Lors de son audience à la Réunion des œuvres d’aide aux Églises orientales (ROACO), le pape Léon XIV a appelé à soutenir la formation des futurs ministres des Églises orientales, à mieux faire connaître leurs richesses spirituelles et à ne pas oublier les souffrances des communautés frappées par les conflits, l’exil et l’instabilité chronique.
Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Que la paix soit avec vous !
Éminence et Excellences Révérendissimes,
chers prêtres, chers frères et sœurs,
soyez tous les bienvenus ! Je suis heureux de vous rencontrer à l’issue de votre Assemblée plénière annuelle. Je salue le Préfet, le Cardinal Gugerotti, les autres Supérieurs, les membres du Dicastère pour les Églises Orientales et en particulier vous, membres des Agences de la ROACO.
Outre le travail sur les projets d’aide aux Églises catholiques orientales, qui constitue la raison principale de votre rencontre, je sais que vous avez axé cette fois-ci vos réflexions sur un thème spécifique : la formation des clercs et des moines dans les séminaires et les collèges orientaux.
Je pense que c’est un choix très judicieux. Venir en aide à une Église ne signifie pas seulement lui fournir les moyens matériels de subsistance, mais aussi l’aider à grandir dans son identité et dans sa force évangélisatrice qui reposent sur la formation des ministres appelés à en diffuser les richesses spirituelles. Et les communautés catholiques orientales en conservent beaucoup, qu’elles partagent avec leurs frères et sœurs des Églises orthodoxes. Oui, les Églises catholiques orientales ont de grandes choses à apporter à l’ensemble du monde catholique qui ignore souvent qu’il abrite en son sein des traditions ecclésiales différentes.
Notre Mère l’Église est donc unie, mais non uniforme. Son sein fertile a donné naissance à diverses traditions spirituelles et théologiques, à des rites et disciplines variés qui s’enrichissent mutuellement. Il est bon pour nous d’approfondir ces trésors avec les millions de frères et sœurs catholiques orientaux, tout en espérant que des progrès soient accomplis vers la pleine unité avec toutes les Églises orientales. Les anciennes Églises d’Orient nous ramènent en effet aux origines de la foi. Elles font resplendir la lumière de la grâce à travers des liturgies empreintes de sacralité, elles manifestent dans le culte de louange le mystère de Dieu à adorer, elles témoignent de la puissance de la prière d’intercession, elles offrent des contenus spirituels qui remplissent le cœur d’émerveillement et d’étonnement reconnaissant devant la beauté qu’elles dévoilent. Elles incitent en outre les fidèles à exprimer leur prière selon les caractéristiques théologiques et anthropologiques qui leur conviennent le mieux, à tel point que le Concile Vatican II a observé, à propos de l’Orient et de l’Occident chrétiens : « Il n’est pas étonnant que certains aspects du mystère révélé aient été parfois mieux saisis et mieux exposés par l’un que par l’autre, si bien que ces diverses formulations théologiques doivent souvent être considérées comme plus complémentaires qu’opposées » (Unitatis redintegratio, 17).
Or, on ne peut préserver l’Orient chrétien que si on le connaît : en perdre la connaissance revient à appauvrir l’Église. Mais pour l’apprendre et l’aimer, il faut investir dans la formation. Il y a déjà plus de trente ans, saint Jean-Paul II en soulignait l’opportunité, réaffirmant avec force, entre autres, la nécessité de « connaître la liturgie des Églises d’Orient ; approfondir la connaissance des traditions spirituelles des Pères et des Docteurs de l’Orient chrétien ; […] offrir dans les séminaires et dans les facultés de théologie un enseignement adapté de ces matières, qui soit surtout à l’intention des futurs prêtres » (Lettre apostolique Orientale lumen, n. 24).
C’est pourquoi le choix de contribuer à promouvoir la formation des ministres sacrés, en vous mettant à l’écoute de certains spécialistes qui s’y consacrent, comme vous l’avez fait ces derniers jours, est un beau signe d’attention concrète envers ces Églises.
