corrosione ». Et le Groupe ne se contentera pas de « pieuses exhortations », car il faut « des gestes concrets » pour être « crédible ».

Les victimes de la mafia

Le 19 juillet dernier, le pape a exhorté à prier « pour toutes les victimes des mafias, demandons la force d’avancer, de continuer à lutter contre la corruption », dans un tweet publié uniquement en italien, pour le 25e anniversaire de l’assassinat du juge antimafia Paolo Borsellino.

Le Groupe annonce aussi  la constitution d’un réseau international : « l’Eglise qui est elle-même un réseau peut et doit servir ce dessein, avec courage, résolution, transparence, esprit de collaboration et créativité ».

Et voici une description du phénomène de la corruption : « Toute personne cherchant des alliances pour obtenir des privilèges, des exemptions, des préférences ou même des voies illégales, n’est pas crédible. Quand on décide de suivre ces comportements, on court le risque de devenir inapte, nuisible, et dangereux. Ceux qui profitent de leur position pour recommander des personnes qui souvent ne sont pas recommandables – en termes de valeur et d’honnêteté – ne sont pas crédibles. »

« Ainsi, l’action de l’ICG sera éducative et informative, et elle s’adressera à l’opinion publique et à de nombreuses institutions pur créer une mentalité de liberté et de justice, en vue du bien commun », précise le document.

Le document fait observer que souvent on ne se rend pas compte que c’est la corruption qui est à l’origine d’un crime, l’ICG interviendra pour combler ce manque, spécialement là où, dans le monde, la corruption constitue le « système social dominant ».

Excommunications

Il s’attachera aussi à « travailler au développement d’une réponse globale » à travers les Conférences épiscopales, et les Eglises locales, notamment par « l’excommunication » de la mafia et des autres organisations criminelles semblables. Il faudra pour cela développer l’écoute et le dialogue avec les non-chrétiens et d’une façon » active, transparente et effective ».

Le document recommande aussi de travailler au développement de la relation entre « beauté et justice » : « Notre extraordinaire héritage historique, artistique et architectural sera un élément formidable pour soutenir les actions éducatives et sociales contre toutes les formes de corruption et de crime organisé. »

La réflexion se fera politique avec une « attention spéciale à démocratie et sécularisation » de façon à éclairer les actions en direction des institutions civiles, et d’assurer que les traités internationaux soient effectivement renforcés et les lois standardisées pour mieux poursuive les tentacules du crime qui dépasse de loin les frontières des Etats. »

L’un des objectifs du groupe est en effet la mise en oeuvre des Conventions de Palerme et de Merida.

Corruption et processus de paix

Le document rappelle qu’il est dans les statuts du Dicastère pour le développement humain intégral que « d’exprimer la préoccupation du Saint-Siège sur des thèmes de justice et de paix » et de donner un écho au message du pape dans ce sens.

« La corruption conduit aussi de fait à un manque de paix », fait observer le document, et l’ICG « analysera en profondeur les relations entre les processus de paix et les formes de corruption ».

Objectifs 2018

Le Groupe se donne et publie 21 objectifs, depuis la « définition du conception de corruption » jusqu’à la notion « d’excommunication pour corruption », en passant par la sensibilisation de l’opinion publique, en vue d’une « culture de la justice » ;

l’identification des « conséquences » multiples de la corruption ; l’approfondissement des relations entre les peuples, les institutions et la corruption, les processus de paix et la corruption ; la promotion de mesures légales internationales contre la corruption, le crime organisé, les mafias ;  l’identification des étapes concrètes pour fortifier les lois ;

approfondir la connaissance de l’histoire de la corruption, des mafias et des autres organisations criminelles et diffuser ces études ; approfondir la question des relations entre corruption et injustice sociale ;

donner la parole aux victimes, diffuser leurs histoires ; approfondir la relation entre histoire, beauté, art, et justice, promouvoir des initiatives ; créer un forum de discussion (Michelangelo For Justice sur Facebook/Twitter/YouTube/ Instagram) ;

des propositions d’éducation et de formation ; définir une vision politique en relation avec l’idée de démocratie, de sécularisation, de justice sociale, pour promouvoir un développement humain intégral ; définir le rôle de l’Eglise et des laïcs dans cette lutte ; faire connaître les pratiques vertueuses ; identifier les personnes pouvant enrichir la participation à l’ICG en permettant une pluralité ;

localiser des affaires, des institutions, des avocats pour le développement économique des activités de l’ICG ; adopter des initiatives de publication, rencontres, débats, événements d’art ; provoquer des actions dans les media, les réseaux sociaux ;

faire des documentaires et des e-magazines ; promouvoir des actions dans les écoles, les universités, des organisations sociales, des prisons, des organisations charitables et d’éducation ; identifier les institutions, associations, groupes gouvernementaux ou pas, à associer au réseau, pour coopérer et déterminer des accords ;

rassembler des textes, des documents, des livres et du matériel audio-visuel, en encourageant l’échange d’information en vue d’initiatives communes.

 

 

 

 

About Anita Bourdin

Journaliste accréditée au Vatican depuis 1995. A lancé Zenit en français en janvier 1999. Correspondante à Rome de Radio Espérance. Formation: journalisme (Bruxelles), théologie biblique (Rome), lettres classiques (Paris).

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