(ZENIT News / Tarente, 17 août 2026) – Alors que des milliers d’athlètes s’apprêtent à concourir sur les rivages du sud de l’Italie, le Saint-Siège arrive aux Jeux méditerranéens avec des ambitions qui dépassent largement les médailles, les classements ou les podiums. Pour Athletica Vaticana, l’association sportive officielle du Vatican, l’événement de Tarente se présente comme un véritable laboratoire de dialogue au cœur de l’une des régions les plus complexes et symboliquement chargées du monde : la Méditerranée.
Du 21 août au 3 septembre, la vingtième édition des Jeux méditerranéens réunira environ 4 000 athlètes venus de 26 pays d’Europe, d’Afrique et d’Asie. Parmi eux, quatre compétiteurs représenteront le Vatican dans trois disciplines : le padel, l’escrime et le cyclisme. Numériquement, leur délégation est l’une des plus petites de la compétition. Symboliquement, cependant, elle porte une mission que les autorités vaticanes considèrent comme essentielle à l’engagement de l’Église dans le sport contemporain.
La participation d’Athletica Vaticana a été approuvée à l’unanimité par les comités olympiques des 26 nations participantes, un geste qui témoigne de la place particulière qu’occupe le Saint-Siège dans le sport international. Bien qu’il ne s’agisse ni d’une puissance sportive traditionnelle ni d’un État souverain concourant pour des médailles au sens conventionnel du terme, le Vatican perçoit de plus en plus les événements sportifs comme des espaces où la diplomatie, l’éducation et les échanges interculturels peuvent s’épanouir en dehors des circuits politiques officiels.
Cette vision a été récemment réaffirmée par le pape Léon XIV lui-même. Lors de l’Angélus du 16 août, le pontife a exprimé l’espoir que les Jeux méditerranéens deviendraient « une prophétie de paix et de fraternité » entre les peuples, non seulement du bassin méditerranéen, mais aussi du monde entier. Ses propos étaient remarquables. Plutôt que de considérer le sport comme un simple divertissement, Léon XIV l’a présenté comme un signe de ce que pourraient devenir les relations entre les nations.
La Méditerranée confère une résonance particulière à ce message. Historiquement célébrée comme un carrefour de civilisations, elle est aussi une région marquée par certains des défis les plus pressants du XXIe siècle : conflits armés, crises migratoires, inégalités économiques et pressions environnementales. Pour les responsables de l’Église, réunir des athlètes de pays souvent séparés par des tensions politiques dans un espace commun de compétition et de respect mutuel revêt une signification qui dépasse le cadre du terrain de sport.
Tarente offre un cadre idéal. Située sur la côte sud de l’Italie, la ville a longtemps été un carrefour de cultures, de routes commerciales et de traditions religieuses. Les représentants du Vatican l’ont souvent décrite comme un lieu de rencontre et un phare reliant les différents peuples de la Méditerranée.
La délégation du Saint-Siège sera composée de Fabrizio Peloni et Tiziano Lucarelli pour la compétition de padel messieurs, de l’escrimeur Daniele Fontana pour l’épée et du cycliste Emiliano Morbidelli. Ces quatre athlètes séjourneront au village olympique aux côtés des concurrents venus de toute la région, un aspect qu’Athletica Vaticana considère presque aussi important que les compétitions elles-mêmes. L’accent est mis, selon les organisateurs du Vatican, sur les rencontres et l’amitié autant que sur la performance sportive.
La présence du Vatican à Tarente ne se limitera toutefois pas aux sites de compétition.
Le 19 août, avant l’ouverture des Jeux, la cathédrale de Tarente accueillera une messe dédiée à l’événement et à la réception de la « Croix des sportifs », symbole distinctif qui a accompagné de nombreux rassemblements sportifs internationaux au cours de la dernière décennie. La liturgie sera présidée par l’archevêque Ciro Miniero de Tarente, en présence de Mgr Paul Tighe, secrétaire du dicastère pour la Culture et l’Éducation.
