Mise en avant du langage visuel singulier d’un pontificat alliant le symbolisme papal traditionnel à des touches typiquement américaines

Mise en avant du langage visuel singulier d’un pontificat alliant le symbolisme papal traditionnel à des touches typiquement américaines

Léon XIV, sixième des personnalités les mieux habillées de 2026 selon Vanity Fair

Au-delà des apparences, son style met en lumière la rencontre entre la tradition de l’Église et la présence du pape dans le monde d’aujourd’hui

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Le pape a fait une apparition inattendue sur l’une des scènes les plus profanes de la culture contemporaine : le classement annuel des personnalités les mieux habillées de Vanity Fair. Cependant, la présence de Léon XIV dépasse le simple cadre de la mode. Elle met en lumière le langage visuel singulier d’un pontificat qui mêle symbolisme papal traditionnel et touches résolument américaines. 

Vanity Fair a classé Leo XIV sixième dans la catégorie « Originals » de sa liste des personnalités les mieux habillées de 2026, saluant l’association originale de sa soutane couleur crème et de ses baskets. Cette catégorie, réintroduite cette année après avoir été supprimée par Vanity Fair en 2019, est réservée aux personnalités dont le style est considéré comme particulièrement singulier, novateur et surprenant. 

Le pape figure aux côtés de personnalités issues de divers horizons, comme le cinéaste Spike Lee, la patineuse artistique olympique Alyssa Liu, la directrice du Studio Museum of Harlem Thelma Golden, l’écrivain Hilton Ela et le blogueur de mode Colby Mugrabi. Il est suivi dans ce classement par la créatrice Sandy Powell et les chanteuses Rosalía, Yseult et Björk. C’est la deuxième fois, durant le pontificat de Léon XIV, qu’un grand magazine de mode le met à l’honneur. En décembre 2015, Vogue l’avait inclus dans sa liste des 55 personnalités les mieux habillées de l’année. 

Cette fascination se comprend aisément. Avant de devenir pape, Robert Prevost n’était pas connu pour cultiver une image publique extravagante. Pourtant, des photographies de lui dans des contextes informels, portant parfois une casquette de baseball et, surtout, des baskets Nike, ont conféré au nouveau pape une identité visuelle étonnamment reconnaissable. 

Le chroniqueur de mode José Criales Unzueta a déclaré au New York Post que l’attrait de Léon XIV réside en partie dans une « identité américaine innée », notamment dans la façon dont les chaussures de sport et autres éléments décontractés peuvent coexister avec les vêtements ecclésiastiques. 

Mais c’est précisément cette contradiction apparente qui rend la tenue du pape intéressante. 

Une garde-robe qui parle devant le pape 

Les vêtements liturgiques papaux ne sont pas de simples tenues de cérémonie. Nombre d’entre eux constituent un langage visuel, communiquant la fonction, l’autorité, la finalité liturgique et la continuité sans un seul mot. La mozzetta rouge, courte cape portée par-dessus la soutane, en est un exemple éloquent. Léon XIV en remit l’usage à l’honneur lors de son apparition au balcon central de la basilique Saint-Pierre après son élection, restaurant ainsi un élément familier des vêtements liturgiques papaux qui s’était fait plus rare sous le pontificat du pape François. 

La mozzetta n’est pas un vêtement liturgique. Son histoire remonte à plusieurs siècles et, au fil du temps, elle est devenue un élément des vêtements cérémoniels des papes, des cardinaux et des évêques. Pour le pape, elle est associée à son autorité ecclésiastique et, lorsqu’elle est portée avec l’étole papale, à sa juridiction pastorale universelle. 

Son retour, par conséquent, communique bien autre chose qu’une paire de baskets. La mozzetta inscrit Léon XIV dans une longue histoire institutionnelle ; les baskets, quant à elles, le rendent immédiatement identifiable comme un homme contemporain. 

On observe le même contraste sur la soutane blanche. 

