Lors de l’audience générale de ce mercredi, le pape Léon XIV a poursuivi sa catéchèse sur la Constitution Sacrosanctum Concilium, expliquant comment les rites, les signes et les symboles de la liturgie façonnent la vie chrétienne et conduisent les fidèles au mystère de Dieu.
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Résumé de la catéchèse du Saint-Père
Frères et sœurs, nous souhaitons nous arrêter un instant pour réfléchir sur certains éléments constitutifs de la liturgie sacrée. Les rites de la liturgie chrétienne ne sont pas un simple revêtement extérieur du mystère sacramentel, ni un ensemble de cérémonies arbitraires, mais la médiation ecclésiale par laquelle le don divin nous parvient. Le rite donne forme à l’action liturgique et, à travers elle, à notre vie, ce qui nous rend capables de goûter la présence de Dieu par Jésus-Christ. La sobriété solennelle de ses rythmes interrompt l’activité frénétique, nous ramenant à l’essentiel. Dans la liturgie, la sanctification de l’homme est signifiée par des signes sensibles et réalisée d’une manière propre à chacun d’entre eux. Les symboles ont une dimension singulière, performative et transformatrice, générant un sentiment d’appartenance, touchant le cœur et l’esprit, suscitant d’authentiques relations ecclésiales. Nous avons besoin de nous laisser éduquer par les rites de la liturgie, en soignant avec délicatesse et sans arbitraire la beauté de nos célébrations et en nous engageant dans une authentique mystagogie. L’expérience d’une liturgie vivante et pieuse est la meilleure ressource pour réveiller en chacun cette ouverture à la rencontre avec Dieu qui ne peut avoir lieu qu’en impliquant l’homme tout entier : esprit, âme et corps.
Salutations
Je salue cordialement les pèlerins de langue française, en particulier les jeunes venus de l’île Maurice et de France. Frères et sœurs, puissent vos liturgies, par leur beauté et leur solennité, être toujours centrées sur le mystère et porter vos âmes à la contemplation de Dieu Trinité. Qu’elles construisent et manifestent l’unité de l’Église dans une authentique et accueillante charité. Que Dieu vous bénisse et qu’Il bénisse vos familles.
Je salue les fidèles de langue arabe, en particulier les prêtres et les religieux venus du Moyen-Orient. Le Saint-Esprit est notre guide et notre soutien sur le chemin de la vie. Ouvrons-lui notre cœur afin qu’il nous conduise vers la vérité et nous comble de la paix du Christ. Que le Seigneur vous bénisse tous et vous protège toujours de tout mal !
Je m’adresse enfin aux jeunes, aux malades et aux jeunes mariés. Cette semaine, nous célébrons la solennité du Très Saint Corps et Sang du Christ, ou, selon la formulation latine la plus connue, la solennité du Corpus Domini. Dans l’Eucharistie, nous contemplons Jésus, pain rompu et donné pour chacun de nous. Les processions avec le Saint-Sacrement qui se déroulent dans les rues de nombreux villages sont une expression de la piété eucharistique populaire ; à cet égard, je vous encourage à maintenir vivante cette belle manifestation de témoignage public de la foi.
À tous, ma bénédiction !
Catéchèse
Les Documents du Concile Vatican II
III. La Constitution dogmatiqueSacrosanctum Concilium
3. Le rite, le signe, le symbole
Chers frères et sœurs,
en poursuivant notre catéchèse sur la constitution conciliaire Sacrosanctum Concilium (SC), nous souhaitons nous arrêter un instant pour réfléchir sur certains éléments constitutifs de la liturgie sacrée, tels que le rite, le signe et le symbole.
Le Concile Vatican II, s’inspirant du précieux travail du Mouvement liturgique, nous a aidés à redécouvrir une vérité très vive dans la conscience de l’Église primitive et dans l’enseignement des Pères. Les rites de la liturgie chrétienne ne sont pas un revêtement extérieur du mystère sacramentel, un ensemble de cérémonies arbitraires, mais ils sont la médiation ecclésiale par laquelle nous parvient le don divin. C’est précisément pour cette raison que le Concile invite à comprendre le Mysterium fidei qui se réalise dans la liturgie à travers les rites et les prières (cf. SC, 48).
