(ZENIT News / Jaroslaw, 29/09/2026) – Deux jours après une attaque au couteau dans une abbaye bénédictine du sud-est de la Pologne, qui a coûté la vie à un prêtre et fait quatre blessés, le père Adrian Mantykiewicz est retourné à l’autel avec un message qui dépassait largement la tragédie : « Nous pardonnons. » Ses paroles, prononcées lors de la première messe célébrée au couvent bénédictin de Jaroslaw après l’attaque du 24 septembre, ont rapidement trouvé un écho dans toute la Pologne.
L’attaque a eu lieu vers 9h30 le jeudi 24 septembre, lorsqu’un Ukrainien de 31 ans a agressé cinq personnes à l’intérieur de l’abbaye. La police a arrêté le suspect sur place, tandis que les blessés ont été transportés à l’hôpital. Le père Stanislaw Zbojniewicz, âgé de 67 ans, est décédé des suites de ses blessures. Le père Marek Pienkowski est resté hospitalisé dans un état grave mais stable, tandis que Mantykiewicz a été soigné et a pu quitter l’hôpital le jour même. L’enquête se poursuit et le parquet a inculpé le suspect de meurtre, de tentative de meurtre et de coups et blessures volontaires ayant entraîné une incapacité totale de travail de plus de huit jours.
Jaroslaw, ville proche de la frontière polono-ukrainienne, confère à cette attaque une dimension supplémentaire et particulièrement sensible. L’abbaye figurait parmi les lieux où les Ukrainiens fuyant l’invasion russe à grande échelle trouvaient refuge après février 2022. Les membres de la communauté ont veillé toute la nuit pour accueillir les personnes en quête de nourriture, d’un abri, de soins et d’un simple geste d’humanité.
C’est cette histoire qui trottait dans la tête de Mantykiewicz lorsqu’il s’est adressé à la congrégation le 26 septembre. L’agresseur était ukrainien, mais le prêtre a explicitement rejeté toute tentative de transformer un crime individuel en une faute collective.
« Ne blâmez pas la nation d’où vient l’agresseur », a-t-il déclaré à l’assemblée. Le mal, a-t-il insisté, a été commis par une seule personne, responsable de ses actes. D’autres n’y étaient pour rien.
Son intervention est survenue à un moment où les émotions auraient facilement pu basculer dans l’autre sens. Les relations entre Polonais et Ukrainiens se sont complexifiées depuis la première vague de solidarité polonaise envers les réfugiés en 2022, dans un contexte de tensions politiques et de différends historiques anciens. Certains réagissaient déjà à l’attaque en manifestant leur hostilité envers les Ukrainiens pris dans leur ensemble. Mantykiewicz, quant à lui, a mis en avant l’expérience même de l’abbaye : les personnes qu’elle avait accueillies pendant la guerre n’étaient pas une abstraction, mais des familles et des individus qui avaient eu besoin d’aide.
Sa réponse était résolument chrétienne. « Je suis disciple de Jésus-Christ », a-t-il déclaré, expliquant que le Christ lui enseigne l’amour. Il a invoqué l’amour du Christ, prêt à donner sa vie même pour ses ennemis, et a exhorté l’assemblée à ne pas répondre au mal par le mal, mais par l’amour, le soutien, la compréhension et la bienveillance.
Il est allé plus loin, demandant aux fidèles de prier pour l’agresseur présumé et plus particulièrement pour sa conversion. « Il a besoin de cette prière plus que quiconque », a déclaré Mantykiewicz. Il a également demandé des prières pour Zbojniewicz, pour le rétablissement de Pienkowski et pour son propre retour au ministère.
Les paroles du prêtre ne signifiaient pas que justice devait être abandonnée. Le parquet polonais poursuit son enquête sur les circonstances de l’agression et le suspect a été placé en détention provisoire sous haute sécurité dans un hôpital. Selon le parquet, les experts psychiatriques ont constaté des symptômes psychotiques aigus qui l’empêchent actuellement de participer à la procédure judiciaire. Les autorités n’ont pas encore établi de mobile pour cette agression.
Les autorités ecclésiastiques ont également appelé à la prière et à la retenue. L’archevêque Adam Szal de Przemyśl, dont l’archidiocèse comprend Jarosław, a exprimé sa solidarité avec les blessés, leurs familles et les témoins, et a demandé aux paroisses d’organiser une prière le 26 septembre. Il a également exhorté les journalistes à faire preuve de prudence et de rigueur dans leurs reportages, tandis que l’enquête de l’État se poursuit.
Les funérailles de Zbojniewicz ont débuté le 28 septembre et se sont poursuivies le lendemain dans sa ville natale de Grzeska, où il était né en 1958. Ordonné prêtre en 1986, il avait exercé la fonction de confesseur à l’abbaye de Jaroslaw et à l’église Saint-Nicolas.
Suite à cet événement, Mantykiewicz a ramené son message à une phrase délibérément simple : « Prenons soin les uns des autres », a-t-il dit à l’assemblée, « et aimons tous ceux que nous rencontrons en chemin. »
