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Cardinal Peter Turkson in the Vatican press room

Card. Peter Turkson © ZENIT - HSM

UNESCO: « Le concept clé d’écologie intégrale », par le card. Turkson (2/2)

«La terre, notre maison commune: défis et espoir!»

« Le concept clé d’écologie intégrale et son évolution dans l’enseignement social de l’Église »: c’est le thème de l’intervention du cardinal Peter Turkson à l’UNESCO, le 9 novembre 2016, lors d’un colloque intitulé « la terre notre maison commune: défis et espoir! » organisé par la Mission du Saint-Siège à l’UNESCO et par Justice et Paix.

L’intervention du président du Conseil pontifical Justice et Paix, et préfet nommé du nouveau dicastère au Service du développement humain intégral, est publiée en anglais par Radio Vatican. Voici notre traduction en français de la première partie. Nous avons publié la première partie hier, samedi 12 novembre 2016.

Dans cette seconde partie, le cardinal Turkson propose une synthèse actualisée de l’enseignement du pape François sur l’écologie humaine intégrale, avec cette conviction que le message de l’encyclique Laudato si’ non seulement n’a rien perdu de son actualité, mais qu’il fait son chemin: « En conclusion, permettez-moi une remarque : Face à la menace d’une catastrophe environnementale à l’échelle mondiale, je suis convaincu qu’un rayon de lumière a déjà commencé à briser les nuages lourds de l’écologie et à nous apporter ce que le pape décrit comme la chaleur de l’espoir! »

AB

Intervention du card. Turkson (2/2)

Le pape François sur l’écologie intégrale

Élu il y a trois ans, le Pape François a profondément enraciné son propre enseignement dans les enseignements de ses prédécesseurs sur la relation entre l’écologie naturelle et l’écologie humaine. Il a fait la promotion de la sauvegarde de la création, du développement humain intégral et du souci pour les pauvres et les personnes âgées dans ses homélies [27], ses discours et ses messages [28] à diverses audiences et événements et dans son Evangelii Gaudium [29]. Tout cela a culminé dans Laudato si’ publiée à la mi-juin 2015. La deuxième moitié de 2015 a été décisive pour notre sujet : en juillet, la troisième Conférence internationale sur le financement du développement à Addis-Abeba ; en septembre, l’Assemblée générale des Nations Unies sur les objectifs de développement durable jusqu’en 2030 ; et en décembre, la COP21, la Conférence sur le changement climatique à Paris.

Le pape François lui-même nous offre le message central de Laudato si’  dans une courte vidéo. Regardons-la maintenant. [30]

Les principaux extraits de la vidéo Laudato si’  sont clairs:

Notre nature est créée par Dieu et environnée par les dons de la création.

Nos échecs viennent de ce que nous surconsommons et que nous ne partageons pas les dons de la création. Nous avons cultivé trop et gardé trop peu – avec des conséquences désastreuses pour les pauvres et la planète.

Il est donc urgent que nous changions notre sens du progrès, notre gestion de l’économie et notre style de vie. Cette approche cohérente et durable de la vie est ce que nous appelons l’écologie intégrale.

Les fondements de Laudato si’ se trouvent dans le récit biblique. La Genèse nous enseigne que « la vie humaine repose sur trois rapports fondamentaux et intimement liés : avec Dieu, avec notre prochain et avec la terre elle-même » (§ 66). En ce qui concerne la relation avec la terre, le Pape François se tourne vers Son Éminence Bartholomée Ier pour son enseignement prophétique: « Pour les êtres humains… détruire la diversité biologique… en provoquant des changements dans son climat », en contaminant « les eaux de la terre, l’air et sa vie – ce sont des péchés » (§ 8), tout comme les ruptures dans notre relation avec Dieu et avec notre prochain. Et lorsqu’une de ces relations est rompue, les autres sont brisées aussi, et notre insertion dans l’univers n’est plus intégrale : elle est fracturée, fragmentée et partielle.

Sur cette base biblique, le chemin de Laudato si’ se déploie dans des détails grands et reliés entre eux. Les six points suivants aident à transmettre son message essentiel:

Tous les êtres humains sont touchés, et tout dans la nature aussi, par les crises du changement climatique, le mauvais usage des ressources naturelles, les déchets et la pollution, et la pauvreté et la mise à l’écart qui en découlent.

Tout est lié ; nous ne pouvons pas comprendre le monde social ou naturel ou une partie de ces mondes en les isolant.

Tout le monde doit agir de manière responsable pour sauver notre monde – des individus qui recyclent et utilisent l’énergie avec modération, aux entreprises réduisant leurs empreintes écologiques, aux dirigeants mondiaux fixant des objectifs ambitieux pour réduire l’utilisation du carbone (comme lors de la COP21 à Paris) en mettant effectivement en œuvre et en appliquant ces profondes réformes.