Le rite donne forme à l’action liturgique et, à travers elle, à notre vie, suscitant en nous une sensibilité spirituelle qui nous rend capables de goûter la présence de Dieu par Jésus-Christ. Naturellement, cela se produit si nous ne restons pas des spectateurs étrangers ou muets (cf. ibid.) face à la liturgie, mais si nous y participons de tout notre être – corps, esprit et cœur –, en obéissance au commandement du Seigneur. À travers le rite sacré, nous sommes ainsi formés à l’écoute de la Parole de Dieu, à l’action de grâce et à l’adoration, au partage fraternel et à la communion ecclésiale. Nous découvrons que nous sommes une assemblée aux multiples visages, réunie par la même foi.
Le rite nous plonge dans une séquence bien définie de gestes et de prières, qui peut parfois contrarier notre tendance individuelle à la spontanéité. Sa logique, cependant, n’est pas d’enfermer la liberté dans des schémas. Au contraire, par la sobriété solennelle de ses rythmes, le rite interrompt les activités frénétiques nous ramenant à l’essentiel. Nous découvrons ainsi une autre dimension de l’agir, qui n’est pas guidée par des calculs de rendement, et une autre expérience du temps et de l’espace. Dans le rite, nous faisons l’expérience d’une logique de gratuité, nous trouvons une pause qui régénère le cœur, nous reconnaissons que nous sommes précédés de la grâce divine, nous apprenons à vivre dans un rythme habité par l’Esprit Saint.
La grammaire du rite est tissée des signes et des symboles propres à la liturgie. En elle, comme l’affirme le Concile, « la sanctification de l’homme est signifiée par des signes sensibles et réalisée d’une manière propre à chacun d’eux » (SC, 7). Le Catéchisme de l’Église Catholique approfondit la valeur de ces signes, en rappelant que « leur signification s’enracine dans l’œuvre de la création et dans la culture humaine, se précise dans les événements de l’Ancienne Alliance et se révèle pleinement dans la personne et l’œuvre du Christ » (n° 1145). Emblématique est le signe de l’eau : depuis les origines de la création jusqu’au déluge, depuis la traversée de la mer Rouge jusqu’au Jourdain, jusqu’à l’eau qui jaillit du côté du Christ et devient signe sacramentel de l’immersion dans sa mort et résurrection.
“Signe” et “symbole” sont des termes souvent utilisés comme synonymes. En réalité, un signe est symbolique lorsqu’il est capable de renvoyer non seulement à une idée, mais à tout un système de significations et de valeurs. Ainsi, par exemple, lorsque nous sommes aspergés avec l’eau bénite, cela ravive en nous la conscience du don reçu lors du baptême et notre adhésion à la vie nouvelle en Christ. Deuxièmement, les symboles ont essentiellement un caractère pratique, étant avant tout des actions : les plus simples et courantes, comme s’agenouiller et se donner la paix, ou les plus exigeantes, comme les actes constitutifs de chaque sacrement. Surtout, les symboles ont une dimension singulière, performative et transformatrice, tant envers les éléments matériels qui les composent qu’envers ceux qui entrent en contact avec eux, générant un sentiment d’appartenance, touchant le cœur et l’esprit, suscitant d’authentiques relations ecclésiales.
Dans la Lettre apostolique Desiderio desideravi, le pape François, faisant sienne une affirmation de Romano Guardini, identifiait « la première tâche du travail de formation liturgique : l’homme doit retrouver sa capacité symbolique » (n° 44). Nous avons besoin de nous laisser éduquer par les rites de la liturgie, en soignant avec délicatesse et sans arbitraire la beauté de nos célébrations et en nous engageant dans une authentique mystagogie. L’expérience d’une liturgie vivante et pieuse, accompagnée d’une catéchèse mystagogique appropriée, est la meilleure ressource pour réveiller en chacun cette ouverture à la rencontre avec Dieu qui, dans la logique de l’Incarnation, ne peut avoir lieu qu’en impliquant tout l’homme : esprit, âme et corps (cf. 1Th 5, 23).
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