Lors d’une rencontre au Vatican avec les participants aux « Dialogues du Borgo Laudato Si’ », le 19 juin, le pape Léon XIV a encouragé l’émergence d’un leadership moral capable de promouvoir le bien commun et de résister aux logiques de déshumanisation dans un monde marqué par de profondes fractures sociales, culturelles et technologiques.
_______________________________
Chers frères et sœurs, bonjour et bienvenue.
Vous venez de conclure deux journées de travail intense au Borgo Laudato Si’ à Castel Gandolfo. Vous vous êtes réunis pour participer à la première édition des «Dialogues du Borgo », comme le cardinal Baggio vient de l’expliquer, première étape d’un processus visant à renouveler et à repenser le leadership moral dans un monde qui apparaît aujourd’hui fracturé et oublieux de ses racines historiques.
Et, mes frères, vous avez débattu de questions pertinentes, qui sont également au cœur des préoccupations de l’Église catholique: l’intelligence artificielle et sa relation à l’humanité, le vieillissement et la vitalité, le sport et la diplomatie, ainsi que l’avenir du développement durable. Vous avez ainsi répondu au souhait que j’ai récemment exprimé dans ma Lettre encyclique Magnifica humanitas : « Engager le dialogue avec tous les hommes et toutes les femmes de notre temps, avec lesquels nous partageons les événements, les questions et les aspirations de l’humanité. Avec eux, nous cherchons à identifier de nouvelles voies pour le bien commun et pour promouvoir une vie digne pour tous » (n. 2).
Comme je l’ai aussi indiqué dans ce même document: « Nous vivons à une époque d’aveuglement spirituel et culturel profond. Un faux pragmatisme nous pousse à couper les racines de notre histoire, comme s’il était possible d’inaugurer une sorte de “nouvelle création” détachée du passé. Même ceux qui invoquent d’importants principes moraux peuvent tomber dans ce nihilisme historique, croyant à tort que les atrocités du XXe siècle ne pourront plus jamais se reproduire» (n. 204).
Vos dialogues s’inscrivent dans la vision catholique de la synodalité, qui consiste à écouter à partir de la base tout en favorisant l’unité mondiale. Vous êtes des experts, des leaders et des acteurs de terrain venus de différents points du monde, œuvrant dans divers domaines, avec une grande diversité de compétences, d’expériences et de visions. Et malgré cette diversité, vous êtes tous profondément engagés en faveur de la transformation écologique, sociale et économique du monde.
Face à la tentation de construire la «Tour de Babel», qui incarne l’idolâtrie du profit au détriment des plus vulnérables et accroît le risque de déshumanisation, nous sommes appelés à contribuer à l’édification de la Nouvelle Jérusalem, la civilisation de l’amour, dans laquelle l’amour est le seul principe directeur de la vie économique, politique et culturelle.
«La civilisation de l’amour ne naîtra pas d’un geste isolé ou spectaculaire, mais de la somme d’actes de fidélité modestes et constants qui constituent un rempart contre la déshumanisation. C’est pourquoi il vaut la peine de s’arrêter un instant pour réfléchir à certains aspects de la façon dont nous pouvons, chacun à notre manière, coopérer à l’édification de la civilisation de l’amour» (Magnifica humanitas, n. 213).
C’est ce que vous avez fait dans le cadre merveilleux des Jardins pontificaux du Borgo Laudato Si’, en laissant la beauté de la création — et du Créateur — vous inspirer pour concilier la vision locale et la responsabilité mondiale, et faire avancer un processus visant à forger un leadership courageux, dont nous avons tant besoin aujourd’hui.
Merci pour votre ouverture d’esprit et votre disponibilité à participer à ce processus, qui vous réunira à nouveau dans d’autres contextes importants et ouvrira la voie à de nouveaux progrès.
Que le Seigneur bénisse vos efforts et vous accorde la grâce d’être d’humbles bâtisseurs de la Nouvelle Jérusalem, la cité de Dieu, qui offre l’eau vive à ceux qui ont soif, ainsi que de l’attention, de la reconnaissance, des paroles bienveillantes et des mains capables de tendresse à chaque être humain.
Merci beaucoup.
__________________________
L’Osservatore Romano
Copyright © Dicastère pour la Communication – Libreria Editrice Vaticana


