Lors de son assemblée générale annuelle qui s'est tenue à Baltimore le 20 juillet, l'association a confirmé M. Levine à la présidence pour la période 2026-2027 © UM News

Lors de son assemblée générale annuelle qui s'est tenue à Baltimore le 20 juillet, l'association a confirmé M. Levine à la présidence pour la période 2026-2027 © UM News

Une chercheuse juive à la tête d’une association biblique catholique

Amy-Jill Levine devient la première universitaire juive à présider l’association américaine

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 (ZENIT News / Baltimore, 15 août 2026) – L’élection d’Amy-Jill Levine à la présidence de l’Association biblique catholique d’Amérique représente bien plus qu’une simple étape académique. Elle témoigne également de l’évolution des relations judéo-catholiques depuis le concile Vatican II et de la conviction grandissante, chez de nombreux biblistes, qu’une compréhension plus profonde de Jésus passe par une compréhension du monde juif dans lequel il a vécu.

Lors de son assemblée annuelle à Baltimore le 20 juillet, l’association a confirmé la nomination de Levine à la présidence pour la période 2026-2027, faisant d’elle la première universitaire juive à diriger l’organisation en quatre-vingt-dix ans d’existence. Fondée en 1936 par des biblistes catholiques américains, l’association se consacrait initialement à la traduction et à l’étude des Écritures pour un public catholique. Au fil du temps, elle est devenue un réseau universitaire international qui compte aujourd’hui plus de 1 070 membres à travers le monde, parmi lesquels des universitaires catholiques, protestants et juifs. 

Pour Levine elle-même, cette élection fut une surprise. Éminente spécialiste du Nouveau Testament et des relations judéo-chrétiennes, elle confia qu’en apprenant sa candidature, elle s’était demandée si l’on ne lui jouait pas un tour. Au contraire, cette nomination devint un moment historique, témoignant non seulement de sa réputation universitaire, mais aussi de près de quarante ans d’engagement au sein de l’association. 

Son ascension à la présidence s’appuie sur une carrière consacrée à aider les chrétiens à lire le Nouveau Testament à la lumière de son contexte juif originel. Professeure à l’Université internationale de religion et de paix de Hartford et professeure émérite à l’Université Vanderbilt, Levine est reconnue pour des ouvrages influents tels que « Le Juif incompris », « La Bible avec et sans Jésus » et « Le Nouveau Testament annoté juif ». En 2019, elle est devenue la première chercheuse juive invitée à enseigner les études du Nouveau Testament à l’Institut biblique pontifical de Rome, institution longtemps considérée comme l’un des centres les plus prestigieux de l’Église catholique en matière d’études bibliques.

Son élection ne se résume toutefois pas à la simple célébration d’une réussite universitaire. Elle met également en lumière une question qui continue de façonner l’interprétation biblique catholique contemporaine : comment les chrétiens peuvent-ils proclamer fidèlement l’Évangile tout en évitant les interprétations qui, involontairement, alimentent des stéréotypes négatifs sur le judaïsme ? 

Levine a indiqué que l’un de ses principaux objectifs durant sa présidence sera de s’attaquer aux interprétations des Écritures susceptibles de renforcer les préjugés antisémites. Elle soutient que de nombreux prêtres, catéchistes et professeurs de Bible s’appuient encore largement sur des commentaires étudiés il y a plusieurs décennies au séminaire, malgré les progrès importants réalisés dans l’étude des origines juives de Jésus, des pharisiens et du christianisme primitif. 

Son souci n’est pas doctrinal, mais historique. Levine souligne à plusieurs reprises que son travail ne vise pas à remettre en cause les croyances catholiques concernant le Christ. Elle estime plutôt que prendre au sérieux l’identité juive de Jésus permet aux chrétiens de mieux le comprendre. Selon elle, une connaissance plus approfondie du judaïsme du premier siècle enrichit la théologie chrétienne au lieu de l’appauvrir.

Cette perspective a trouvé un écho croissant au sein de l’Église catholique au cours des soixante dernières années. Avant le concile Vatican II, certaines interprétations bibliques et prédications populaires pouvaient, involontairement, présenter le judaïsme principalement à travers le prisme des récits conflictuels des Évangiles. Depuis lors, l’enseignement catholique officiel n’a cessé de promouvoir une compréhension plus juste des racines juives du christianisme et de rejeter l’idée d’une responsabilité collective juive dans la mort du Christ. 

L’élection de Levine ne reflète donc pas un changement brutal, mais la poursuite d’un long processus de rapprochement entre catholiques et juifs. 

L’un des défis qu’elle souhaite relever est le fossé entre la recherche universitaire et la vie paroissiale. Les études bibliques les plus pointues restent souvent confinées aux universités et aux revues spécialisées, tandis que les pasteurs et les catéchistes n’ont pas toujours un accès facile aux découvertes récentes. Levine a maintes fois plaidé pour une diffusion plus large des connaissances bibliques contemporaines auprès du clergé, des enseignants et des responsables de la formation à la foi. 

Elle s’inquiète également d’un phénomène plus récent : le recours croissant à l’intelligence artificielle dans la préparation des sermons. Tout en reconnaissant l’utilité de cette technologie, elle met en garde contre le risque que les systèmes d’IA reproduisent des stéréotypes culturels et des préjugés hérités si les utilisateurs s’y fient sans esprit critique. Selon elle, une interprétation biblique saine exige toujours une étude approfondie, des connaissances historiques et un jugement humain. 

Le respect dont jouit Levine au sein des milieux catholiques se manifeste non seulement par son élection, mais aussi par sa relation avec le pape François. Lors d’une rencontre avec ce dernier, elle et son collègue Marc Zvi Brettler lui offrirent un exemplaire du Nouveau Testament annoté à la sauce juive, un ouvrage destiné à éclairer le lecteur sur son contexte culturel et historique juif. Levine se souvint plus tard que François avait chaleureusement encouragé leur travail et reconnu son importance pour la compréhension judéo-chrétienne.

L’aspect le plus remarquable de cette histoire est peut-être que nombre de ceux qui célèbrent l’élection de Levine insistent sur le fait que son appartenance à la communauté juive n’est pas le principal facteur. Ses collègues soulignent plutôt des décennies de collaboration, d’amitié, d’engagement au sein de comités, de travail éditorial et de leadership intellectuel au sein de l’association. Lors de la réunion annuelle, ses pairs l’ont honorée d’un ouvrage commémoratif saluant sa contribution aux études bibliques, un geste témoignant à la fois d’admiration professionnelle et d’affection personnelle. 

Levine elle-même a décrit sa place au sein du monde universitaire catholique comme celle d’« une invitée de marque », une invitée quasi permanente. Cette image illustre toute la portée de son élection. Une chercheuse juive dirige aujourd’hui l’une des plus importantes organisations bibliques catholiques au monde, non pas parce que les divergences théologiques ont disparu, mais parce que des recherches approfondies, le respect mutuel et des décennies de dialogue ont instauré un niveau de confiance inimaginable il y a un siècle. 

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