Thérèse, Docteur de la Miséricorde Infinie: « l’espérance pour tous » (4/7)

L’autorité de Thérèse, Docteur de l’Église

Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus et de la Sainte Face @Carmel de Lisieux

Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus et de la Sainte Face, de Lisieux

« L’Offrande à l’Amour Miséricordieux, comme centre de la vie et de la doctrine de sainte Thérèse de Lisieux »: c’est le titre de cette conférence du P. François-Marie Léthel, ocd, que nous publierons en sept épisodes, avec l’aimable autorisation de l’auteur.

« Déclarée Docteur de l’Eglise par le saint Pape Jean-Paul II, la petite Thérèse est le grand Docteur de la Miséricorde pour tout le Peuple de Dieu, et son Offrande à l’Amour Miséricordieux est à la fois le centre et le point culminant de son enseignement », écrit d’emblée le P. Léthel.

Dans ce quatrième volet, il fait observer notamment: « Le Coeur de Jésus est infiniment miséricordieux et il est l’unique Source de la Miséricorde, et d’abord pour le Coeur de sa Sainte Mère. Contrairement à certaines représentations de la piété, le Coeur Immaculé de Marie ne sera jamais plus miséricordieux que le Coeur de Jésus, mais comme le dit si bien Thérèse, ce Coeur de Mère est précisément le Coeur qui met toute sa Confiance en la Miséricorde Infinie de l’unique Sauveur pour obtenir de Lui le salut de tous ses enfants. »

Nous avons publié le premier volet  mardi 26 avril 2016, le  deuxième volet mercredi, 27 avril, et le troisième volet jeudi, 28 avril. Voici le quatrième volet. Les trois prochaines éditions seront publiées les 2, 3 et 4 mai.

Introduction [26 avril]

I/ « A moi, Il a donné sa Miséricorde Infinie…. »: La foi et l’espérance en la Miséricorde

a/ La foi en la Miséricorde (Conclusion du Manuscrit A) [27 avril]

b/ L’espérance en la Miséricorde, comme espérance du salut et de la sainteté

– Le salut du criminel Pranzini, « premier enfant » de Thérèse [28 avril]

– Avec Marie, l’espérance d’un « coeur de Mère »

Thérèse vit cette « médiation maternelle » avec Marie, qui n’est cependant pas nommée dans le récit, de même qu’elle n’était pas représentée sur l’image de Jésus Crucifié. Mais heureusement cette dimension mariale de l’expérience de Thérèse est explicitée dans sa petite pièce de théâtre intitulée La Fuite en Egypte (RP 6). Elle a écrit (et représenté) ce texte au moment où elle terminait la rédaction du Manuscrit A (janvier 1896).

Le leit-motiv de cette pièce de théâtre est « un cœur de mère« . La carmélite a imaginé la rencontre entre la Sainte Famille et une famille de pécheurs durant la fuite en Égypte. Le sommet est le dialogue entre Marie, la Mère de l’Enfant-Jésus, et Susanna, la mère de l’enfant Dimas, le futur bon larron de l’Évangile. Marie est la Vierge Mère, l’Immaculée. Au contraire, Susanna est une pécheresse, une païenne, la femme d’un bandit. Et pourtant les deux femmes sont proches l’une de l’autre, elles se comprennent parce que toutes les deux ont un « cœur de mère ». En écrivant ce dialogue, Thérèse révèle évidemment son propre cœur de mère, et c’est certainement son texte le plus éclairant sur l’amour maternel, sur cette « corde » essentielle de son cœur de femme[1].

