(ZENIT Nouvelles / Getafe, le 10 mai 2026) – Plus de 70 détenus de différents centres pénitentiaires du diocèse de Getafe ont vécu une expérience inhabituelle : un concert offert par l’Orchestre symphonique des jeunes Jean-Paul II, composé d’une cinquantaine d’étudiants, qui a transformé pendant quelques heures la dureté de l’enfermement en émotion, souvenir et rencontre humaine.
Le récital, qui s’est déroulé le 18 avril au Collège Jean-Paul II de Parla, n’était pas seulement un événement culturel. Il a été le point de départ du projet Dismas, une initiative qui cherche à rapprocher la beauté de la musique des personnes privées de liberté, dans le but de favoriser la réinsertion et d’offrir un réconfort dans les contextes de vulnérabilité.
Dès le début, l’ambiance était chargée d’attente. Le répertoire, soigneusement choisi, combinait des morceaux classiques comme O mio babbino caro (Oh mon petit papa chéri, de Puccini) ou Nessun dorma (Que personne ne dorme, opéra Turandot de Puccini), avec des mélodies populaires de bandes sonores reconnaissables par tous, de La Belle et la Bête aux Pirates des Caraïbes. Ces compositions ont non seulement facilité la connexion émotionnelle, mais elles ont aussi ravivé des souvenirs profondément personnels parmi les participants.
L’un des détenus, identifié comme Juan C., a décrit l’expérience avec des mots qui reflètent l’impact du moment : « Quand j’ai entendu La Belle et la Bête, je me suis mis à pleurer. C’était un saut dans mon enfance. » Son témoignage résume le sens plus profond du concert : se reconnecter avec sa propre humanité au sein de la détention.
Pour beaucoup de ceux qui étaient présents, la journée a également été un répit face à l’isolement. « C’est quelque chose d’inoubliable, après tant de jours sans voir la lumière ou pouvoir communiquer », a ajouté le même détenu, soulignant l’importance de ces espaces de rencontre. Au-delà de la musique, l’événement a permis aux détenus d’interagir, de converser et de partager des expériences avec les jeunes musiciens, dans une atmosphère de respect et de proximité inhabituelle dans leur vie quotidienne.
L’évêque de Getafe, Ginés García Beltrán, présent à la cérémonie, a invité les participants à parcourir « un chemin d’espérance vers la liberté », en encadrant l’initiative dans le cadre de la pastorale pénitentiaire du diocèse. Son intervention a mis l’accent sur la dimension humaine et spirituelle du projet, en rappelant que la réinsertion commence par le recouvrement de la dignité et de l’espérance.
Derrière cette proposition se trouve une équipe engagée avec une vision claire : la musique comme outil de transformation sociale. José María Carrera, l’un des initiateurs de l’orchestre, a expliqué les piliers du projet Dismas : « Nous voulons encourager la prévention chez nos élèves… accompagner pendant la condamnation et faciliter la réinsertion. » Selon lui, l’objectif ne se limite pas à offrir des concerts ponctuels, mais à créer des liens durables qui contribuent à la reconstruction personnelle des détenus.
L’impact de la journée s’est étendu au-delà du concert. Après le spectacle, musiciens et prisonniers ont partagé un repas, des conversations informelles et même des moments ludiques, comme un match de football improvisé. Ces espaces de convivialité, apparemment simples, ont mis en évidence la capacité des jeunes à jeter des ponts là où les barrières prédominent habituellement.
L’un des messages les plus répétés parmi les détenus était l’importance de la famille comme ancrage émotionnel. « Quand je te dis qu’elle sera toujours là, c’est la vérité. Elle ne te laissera jamais tomber », a exprimé l’un d’eux dans une réflexion spontanée adressée à la fois à ses camarades et aux jeunes musiciens.
L’initiative a aussi une composante formative pour les propres élèves de l’orchestre. En entrant en contact avec la réalité pénitentiaire, les jeunes acquièrent une conscience plus profonde des conséquences de certaines décisions et de la valeur de la responsabilité personnelle. Cet échange, selon les organisateurs, enrichit les deux parties : certains reçoivent de l’espoir ; d’autres, une leçon de vie.
Le concert à Getafe n’a marqué que le début d’une série de spectacles prévus dans des environnements où la musique peut devenir un véritable baume : hôpitaux, centres de soins palliatifs ou résidences. L’orchestre poursuit ainsi un travail qui allie art, éducation et engagement social.
Pendant quelques heures, les notes de musique ont réussi ce qui semble souvent impossible : abattre des murs invisibles, réveiller des souvenirs oubliés et offrir un horizon d’espoir à ceux qui vivent en détention, parce que parfois, un témoignage de reconnaissance suffit pour que quelqu’un se sente à nouveau humain.



