Mgr Jean-Marc Micas

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Interview de Mgr Micas : « Les vocations ne manqueront jamais à l’Église »

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Zenit a interviewé le président du Conseil épiscopal pour les ministres ordonnés et les laïcs en mission ecclésiale

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À l’occasion de la fête de saint Pierre et saint Paul, le 29 juin dernier, beaucoup de diocèses ont eu la grâce de vivre des ordinations sacerdotales. Cette année, 105 nouveaux prêtres ont été ordonnés en France, soit une légère hausse par rapport à 2023. Un bon nombre d’entre eux sont des prêtres diocésains, mais d’autres sont membres de communautés, d’instituts religieux ou de sociétés de vie apostolique.

Zenit a interrogé Mgr Jean-Marc Micas, évêque de Tarbes et Lourdes, et président du CEMOLEME (Conseil épiscopal pour les ministres ordonnés et les laïcs en mission ecclésiale). Membre de la Compagnie des prêtres de Saint-Sulpice, il a été notamment formateur au séminaire Saint-Cyprien de Toulouse pendant 15 ans.

 

Zenit : Combien y a-t-il de séminaristes en France, et leur profil a t-il changé ?

Mgr Jean-Marc Micas : Il y a 680 séminaristes diocésains. Sachant qu’il y a en moyenne 7 ou 8 années de formation, et environ 30 % de séminaristes qui ne deviennent pas prêtres, cela laisse à penser que le nombre actuel devrait peu ou prou se maintenir ou baisser légèrement. Ce maintien ou baisse lente se vérifie sur les dernières années. Le « succès » des JMJ et autre Frat, rassemblements et pèlerinages de jeunes, y encourage.

De manière assez générale, on observe une entrée légèrement plus tardive au séminaire. L’enquête « Qui sont les prêtres de demain ? », réalisée et publiée par le Journal La Croix en décembre dernier, approfondit les profils sociologiques et les raisons d’entrée des nouveaux séminaristes.

Zenit : Quels sont les défis aujourd’hui pour les nouveaux prêtres ?
Ordination sacerdotale en France © diocese92.fr  

Ordination sacerdotale en France © diocese92.fr

Mgr J.-M. Micas : Ils sont, à mon avis, de divers ordres. Tout d’abord, que les futurs prêtres soient ajustés au Christ, dans une vie spirituelle centrée sur lui qui donne sa vie pour que les autres vivent de la vie de Dieu. Qu’ils soient également ajustés à ce que l’Église dit des prêtres dans sa théologie, sa foi et sa tradition. 

Cela veut dire qu’il sont, pour les diocésains, pasteurs des communautés chrétiennes. Ils sont aptes à leur annoncer la Parole de Dieu, à les conduire au nom du Christ, à les soutenir dans leur foi et leur témoignage au cœur de la société d’aujourd’hui, de manière articulée aux autres baptisés, hommes et femmes, de toutes vocations, états de vie, etc. mais aussi aux autres prêtres de leur diocèse, de toutes générations et sensibilités, à leurs évêques et au pape.

Un autre défi serait que les futurs prêtres soient ajustés aux gens : ceux des communautés qu’ils serviront, et tous les autres, ceux de la société d’aujourd’hui, avec leurs questions et problématiques propres. Qu’ils soient également des « écoutants » qui aiment tout le monde, même les plus éloignés de la foi et des mœurs choisie par les chrétiens, pour leur annoncer le Christ comme une bonne nouvelle et non pour qu’ils se sentent jugés et condamnés « à priori ». Enfin, il serait important que les futurs prêtres aient une humanité et une foi solides, ainsi que de réelles aptitudes relationnelles, particulièrement capables de collaborer avec tous dans l’Église.

Zenit : Quels sont vos souhaits pour la formation actuelle des séminaristes ?

Mgr J.-M. Micas : La formation s’adapte pour tenter de tenir une double fidélité : celle qui consiste à être les prêtres que l’Église souhaite. Depuis les apôtres jusqu’à aujourd’hui, il y a à la fois continuité sur l’identité profonde et la mission des prêtres dans l’Église. Ceci est formulé dans l’enseignement des conciles et les normes qui organisent la formation des prêtres de manière universelle. La baisse de la pratique est une donnée occidentale, mais non pas mondiale, or les prêtres sont les mêmes partout.

Cette formation doit consister à être toujours en prise avec les gens à qui le prêtre donne sa vie. Les chrétiens doivent être soutenus dans leur propre mission baptismale, et les hommes et femmes de la société où ils vivent. Il faut les connaître, les écouter, répondre à leurs questions, dénoncer le mal ou le mensonge si nécessaire, offrir la perspective de réponses ancrées dans la foi aux questions que la vie leur pose. 