Ce lien entre connaissance et charité, entre mentalités ouvertes et mains actives, a toutefois aussi besoin d’esprit : d’un cœur non seulement généreux, mais aussi habité par la grâce, enflammé par le Saint-Esprit. C’est pourquoi, afin que vos efforts, mus par un grand engagement et un grand dévouement, portent leurs fruits, je me permets de vous recommander de cultiver sans cesse la vie spirituelle, surtout par la constance dans la prière et la vie sacramentelle. Les œuvres de bien ne portent pas de fruits durables si elles ne s’abreuvent en effet à la source du bien qui est Dieu. Et s’il est avant tout vrai que « la foi sans les œuvres est morte » (Jc 2, 26), il est également vrai que les œuvres sont stériles sans une foi vivante.
Chers amis, en vous regardant et en pensant au service discret et bienfaisant que vous accomplissez, ainsi qu’aux nombreux bienfaiteurs qui, par votre intermédiaire, font parvenir des ressources à ceux qui en ont besoin, je ne peux m’empêcher de penser à tout l’argent qui, en cette période sombre de l’histoire, est gaspillé pour tuer, dépensé par nombre de personnes qui attisent les guerres. Alors que vous donnez la vie, eux sèment la mort ; alors que vous tendez la main à votre frère, eux trouvent des ennemis à écraser ; alors que vous ouvrez des dialogues, eux recherchent des monologues ; alors que vous tracez des voies d’espoir, eux enferment les peuples dans la peur ; alors que vous construisez l’avenir, eux détruisent le présent.
Comment ne pas penser à l’hémorragie douloureuse des chrétiens orientaux hors de leurs propres territoires, causée avant tout par la guerre qui, je le répète, ne résout pas les problèmes mais engendre des tragédies souvent reléguées dans l’oubli général. Fille de la guerre, il y a un fléau dont je voudrais parler aujourd’hui et qui continue de faire saigner surtout les Églises orientales. Je le résume en un mot : la précarité.
Lorsqu’un visiteur se rend dans un pays qui a connu des conflits sur lesquels le silence s’est ensuite abattu, les choses semblent généralement calmes, même si elles restent profondément marquées par les drames du passé. Pourtant, ces sociétés sont affaiblies par l’instabilité des institutions, par la présence de bandes armées qui se partagent le territoire, par une politique conditionnée et souvent manipulée par des agents et des intérêts extérieurs, qui n’agit pas en toute liberté mais se fraye un chemin à travers mille subterfuges, accords secrets et intérêts partisans. C’est ainsi que naît une précarité permanente qui étouffe les possibilités de développement et retombe toujours sur les plus pauvres.
Cela fait que, dans de nombreux pays, la peur et l’insécurité règnent partout : le travail est précaire, le paiement des salaires irrégulier, le système de santé, quand il fonctionne, est aléatoire, l’éducation est provisoire. Et cela au détriment des gens ordinaires, des familles, des enfants et des jeunes, des personnes âgées et des malades. C’est un drame qui pèse sur le cœur de tous, qui détruit l’espérance et empêche de construire l’avenir, favorisant l’envie de partir, comme c’est le cas pour tant de nos frères et sœurs dans la foi, en particulier au Moyen-Orient.
Je voudrais lancer une nouvelle fois un appel à la réflexion sur les conséquences de la guerre et de la précarité, pour les prévenir avec intelligence et responsabilité, car tout cela n’est pas le fruit d’un destin inévitable, mais de choix libres et donc de responsabilités moralement imputables. L’histoire montre comment les intrigues de la violence et de l’arrogance, du pouvoir et de la domination, des gains obtenus sans justice et sans scrupules, se retournent non seulement contre ceux qui les subissent, mais aussi contre ceux qui les poursuivent. Prions Jésus, Seigneur de la paix, et interpellons les consciences afin qu’elles soient sensibles à l’indignation ; et que le respect de l’humanité ainsi qu’un sens légitime de la civilisation se réveillent !
À vous et aux nombreux donateurs qui, au nom de l’Évangile, continuent de s’engager pour remédier à tant d’inhumanité, je vous dis merci du fond du cœur. Je vous bénis, chers frères et sœurs, et je vous encourage à persévérer dans la charité sans vous décourager, animés par l’espérance du Christ.
