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© CCEE Rencontre des aumôniers de prison

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Italie: « Le drame des ‘Maisons de correction' », par Mgr Bruno Forte

Pour une « réponse rapide et efficace » du nouveau Parlement

Comment aller au-delà du drame des maisons de correction?

Mgr Bruno Forte

Archevêque de Chieti-Vasto

Par cette réflexion je voudrais lancer un appel concret à tous ceux qui, après les récentes élections, sont censés nous représenter au Parlement, et se sont engagés à servir le bien commun. Il s’agit d’une question circonscrite, cause de tant de souffrance, qui devrait faire honte à une démocratie fondée sur les principes du respect de la dignité de chaque personne et de la solidarité envers les plus faibles, inscrits dans notre constitution républicaine. Je pense à la réalité carcérale, instituée en Italie dans les années du fascisme, pour favoriser la réinsertion sociale de personnes qui ont commis des délits et purgé leur peine, mais que l’on considère encore dangereuses pour la société en tant que délinquants habituels, professionnels ou par tendance : la « Casa di lavoro » (Maison de correction).

L’attribution à ce type de structure est décidée par le juge ou par le magistrat de surveillance qui tient compte de la situation et des aptitudes de la personne. La durée minimum de la permanence est d’un an, de deux pour les délinquants habituels ou professionnels, de quatre pour ceux qui ont une tendance. Toutefois la période est renouvelable à la moindre petite infraction disciplinaire. En effet, si l’on regarde la situation dans les quatre Maisons de correction présentes en Italie (dont une, la plus grande quant au nombre de pensionnaires, Vasto, dans l’archidiocèse qui m’est confié) il semble que dans notre pays on peut finir de purger une peine et devenir prisonnier à vie. La dangerosité de celui qui est placé dans une Maison de correction est établie selon ce qu’il a fait par le passé et non selon ce qu’il a recommencé à vivre après la prison. On peut y arriver en venant directement de prison ou bien en étant déjà libre, sous régime de liberté surveillée, sans se préoccuper de savoir si, entretemps, il y a eu des aides familiales ou des opportunités de travail.

La Maison de correction, qui devrait offrir des possibilités de réinsertion en contact avec la réalité extérieure, devient en fait une autre prison pour ceux qui ont déjà tant d’années de prison derrière eux. Il y a des personnes qui ont purgé trente ou quarante années de détention. Ces Maisons sont pleines de personnes désespérées, dans une situation telle qu’une personne saine d’esprit ne pourrait résister longtemps. Il y a des personnes venant d’hôpitaux psychiatriques judiciaires, des malades mentaux, des drogués, des infirmes souffrant de pathologies pratiquement incurables en prison, des malades du sida, des gens de la rue, des étrangers sans papiers, des personnes sans domicile fixe.

Durant leur permanence, les pensionnaires sont observés et étudiés par les éducateurs et d’autres professionnels. Au terme d’un ou deux ans de peine, ils peuvent avoir une prolongation, dont la durée, qui dépend du magistrat, peut aller de six mois à un an. Pendant ce temps, les personnes internées bénéficient d’heures de sortie qui vont de quatre heures à un maximum de quelques jours, sans quitter le territoire, accompagnés par un bénévole ou un membre de sa famille. Qui sort tout seul vit souvent le drame d’être sans un sou en poche, et doit errer dans l’humiliation de ne pouvoir rien faire. Le drame se présente aussi à la fin de la mesure de contrôle, car pour sortir d’une maison de correction, il faut une résidence, un domicile, la disponibilité d’un membre de la famille ou un contrat de travail, mais après être sorti – toujours en liberté surveillée – si l’on tombe dans une des infractions indiquées (par exemple : oublier de signer en caserne, ou parler avec une personne compromise, ou s’entretenir dans un lieu public trop longtemps…) les forces de l’ordre peuvent faire un signalement et le magistrat décréter le retour à la maison de correction (beaucoup y retournent et certains depuis des années y font des allers et retours).

Le drame continue spécialement chez les étrangers qui, souvent, n’arrivent même pas à se faire renvoyer dans leur pays, et chez ceux qui sont sans famille, n’ont pas de maison ou que la famille a reniés.

Pour tous ceux-là, la seule espérance c’est d’être accueillis dans une communauté qui les accepte gratuitement : parmi ces communautés, il y a celles de l’Eglise catholique. D’autres structures privées ou civiles n’accueillent que contre paiement d’une pension que l’on ne parvient pas souvent à trouver, car il s’agit de personnes qui manquent depuis longtemps de toute résidence et ont été effacées de la liste des résidents de leur commune.

La Maison de correction crée ainsi une situation inhumaine, où l’espérance de reprendre une vie normale est pratiquement nulle. Celle-ci devrait être abolie en dirigeant ceux qui devraient y être vers des expériences plus significatives et plus dignes, comme par exemple des travaux utiles à la société, des cours de formation pour apprendre un travail, un service de bénévolat dans les lieux où se trouvent la souffrance ou le handicap, des travaux utiles qui valorisent l’environnement et le respect de la création.

Il y a ceux qui – parmi les personnes qui connaissent bien le monde carcéral – ont parlé à ce propos de « peine blanche à vie », infligée à des personnes dont l’existence a été usée par la drogue, par les maladies et par la dureté de la vie en prison, qui ont commis plusieurs fois des délits pas nécessairement graves : des personnes désespérées et  problématiques qui sont considérées comme des « rebuts » par le système carcéral aussi et qui ne peuvent arriver à une réinsertion sociale qu’à travers le travail, dans une réalité où trop souvent il n’y déjà pas de travail.

Ainsi, les périodes d’internement après la prison deviennent des mois et des années de « parking » et d’oisiveté, sans emploi et traitements, avec une grande incertitude quant à l’avenir. Pourtant, dans toute l’Italie, les pensionnaires de ces structures sont un nombre plutôt restreint : par des interventions assez faibles, ils pourraient être insérés dans des parcours d’insertion qui mettrait un terme à cette sorte de ségrégation. Pourquoi ne pas approuver dans le nouveau Parlement une réforme de cette institution totalement inadéquate, et la remplacer par d’autres formes de réinsertion ? Par exemple des communautés d’accueil sur mesure, avec les mesures de sécurité appliquées dans la liberté surveillée, réalisées dans les territoires de résidence et non dans des instituts de peine, très souvent loin des lieux où ces personnes ont des êtres chers ou leurs racines.

Il me semble juste d’attendre des nouveaux membres de la Chambre une réponse rapide et efficace à ce défi de civilisation : cette réponse arrivera-t-elle ou le « rebut » humain n’est-il pas considéré digne de l’attention de ceux qui doivent faire les lois ?

Traduction de l’italien par ZENIT, Océane Le Gall

 

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