Le moment culminant du dialogue est lorsque Thérèse attribue à la Vierge Marie des paroles correspondant exactement à son expérience par rapport à Pranzini. Le petit Dimas vient d’être guéri de sa lèpre par la puissance de l’Enfant-Jésus, et Susanna dit à Marie sa crainte que Dimas ne fasse le mal en devenant un bandit comme son père. Dans la réponse de Marie nous trouvons exactement les expressions caractéristiques du récit concernant Pranzini. Voici les paroles que Thérèse attribue à Marie:

Certes, ceux que vous aimez offenseront le Dieu qui les a comblés de bienfaits ; cependant, ayez confiance en la Miséricorde Infinie du Bon Dieu ; elle est assez grande pour effacer les plus grands crimes lorsqu’elle trouve un cœur de mère qui met en elle toute sa confiance. Jésus ne désire pas la mort du pécheur, mais qu’il se convertisse et qu’il vive éternellement. Cet Enfant qui, sans effort, vient de guérir votre fils de la lèpre, le guérira un jour d’une lèpre bien plus dangereuse. Alors, un simple bain ne suffira plus, il faudra que Dimas soit lavé dans le Sang du Rédempteur. Jésus mourra pour donner la vie à Dimas et celui-ci entrera le même jour que le Fils de Dieu dans son Royaume Céleste (RP6, 10r).

Thérèse a inventé une sorte de parabole narrative à partir de deux textes de l’Évangile : La Fuite en Égypte (Mt 2, 13-19) et le salut « in extremis » du Bon Larron, crucifié avec Jésus (Lc 23, 39-43). Alors, Marie sera présente avec tout son « cœur de Mère » transpercé par l’épée de la souffrance (cf Lc 2, 34-35), un cœur pleinement ouvert au Fils Sauveur et au fils pécheur et sauvé. Ici Thérèse explicite la dimension mariale de sa première expérience de maternité vécue par rapport à Pranzini. C’est Marie qui enseigne à l’Église, et spécialement à la femme dans l’Église, cette totale confiance d’ »un cœur de mère » en la Miséricorde Infinie pour obtenir sûrement le salut du fils le plus pécheur, même s’il est coupable des « plus grands crimes », de « crimes horribles ». « Ayez confiance en la Miséricorde Infinie du Bon Dieu » dit ici Marie. « Tant j’avais de confiance en la Miséricorde Infinie de Jésus » écrivait Thérèse à propos de Pranzini. Nous trouvons la même référence au Sang de Jésus dans les deux textes. L’Infinie Miséricorde divine sauvera sûrement le pécheur, même coupable des plus grands crimes, mais seulement à travers le Sang du Rédempteur.

Pour bien interpréter ce texte, il faut dire que Thérèse « objective » au plus haut niveau, en Marie, son expérience de maternité spirituelle. Ici, sa scientia amoris est connaissance vraie et profonde « objective » du Cœur Maternel de Marie à travers la subjectivité de son propre « cœur de Mère ». Thérèse n’ »invente » pas les paroles qu’elle attribue ici à Marie, mais elle les écoute et elle les découvre dans l’union la plus intime entre son coeur et le Coeur de Marie.

Ici encore on admire la sûreté théologique de Thérèse. La Miséricorde Infinie qui seule peut sauver l’homme de son péché est tout entière contenue dans le Sang de Jésus. Le Coeur de Jésus est infiniment miséricordieux et il est l’unique Source de la Miséricorde, et d’abord pour le Coeur de sa Sainte Mère. Contrairement à certaines représentations de la piété, le Coeur Immaculé de Marie ne sera jamais plus miséricordieux que le Coeur de Jésus, mais comme le dit si bien Thérèse, ce Coeur de Mère est précisément le Coeur qui met toute sa Confiance en la Miséricorde Infinie de l’unique Sauveur pour obtenir de Lui le salut de tous ses enfants.

– Un coeur d’épouse espérant pour tous

Cette même espérance pour le salut de tous, Thérèse l’exprimait déjà au jour de sa Profession, le 8 septembre 1890 en la fête de la Nativité de Marie, à la fin de la brève prière écrite le jour-même. Alors, c’était avec son coeur d’épouse, de jeune épouse au jour de son mariage, qu’elle lui disait:

Jésus, fais que je sauve beaucoup d’âmes, qu’aujourd’hui il n’y en ait pas une seule de damnée et que toutes les âmes du purgatoire soient sauvés. Jésus, pardonne-moi si je dis des choses qu’il ne faut pas dire, je ne veux que te réjouir et te consoler.