Nous devons être véridiques ; ne laissez personne cacher ou déformer des faits afin d’obtenir un avantage égoïste.

Nous devons engager un dialogue constructif ; l’engagement sincère et fiable de toutes les parties est nécessaire pour réussir là où tout est risqué.

Nous devons nous transcender dans la prière, la simplicité et la solidarité.

En réunissant ces perspectives avec leur impact sur l’expérience humaine concrète, Laudato si’ veut persuader le monde que la dimension morale doit être omniprésente. Comme tous les papes depuis Paul VI ont insisté de diverses façons, il n’y a pas de décisions moralement neutres sur l’économie, la production et le commerce. Ces décisions touchent à la fois le monde naturel qui est notre maison commune et nous tous, habitants de cette maison commune.

Dans Laudato si’, le Pape François expose cinq aspects du grand effort nécessaire pour réduire notre empreinte et inverser la détérioration de l’environnement naturel et social, afin de remodeler et assurer l’avenir de notre planète :

– identifier la confiance inconsidérée de l’âge industriel dans la technologie et la finance. Ce paradigme technocratique est la conviction que toute réalité – y compris la vie humaine – consiste en des objets que les gens peuvent manipuler sans fin pour le profit et sans la moindre considération éthique. Cette alliance entre la technologie utilisée comme moyen de pouvoir et une économie obsédée par la maximisation à court terme des profits est partout répandue par la mondialisation et tend à prévaloir sur la dimension politique.

– proposer un enseignement social de l’Église qui sensibilise à l’immensité et à l’urgence du défi de la situation actuelle du monde et de ses pauvres : les deux fragilités qui sont au cœur de l’écologie intégrale du pape François.

– stimuler des changements majeurs dans notre pensée et nos engagements – en effet, une transformation de soi ou la conversion de chaque individu et des groupes et institutions à tous les niveaux, des communautés locales à l’humanité globale.

– lancer un appel urgent pour la conversion écologique, pour une éducation à la citoyenneté écologique et pour le développement éthique et spirituel. Et

– avec sa profonde foi et sa confiance dans la capacité de l’humanité à travailler ensemble pour construire une maison commune, encourager l’humanité à répondre à l’appel urgent de Laudato si’.

Ainsi, l’Encyclique propose « une approche de l’écologie qui respecte notre place unique en tant qu’êtres humains dans ce monde et notre relation à notre environnement » (§ 15). Le paradigme de l’écologie intégrale est une proposition inclusive et dynamique qui articule les relations fondamentales de chaque personne avec Dieu, avec les autres êtres humains et avec la création :

Quand nous parlons de « l’environnement », ce que nous entendons vraiment, c’est une relation existant entre la nature et la société qui y vit. La nature ne peut être considérée comme quelque chose de séparé de nous-mêmes ou comme un simple cadre dans lequel nous vivons. Nous faisons partie de la nature, nous y sommes inclus et donc en constante interaction avec elle… Il est essentiel de rechercher des solutions globales qui tiennent compte des interactions au sein des systèmes naturels eux-mêmes et avec les systèmes sociaux (§139).

L’intégration est l’opposé de la fragmentation et de l’isolement : « la nature ne peut être considérée comme quelque chose de séparé de nous-mêmes ou comme un simple milieu dans lequel nous vivons » (§139). Plutôt que de penser que notre relation avec l’environnement naturel est séparée des autres sphères d’intérêt et d’activité humaine, voyons la nature comme une partie intégrante d’un tout plus vaste qui comprend les biens sociaux, politiques et spirituels, les biens matériels, la sphère économique etc.

En ceci, le pape François fait écho fortement aux sentiments de son homonyme, saint François d’Assise, « qui montre à quel point le lien entre le souci de la nature, la justice pour les pauvres, l’engagement envers la société et la paix intérieure est un lien inséparable ». Il est l’exemple par excellence du souci des plus vulnérables et d’une écologie intégrale vécue joyeusement et authentiquement » (§ 10). Puis rappelant la vision de François d’Assise sur la parenté de la famille humaine avec la nature, le pape François affirme que notre intégration à l’univers lui est inhérente : « Nous sommes nous-mêmes poussière de la terre (Gn 2,7), nos corps mêmes sont constitués de ses éléments, nous respirons son air et nous recevons la vie et le rafraîchissement de ses eaux … Nous faisons partie de la nature, (§ 2, 139) : de la conception au moment de la mort, la vie de chaque personne est intégrée et soutenue par la panoplie impressionnante des processus naturels. L’humanité doit rendre la pareille, nous devons nourrir et soutenir la terre qui nous nourrit et nous soutient.