La croix est probablement méconnue du grand public, en dehors des cercles religieux et sportifs, et pourtant, elle a connu un parcours extraordinaire dans le monde du sport international. Créée pour les Jeux olympiques de Londres 2012 par l’artiste britannique Jon Cornwall, elle a été façonnée à partir de quinze morceaux de bois soigneusement sélectionnés, provenant de différentes régions du globe, notamment de Terre sainte, de Chine, de Russie, d’Inde, d’Australie, d’Afrique et des Amériques. Cette œuvre d’art a été conçue comme une expression visuelle du caractère universel du sport et de l’humanité.
Au fil du temps, la croix a voyagé d’un grand événement international à l’autre. Présente lors des Jeux olympiques de Rio de Janeiro, elle a reçu la bénédiction du pape François pendant les Journées mondiales de la jeunesse au Brésil. Après les perturbations causées par la pandémie autour des Jeux de Tokyo, elle a refait surface à Lisbonne pour les Journées mondiales de la jeunesse, avant de devenir un élément central des activités pastorales lors des Jeux olympiques de Paris 2024, où une chapelle dédiée aux athlètes a été aménagée dans l’église de la Madeleine.
Un nouveau chapitre s’est ouvert lors du Jubilé du Sport en juin 2025, lorsque Athletica Vaticana a officiellement pris en charge la croix. Cette remise symbolique s’est déroulée en présence du président du Comité International Olympique, Thomas Bach, qui l’a portée à travers la Porte Sainte de la basilique Saint-Pierre, soulignant ainsi le renforcement des liens entre le mouvement olympique et l’engagement du Vatican dans le sport.
Pendant toute la durée des Jeux méditerranéens, la Croix des sportifs restera dans la cathédrale de Tarente comme un lieu de recueillement spirituel ouvert aux athlètes, officiels, bénévoles et visiteurs. Les autorités vaticanes la décrivent non pas avant tout comme un objet de dévotion, mais comme un message silencieux. Elle symbolise, selon elles, la dignité, le sacrifice et l’espoir, rappelant aux athlètes que leur valeur ne se mesure pas uniquement à leurs résultats.
Cette conception reflète une vision plus large du sport, promue par le pape Léon XIV. Dans sa lettre de février, « La Plénitude de la Vie », consacrée à la valeur humaine du sport, le pontife affirmait qu’une activité sportive authentique favorise la participation plutôt que l’exclusion, l’intégration plutôt que la division. C’est dans cette perspective qu’Athletica Vaticana a été fondée, non pas pour rechercher le prestige sportif, mais pour démontrer comment l’athlétisme peut servir des objectifs éducatifs, sociaux et même pastoraux.
Le cardinal José Tolentino de Mendonça, préfet du dicastère pour la Culture et l’Éducation, a établi un lien entre la présence du Vatican à Tarente et les appels répétés du pape à la fraternité entre les peuples méditerranéens. Il soutient que l’expérience sportive peut contribuer à tisser des liens de solidarité et d’espoir, notamment lorsque l’attention se porte sur les plus vulnérables.
L’archevêque Miniero a repris ce thème dans une perspective locale. À l’heure où les guerres et les crises mondiales font la une des journaux, a-t-il déclaré, les Jeux offrent l’occasion de montrer que des personnes souvent perçues comme appartenant à des camps opposés peuvent se rencontrer en tant qu’êtres humains. La véritable frontière, a-t-il suggéré, n’est ni la nationalité, ni la religion, ni le statut social, mais une humanité partagée.
Le Saint-Siège espère que les Jeux méditerranéens démontreront que le sport peut encore remplir l’une de ses plus anciennes fonctions : rassembler les peuples par-delà les frontières que la politique, l’histoire et les conflits peinent si souvent à surmonter. Pour le Vatican, cette perspective représente peut-être la victoire la plus importante qui soit.
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