En effet, au temps de Thérèse, une telle prière était inconvenante. On pensait que la damnation de nombreuses âmes, chaque jour, était une chose inévitable: parmi tous ceux qui meurent chaque jour, beaucoup –sans doute la majorité– tombent en enfer. Au contraire, l’Épouse demande avec confiance à son Époux qu’aucune des personnes qui meurent aujourd’hui ne soit damnée. Et c’est une prière que Thérèse renouvelle chaque jour. Espérer, pour l’Épouse de Jésus, signifie alors, véritablement, « espérer pour tous »[2].

– L’espérance de la sainteté: « La confiance audacieuse de devenir une grande sainte »

Espérance du salut éternel, l’espérance thérésienne est inséparablement espérance de la sainteté, d’abord pour elle-même et ensuite pour les autres, spécialement pour tous ceux qui voudront bien la suivre sur sa « petite voie de confiance et d’amour ».

Dans le Manuscrit A, elle nous raconte comment dès son enfance, elle a pris conscience de sa vocation à la sainteté au contact de sainte Jeanne d’Arc (alors Vénérable), la sainte la plus aimée et la plus présente dans sa vie, après Marie et Joseph. Comme Jeanne, Thérèse se sent appelée par le Seigneur à « devenir une grande Sainte« , mais pour elle ce sera dans une vie toute cachée. Ce désir enfantin de la sainteté a mûri et s’est transformé dans le coeur de la carmélite en « la confiance audacieuse de devenir une grande sainte »:

Ce désir pourrait sembler téméraire si l’on considère combien j’étais faible et imparfaite et combien je le suis encore après sept années passées en religion, cependant je sens toujours la même confiance audacieuse de devenir une grande Sainte, car je ne compte pas sur mes mérites n’en ayant aucun, mais j’espère en Celui qui est la Vertu, la Sainteté Même. C’est Lui seul qui se contentant de mes faibles efforts, m’élèvera jusqu’à Lui et, me couvrant de ses mérites infinis, me fera Sainte (Ms A, 32r).

Telle est la conception de la sainteté que nous allons retrouver dans l’Offrande à L’Amour Miséricordieux, et que Thérèse va enseigner à tous ceux qui suivront son chemin de sainteté: non seulement le désir de la sainteté, mais la « confiance audacieuse » de devenir des saints!

(à suivre)

***

NOTES

            [1] Un des principaux symboles que Thérèse applique à son coeur est celui de la lyre, un instrument de musique à quatre cordes (comme le violon). Ces cordes symbolisent les dimensions essentielles de l’amour dans son coeur de femme, comme épouse et mère, enfant et soeur. C’est là une vérité anthropologique universelle: toute femme a un coeur d’épouse et de mère, d’enfant et de soeur, comme tout homme a un coeur d’époux et de père, d’enfant et de frère. La vocation universelle à la sainteté comme plénitude de la charité est la vocation à « aimer de tout son coeur » Dieu et le prochain dans le Christ Jésus, en faisant vibrer toutes ces cordes, que ce soit dans le mariage ou dans la virginité.

            [2] Espérer pour tous est le titre d’une des dernières et plus significatives œuvres de Hans Urs Von Balthasar, avant qu’il ne soit nommé Cardinal par Jean-Paul II. Comme Docteur de l’Église, Thérèse est sûrement la meilleure autorité en faveur de cette position de l’espérance pour tous, pour mettre en évidence sa parfaite orthodoxie. Du point de vue théologique, sa formulation est supérieure à celle de Balthasar, plus simple, plus sûre et plus sereine, sans aucune polémique.

 

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