La soutane blanche est sans doute l’élément le plus facilement reconnaissable des vêtements liturgiques papaux. Le blanc est traditionnellement associé à la pureté, à la sainteté et à la gloire du Christ. La soutane blanche papale moderne a acquis une signification particulière sous le pontificat de Pie V, le dominicain qui continua de porter l’habit blanc de son ordre religieux après son accession à la papauté. 

Même les plus petits détails ont traditionnellement fait l’objet d’interprétations symboliques. Les 33 boutons de la soutane, par exemple, ont été associés au calcul traditionnel des années de la vie terrestre du Christ. 

À côté se trouve l’écharpe blanche, la bande cérémonielle portée autour de la taille. Son symbolisme est lié au dévouement, à l’obéissance et à la volonté de servir l’Église et le peuple de Dieu.

 Il y a ensuite l’étole, qui appartient à une autre catégorie. Contrairement à la mozzetta et à l’écharpe, c’est un vêtement liturgique spécifiquement associé au ministère ordonné. Les prêtres la portent autour du cou, tandis que les diacres la portent sur l’épaule gauche, en bandoulière. Léon XIV apparaissait fréquemment vêtu d’étoles rouges ou bordeaux richement brodées, bien qu’on l’ait également vu porter des étoles blanches et d’autres modèles lors de ses apparitions publiques. 

En définitive, le symbolisme réside dans le service plutôt que dans le prestige personnel : l’autorité du ministre ordonné est comprise comme la responsabilité d’imiter le Christ. 

Cela fait des vêtements du pape moins une question de mode personnelle qu’un langage soigneusement élaboré. 

Entre tradition et informalité américaine 

C’est là que les apparitions de Léon XIV dans les listes de mode deviennent plus révélatrices. 

Le même homme pourrait apparaître en vêtements pontificaux centenaires et, dans un contexte plus informel, être photographié en baskets. Ce contraste ne signifie pas nécessairement un rejet de la tradition. Bien au contraire : l’effet visuel repose sur la reconnaissance immédiate des vêtements traditionnels. 

L’image qui en résulte est inhabituelle : un pape dont la fonction s’exprime à travers certaines des plus anciennes traditions visuelles du christianisme occidental, tandis que son apparence personnelle peut parfois évoquer la culture des vêtements de sport américains. 

Cette combinaison pourrait expliquer pourquoi le monde de la mode la trouve si attrayante. 

Ce n’est pas la mode pour la mode

On pourrait être tenté de considérer l’apparition dans Vanity Fair comme une simple anecdote humoristique sur une célébrité. Certes, c’est une distinction inhabituelle pour un pape. Mais elle illustre aussi la profonde dimension visuelle acquise par la papauté moderne. 

Aujourd’hui, le pape n’est plus seulement présent dans les cathédrales et lors des cérémonies du Vatican, mais aussi à travers les photographies, les réseaux sociaux et les images du quotidien qui circulent rapidement. De ce fait, ses vêtements peuvent devenir un enjeu du débat public sur un pontificat bien avant que les observateurs n’en comprennent pleinement la politique ou les priorités.

Le cas de Léon XIV est particulièrement intéressant car son identité visuelle ne repose pas sur l’abandon des symboles traditionnels. La nouveauté réside dans la juxtaposition. 

La mozzetta évoque des siècles d’histoire papale. La soutane blanche identifie la fonction papale elle-même. L’étole renvoie au ministère sacramentel. Les baskets et la casquette de baseball, en revanche, communiquent quelque chose de beaucoup plus commun : une personnalité américaine à l’aise avec certains éléments de la culture contemporaine. 

Si Vanity Fair a inclus Léon XIV parmi ses « Originaux » en raison d’une tenue inattendue, c’est peut-être parce que sa tenue avait été remarquée. Mais au-delà de cela, l’apparition du pape illustre comment tradition et modernité peuvent coexister sans s’annuler mutuellement. 

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Valentina di Giorgio

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