François d’Assise met en avant l’intégration de l’humain et du naturel, de même que le mot soin [care] dans le titre de l’encyclique. La terminologie de l’intendance n’apparaît que deux fois, mais le soin [care] apparaissent des dizaines de fois. Cela témoigne d’une relation intime qui va au-delà des emplois et de la responsabilité. Les délégués syndicaux peuvent travailler dans les limites de leurs responsabilités et ne pas s’occuper de ce qui ne relève pas de ces limites. C’est un fonctionnement cloisonné. Mais si je me soucie [care], je regarde les objets de mon soin – mes enfants, ma communauté, mon monde – et je ne vois pas de limites absolues à mon engagement. Je pourrais même mourir pour eux !

« Tout est étroitement lié, dit le pape François, et les problèmes d’aujourd’hui exigent une vision capable de prendre en compte tous les aspects de la crise mondiale » (§137). Par conséquent, « nous avons besoin d’urgence d’un humanisme capable de rassembler les différents domaines de la connaissance, y compris l’économie » et la science (science du climat, etc.) « au service d’une vision plus intégrale et intégrante ». (§141) [31] Lorsque nous adoptons l’écologie intégrale, nous évitons le cloisonnement en faveur de l’interconnexion et du holisme. Seule l’interconnexion nous permettra de « trouver des moyens adéquats de résoudre les problèmes plus complexes du monde d’aujourd’hui, en particulier ceux qui concernent l’environnement et les pauvres ; ces problèmes ne peuvent être traités dans une seule perspective ou à partir d’un seul ensemble d’intérêts » (§101). Aucune branche de la science, aucune forme de sagesse – y compris la culture, la religion et la spiritualité – ne doit être négligée (cf. § 63). « Aujourd’hui, l’analyse des problèmes environnementaux ne peut être séparée de l’analyse des contextes humains, familiaux, liés au travail et urbains, et de la façon dont les individus se rapportent à eux-mêmes » (§141).

S’appuyant sur cette idée fondamentale, le Pape François explore l’écologie intégrale dans plusieurs domaines d’application. Elle comprend « notre place unique en tant qu’êtres humains dans ce monde et notre relation avec notre environnement », dans les aspects variés de notre vie, dans l’économie et la politique, dans les diverses cultures, en particulier les plus menacées, et tous les moments de notre quotidien.

Dans le monde contemporain, où « les injustices abondent et un nombre croissant de personnes sont privées des droits humains fondamentaux et considérées comme des dépenses », travailler pour le bien commun signifie faire des choix de solidarité basés sur « une option préférentielle pour les plus pauvres » (§158).

Le bien commun concerne aussi les générations futures : « on ne peut plus parler de développement durable sans solidarité intergénérationnelle » (§159). Ici, dans le contexte de l’écologie intégrale, le pape François invoque le souci de nos enfants pour formuler sa question centrale sur l’environnement : « Quel genre de monde voulons-nous laisser à ceux qui viennent après nous, aux enfants qui grandissent maintenant? » (§ 160).

Conclusion

En conclusion, permettez-moi une remarque : Face à la menace d’une catastrophe environnementale à l’échelle mondiale, je suis convaincu qu’un rayon de lumière a déjà commencé à briser les nuages lourds de l’écologie et à nous apporter ce que le pape décrit comme la chaleur de l’espoir! Plus important,

– en nous réunissant à Addis-Abeba pour examiner comment, ensemble, nous pouvons mettre en commun les ressources pour promouvoir le développement durable,

– en nous réunissant à New York, à l’Assemblée plénière de l’ONU, pour adopter un agenda mondial (SDG), centré sur les personnes et sur la planète [32]

– en nous réunissant à Paris (juillet 2015) lors d’une conférence pour réveiller les « consciences pour le climat », nous sommes convenus (en accord) à la COP21 (décembre 2015) de contenir la hausse de la température entre 1,5 ° et 2 ° et nous avons continué de montrer notre engagement, en ajoutant nos signatures à l’ONU au début de cette année,

– en nous réunissant de nouveau à Marrakech (7-18 novembre) pour la mise en œuvre de la COP21,

nous devenons ensemble des révolutionnaires de la tendresse et de la sympathie, en surmontant l’indifférence et les inégalités omniprésentes du monde avec le souci de la terre, de notre maison commune et de ses pauvres. Ainsi, si l’espoir génère l’énergie qui stimule l’intellect et donne à la volonté tout son dynamisme [33], alors l’encyclique Laudato si’, sur le soin de notre maison commune est elle-même l’espoir qui initie un millénaire de respect de la vie, de notre souci pour la création de Dieu, de notre souci pour les pauvres dans la solidarité et la justice, et en particulier de la paix.

Nous avons reçu la terre comme un jardin des mains du Créateur, ne le transmettons pas à ceux qui viennent après nous comme une terre sauvage, un désert!

Merci à tous pour votre aimable attention !

© Traduction de Zenit, Constance Roques

 

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