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Sainte Laura Montoya @ DP

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« Amazonie: ces religieuses qui «écoutent les confessions» », par A. Tornielli

Ce qu’il est possible de faire « en vertu du baptême »

« Amazonie: ces religieuses qui «écoutent les confessions» »: c’est le titre de l’éditorial d’Andrea Tornieli, directeur éditorial du Dicastère romain pour la communication. Il est publié par Radio Vatican en français.

Il commente le témoignage, lors de la première conférence de presse du synode, lundi, 7 octobre, de soeur Alba Teresa Cediel Castillo, membre des Missionnaires de Marie Immaculée et de Sainte Catherine de Sienne, qui vit en Colombie dans les communautés indigènes, selon le charisme de sa fondatrice,  Laura Montoya (1874-1949). Le 4 mai 1914, celle-ci quitta Medellín avec quatre compagnes pour faire la catéchèse et éduquer les indiens Kuna dans la région du Golfe d’Urabá, dans les villages rarement atteints par des prêtres.

Soeur Cediel Castillo témoigne: «Nous sommes présentes en tout lieu et nous faisons ce que peut faire une femme en vertu du baptême : nous accompagnons les indigènes et, quand les prêtres ne peuvent pas être présents, nous baptisons. S’il y a un désir de mariage, nous sommes présentes et nous sommes témoins de cet amour et de ce couple. Et souvent il nous arrivé d’écouter des confessions, mais nous n’avons pas donné l’absolution. Mais dans le plus profond de notre cœur, nous avons dit qu’avec l’humilité avec laquelle cet homme ou cette femme se sont rapprochés de nous dans des situations de maladie, déjà proches de la mort, nous croyons que Dieu le Père agit. »

Sr Alba T. Cediel Castillo et Mgr Emmanuel Lafont, capture @ Vatican Media

Sr Alba T. Cediel Castillo et Mgr Emmanuel Lafont, capture @ Vatican Media

Andrea Tornielli commente: « Le récit de la religieuse décrit la situation et les difficultés vécues dans les villages amazoniens, et le fait que dans certaines occasions, des couples se jurent fidélité dans le pacte matrimonial en présence des religieuses quand il n’y a pas de prêtre. Et il y a des personnes, en fin de vie ou dans des situations difficiles, qui, en ne pouvant pas se confesser devant un prêtre qui n’est pas là, s’adressent aux religieuses et leur confient leurs péchés commis. Les sœurs ne peuvent évidemment pas donner l’absolution: elles sont bien conscientes de ne pas pouvoir administrer le sacrement de la pénitence, et les personnes qui se confient à elles le savent aussi. Mais elles peuvent écouter et prier. Les sœurs savent qu’elles ne peuvent pas célébrer de mariages, mais elles peuvent assister. »

Tornielli rappelle qu’en parlant de la confession au cours d’une interview sur la miséricorde, le pape François avait expliqué : «C’est Jésus qui a dit à ses apôtres : “Ceux dont vous pardonnerez les péchés, ils seront pardonnés ; ceux à qui vous ne pardonnerez pas, ils ne seront pas pardonnés.” Donc, les apôtres et leurs successeurs, les évêques et les prêtres leurs collaborateurs, deviennent des instruments de la miséricorde de Dieu. Ils agissent “in persona Christi”. Et c’est très beau. Cela a un sens profond, parce que nous sommes des êtres sociaux. Si toi, tu n’es pas capable de parler de tes erreurs avec le frère, sois sûr que tu n’es pas capable d’en parler non plus avec Dieu, et ainsi tu finis par te confesser avec le miroir, devant toi-même. Nous sommes des êtres sociaux et le pardon a aussi un aspect social, parce que l’humanité aussi, mes frères et sœurs, la société, sont blessées par mon péché.»

Le pape avait ajouté: «Se confesser devant un prêtre, c’est une façon de mettre ma vie dans les mains et dans le cœur d’un autre, qui dans ce moment agit au nom et pour le compte de Jésus. C’est une façon d’être concrets et authentiques : être face à la réalité en regardant une autre personne, et non pas son propre reflet dans un miroir».

Il avait rappelé l’exemple de saint Ignace de Loyola : «Saint Ignace, avant de changer de vie et de comprendre qu’il devait être le soldat du Christ, avait combattu dans la bataille de Pampelune. Il faisait partie de l’armée du roi d’Espagne, Charles Quint, et il affrontait l’armée française. Il fut gravement blessé et s’attendait à mourir. Il n’y avait pas de prêtre à ce moment-là sur le champ de bataille. Alors il a appelé à lui un de ses camarades, il s’est confessé à lui, il lui a dit ses péchés. Le compagnon ne pouvait pas l’absoudre, il était un laïc, mais l’exigence d’être face à un autre, à ce moment de la confession, était tellement ressentie qu’il a décidé de faire de cette façon. C’est une belle leçon.» 

« Une leçon qui continue », conclut Tornielli.

La communauté dans le monde

Cette congrégation religieuse a reçu du pape Pie XII le décret de louange le 23 mai 1953 et l’approbation finale du Saint-Siège en 1968.

Actuellement présente en Amérique latine et dans les Caraïbes, en Europe (Italie, Espagne) et en Afrique (Angola, RDC), l’institut comptait, au 31 décembre 2005, 913 religieuses dans 159 maisons. Leur maison-mère est à Medellín (Colombie).

La première sainte colombienne

La cause pour la béatification et la canonisation de Laura Montoya a été ouverte le 24 juin 1963, à Medellín. L’enquête diocésaine recueillant les témoignages sur sa vie s’est clôturée le 19 décembre1977, puis les documents ont été envoyés à Rome à la Congrégation pour les causes des saints.

Le pape Jean-Paul II a reconnu, le , le caractère « héroïque » de ses vertus humaines et chrétiennes.

En 2002 dune enquête à été ouverte sur une guérison « inexplicable » du point de vue de la science actuelle: une femme de 86 ans, atteinte d’un cancer à l’utérus, dont la tumeur disparut totalement après avoir invoqué l’intercession de Laura Montoya. Le « miracle » a été authentifié le , par Jean-Paul II qui l’a béatifiée le  , à Rome.

En 2008 une nouvelle enquête a été ouverte pour la guérison d’un médecin, atteint d’une grave déformation musculaire, qui fut soudain rétabli, après avoir prié la bienheureuse Laura Montoya. C’est le le pape Benoît XVI a authentifié le miracle, et c’est le pape François qui a présidé sa canonisation, le , à Rome. Elle est la première sainte colombienne.

About Anita Bourdin

Journaliste accréditée au Vatican depuis 1995. A lancé Zenit en français en janvier 1999. Correspondante à Rome de Radio Espérance. Formation: journalisme (IJRS, Bruxelles), théologie biblique (PUG, Rome), lettres classiques (Paris IV, Sorbonne).

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