Zenit : Vous avez eu l’occasion de rencontrer le pape François récemment à Rome. Avez-vous pu lui parler des ministres ordonnés en France ?

Mgr J.-M. Micas : Le but de ma visite à Rome avec le recteur du Sanctuaire de Lourdes et de notre rencontre avec le Saint-Père était de faire le bilan, deux ans après ma nomination, de la manière dont le Sanctuaire se porte, après trois années de dispositions prises par le Saint-Siège pour que Lourdes se recentre mieux sur sa mission, après avoir eu à faire face à de sérieux soucis économiques.

Dans la période, il y a eu la COVID, le changement de statuts du Sanctuaire devenu national, ma nomination puis celle du recteur. En novembre dernier, lors d’un échange avec le nonce apostolique, il est apparu qu’il serait bon d’aller « rendre compte » de notre mission, le pape étant attentif à ce qui se vit dans notre Sanctuaire.

Nous n’avons pas abordé l’autre aspect de mes responsabilités : ni le reste du diocèse de Tarbes et Lourdes, ni la question des séminaires, des vocations ou des laïcs en mission. Il s’est dégagé de notre entrevue un véritable encouragement à poursuivre – visiblement le pape est bien informé de ce que nous faisons – et notamment à demander aux prêtres nombreux qui confessent à Lourdes toute l’année d’être tout particulièrement ministres généreux de la miséricorde de Dieu : il nous a dit « en gros » : « puisque les gens font la démarche et sont là, il faut leur donner le pardon qu’ils demandent ; il ne faut pas les questionner de manière trop curieuse et scrupuleuse : miséricorde, miséricorde, miséricorde ! »

Zenit : De quoi les prêtres ont-ils le plus besoin pour garder la joie et l’espérance, et rester fidèles à leur mission sacerdotale ?
Mgr Micas :  « La clé est la foi : en Dieu et en l’Église » © saint-hippolyte.net


Mgr Micas :  « La clé est la foi : en Dieu et en l’Église » © saint-hippolyte.net

Mgr J.-M. Micas : Pour garder la joie et l’espérance, les prêtres, comme tous les croyants, ont besoin d’avoir la foi (!). Je suis sérieux en formulant ainsi les choses : la joie et l’espérance ne sont pas une question d’ambiance du monde qui serait « porteuse » ou ne le serait pas. Elles s’enracinent dans la foi qui les rend possible, indépendamment de l’environnement, même au milieu des épreuves, même au cœur du martyre : les saints témoignent de cette joie et de cette espérance-là : elles sont pour tous, et naissent de la foi. 

Quand il en est vraiment ainsi, notre joie et notre espérance ne sont pas une insulte pour les autres qui sont écrasés par toutes sortes d’épreuves et de peines. La foi est là, bien avant que l’on devienne prêtre. Mais elle doit aussi s’entretenir avec soin, dans l’amitié nourrie avec le Christ, dans la prière, dans l’invocation régulière de l’Esprit Saint, dans l’amitié avec d’autres croyants, le partage de nos peines et de nos joies quotidiennes, dans la recherche permanente d’une liberté intérieure la plus grande possible. Vraiment, pour moi, la clé est la foi : en Dieu et en l’Église. 

Zenit : Comment voyez-vous l’avenir des vocations sacerdotales ?   

Mgr J.-M. Micas : Je suis confiant que les vocations ne manqueront jamais à l’Église. En temps de synode sur la synodalité, des craintes s’expriment sur la place des prêtres dans une Église où les laïcs sont de plus en plus « en responsabilité ». Il ne faut surtout pas voir les choses en termes de vases communicants. Aussi bien ma formation théologique que mon expérience de curé m’ont « formé » dans cette conviction. 

Plus l’Église est ce qu’elle doit être – une communauté de disciples missionnaires – plus les vocations particulières naissent en son sein, en particulier celles pour le ministère de prêtre qui est indispensable à la structuration, la conduite, la vie des communautés. J’aime dire souvent que dans l’Église du Christ, tout le monde grandit en même temps (et pour notre sujet, prêtres et laïcs), ou bien tout le monde disparaît en même temps, dans des divisions qui font l’affaire du diviseur qui veut toujours, en ennemi de Dieu qu’il est, empêcher l’Église de faire le bien pour laquelle elle est faite !

 

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Anne van Merris

Anne van Merris est journaliste, formée à l’Institut de journalisme européen Robert Schuman à Bruxelles. Elle est mariée et mère de quatre enfants.

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