Trafic d’êtres humains : « nous sommes une partie du problème »

En dialogue avec le pape (4)

Journée contre la traite, le trafic © Vatican Media

Journée contre la traite, le trafic © Vatican Media

La cause principale du trafic d’êtres humains est « l’égoïsme sans scrupules de tant de personnes hypocrites de notre monde… la vraie solution c’est la conversion des cœurs, la réduction de la demande pour vider le marché », estime le pape François. Et d’insister : « nous sommes tous appelés à sortir de l’hypocrisie et à affronter l’idée que nous sommes une partie du problème plutôt que de nous tourner de l’autre côté, en proclamant notre innocence ».

En recevant les participants à un événement organisé au Vatican pour la Journée mondiale de réflexion contre la traite des personnes, le 12 février 2018, le pape a encouragé à « créer des occasions pour un développement humain intégral » afin de lutter contre la pauvreté extrême, la violence, la corruption, qui entretiennent ce fléau.

« Une instruction de qualité dès la petite enfance » et « des opportunités de croissance à travers l’emploi » sont « les antidotes contre la vulnérabilité et la traite », a–il affirmé.

Nous publions ci-dessous la quatrième partie du dialogue que le pape a entamé avec les participants à la rencontre.

AK

En dialogue avec le pape (4)

[Antonio Maria Rossi, lycée de via Dalmazia, Rome] Nous, jeunes italiens, nous sommes confrontés de plus en plus chaque jour à un contexte marqué par la pluralité de cultures et de religions. Il s’agit d’un défi ouvert. Souvent, le manque de respect pour celui qui est différent, la culture du rejet et la corruption, d’où la traite découle, semblent normales. Pape François, s’il vous plaît, continuez à encourager nos gouvernants à lutter contre la corruption, contre la vente d’armes et la culture du rejet; encouragez aussi tous les leaders religieux à garantir des espaces, là où les différentes cultures et religions peuvent se connaître et se valoriser mutuellement, de manière à ce que tout le monde partage la même spiritualité d’accueil. Je voudrais vous demander, que pouvons-nous faire nous ici pour que ce fléau de la traite disparaisse définitivement ?

Quand les pays sont en proie à la pauvreté extrême, à la violence et à la corruption, l’économie, le cadre juridique et les infrastructures de base sont insuffisants et ne parviennent pas à garantir la sécurité, les biens et les droits essentiels. Dans ces contextes, les auteurs de ces crimes agissent impunément. La criminalité organisée et le trafic illégal de drogues et d’êtres humains choisissent leurs proies parmi les personnes qui, aujourd’hui, ont de maigres moyens pour vivre et encore moins d’espérances en l’avenir.

La réponse est donc de créer des occasions pour un développement humain intégral, en commençant pas une instruction de qualité dès la petite enfance, en créant successivement des opportunités de croissance à travers l’emploi. Ces deux modalités pour grandir, dans les différentes phases de la vie, sont les antidotes contre la vulnérabilité et la traite.

Ce que j’ai indiqué, à plusieurs reprises, comme « la culture du rejet » est à la base de comportements qui, dans le marché mondial, portent à l’exploitation des êtres humains, à tous les niveaux. « La pauvreté, les besoins, les drames de tant de personnes, finissent pas entrer dans la normalité ».

Des Etats encouragent, à l’intérieur de la communauté internationale, une politique particulièrement dure pour vaincre le trafic d’êtres humains ; une telle attitude est en soi trompeuse car, à cause d’intérêts économiques cachés, on ne veut pas affronter les causes profondes. Par ailleurs, la position au niveau internationale n’est pas toujours cohérente avec les politiques intérieures. J’espère vraiment que vous pourrez encourager les leaders, à chaque niveau de gouvernance, du monde des affaires et de la société, à l’accès à une instruction de qualité et donc à un emploi juste et durable.

Une stratégie qui comprenne une meilleure connaissance de la question de la traite, à partir d’une terminologie claire et de témoignages concrets des principaux auteurs, peut être certainement un secours. La conscience réelle sur cette question demande toutefois une attention à la « question de la traite » qui est derrière l’offre (filière de consommation) ; nous sommes tous appelés à sortir de l’hypocrisie et à affronter l’idée que nous sommes une partie du problème plutôt que de nous tourner de l’autre côté, en proclamant notre innocence.

Laissez-moi vous dire, s’il y a tant de jeunes filles victimes de la traite qui finissent dans les rues de nos villes, c’est parce que tant d’hommes ici — jeunes, personnes d’âge mûr, personnes âgées — demandent ces services et sont disposés à payer pour leur plaisir. Je me demande alors est-ce vraiment les trafiquants la cause principale de la traite ? Je crois que la cause principale est l’égoïsme sans scrupules de tant de personnes hypocrites de notre monde. Certes, arrêter les trafiquants est un devoir de justice. Mais la vraie solution c’est la conversion des cœurs, la réduction de la demande pour vider le marché.

Traduction de Zenit, Océane Le Gall

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