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Synode des jeunes, capture Youtube Synod2018

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Synode 2018 pour les jeunes: l’importance de la vocation au sens large, par le p. Sala (traduction complète)

Présentation de l’Instrumentum Laboris (2/4)

« Sans dynamique vocationnelle, il ne peut y avoir qu’une personnalité fragmentée, chaotique, confuse et sans forme », affirme Don Rossano Sala, S.D.B., secrétaire spécial de la XVe Assemblée générale ordinaire du synode des évêques. « La perte de la culture vocationnelle nous a fait précipiter dans une société ‘sans liens’ et ‘sans qualité’ », a-t-il ajouté.

Le secrétaire spécial est intervenu à une conférence de presse organisée pour présenter l’Instrumentum Laboris de la XVe Assemblée générale ordinaire du synode des évêques sur le thème : « Jeunesse, foi et discernement vocationnel » (3-28 octobre 2018) ce mardi 19 juin 2018, à 11 h, à la salle de presse du Saint-Siège. Étaient également présents : le cardinal Lorenzo Baldisseri, secrétaire général du synode des évêques ; Mgr Fabio Fabene, sous-secrétaire ; et le p. Giacomo Costa SJ, secrétaire spécial.

Le p. Rossano Sala a parlé de « la ‘prédilection’ de l’Instrumentum laboris pour les situations de difficulté, de fragilité et de marginalité qui touchent les jeunes ». Il a souligné que « les catégories de jeunes les plus défavorisés font l’objet d’une attention prioritaire : handicap et maladie, dépendances et autres fragilités, jeunes détenus, situations de guerre et de violence, jeunes migrants ».

« C’est précisément dans cet engagement de service et de proximité qu’il y a des perspectives intéressantes et fructueuses de pastorale des jeunes vocations », a-t-il noté.

Voici notre traduction de l’italien de l’intervention du p. Sala.

MD

Intervention du p. Rossano Sala, S.D.B.

Dans chacune des trois parties de l’Instrumentum laboris, on trouve le récit évangélique d’Emmaüs sous différents points de vue (nn. 1, 75, 175). Il me semble que ce choix nous donne le style adéquat pour lire et approfondir le Document d’un point de vue éducatif et pastoral, car de cette façon on affirme qu’il n’y a pas de proclamation de la bonne nouvelle de l’Évangile sans accompagnement, et que l’accompagnement est la condition préalable à toute action évangélisatrice avec et pour les jeunes.

Reconnaitre : les « conditions d’exercice » de la mission ecclésiale aujourd’hui.

Dans la première partie de l’Instrumentum laboris, on trouve les « conditions d’exercice » qui caractérisent aujourd’hui la mission ecclésiale. L’action pastorale est toujours contextuelle, c’est-à-dire qu’elle s’insère dans un environnement culturel, social, économique, communicatif et religieux.

En ce sens, le quatrième chapitre de la première partie – « Défis anthropologiques et culturels », nos 51-63 – apparait stratégique, car il attire notre attention sur six défis qui, dans un certain sens, reflètent le contexte dans lequel vivent les jeunes, mais également celui de notre existence et de notre action, au point que « leur réapparition continue nous fait les reconnaître comme des signes du changement d’époque que nous vivons au niveau anthropologique et culturel » (n. 51). Le chapitre s’articule en six « défis anthropologiques et culturels » que l’Église ne peut pas ne pas reconnaître et affronter avec courage apostolique et créativité pastorale.

Le premier concerne le corps, l’affectivité et la sexualité. Un second concerne les nouveaux paradigmes cognitifs et la recherche de la vérité. Un troisième apparu lors de l’exploration synodale est sur les effets anthropologiques du monde numérique. Un quatrième porte sur la déception institutionnelle et les nouvelles formes de participation des jeunes. Un cinquième défi à relever est la paralysie quand il s’agit de prendre des décisions dans un contexte de surabondance de propositions qui désoriente. Un dernier défi décisif est la nostalgie spirituelle des jeunes générations.

Ces six aspects marquent le contexte commun et partagé dans lequel nous sommes plongés, sont un peu comme l’air que nous respirons. Ne pas reconnaître tout cela signifie penser et agir au-delà du concret de la vie et de l’histoire.

Ce n’est que dans ces conditions spécifiques qu’il est possible de reconnaître les opportunités et les problèmes critiques de la condition des jeunes aujourd’hui. Ceux-ci sont appelés à rêver, à penser et à se projeter dans ces dynamiques qu’il n’est pas à eux de décider, mais qui leur est donnée par l’ère historique dans laquelle nous vivons et travaillons tous.

Interpréter : repenser la « question vocationnelle ».

Le défi central de la partie II de l’Instrumentum laboris est de repenser la question des vocations dans son ensemble. Une des grandes faiblesses de notre pastorale aujourd’hui réside dans la vision étroite que nous avons de la « vocation », pensant qu’elle ne concernerait que les vocations au ministère et à la vie consacrée.

Certains passages sont décisifs pour placer la question dans le monde correct : les chiffres qui vont de 1987 à 1990 rendent compte avec précision que « seule une anthropologie des vocations semble adéquate pour comprendre l’être humain dans toute sa vérité et sa plénitude » (n. 88). La perte de la culture vocationnelle nous a fait précipiter dans une société « sans liens » et « sans qualité ». Selon la vision chrétienne de l’homme, la question de l’identité et de l’unité de la personne ne peut avoir qu’une réponse vocationnelle. Sans dynamique vocationnelle, il ne peut y avoir qu’une personnalité fragmentée, chaotique, confuse et sans forme. Au contraire, il nous faut reconnaître que la vocation est la parole de Dieu pour moi, unique, singulière, irremplaçable, qui offre cohérence, solidité, sens et mission à l’existence de chacun.

Ce « principe vocationnel » s’applique également du point de vue institutionnel. Dans la partie III, quand on parle de la nécessité de consolider et de renforcer l’idée et la pratique de la « pastorale intégrée » (nn. 209-210), on confirme en effet que « la clé de voûte pour atteindre cette unité intégrée est pour beaucoup l’horizon vocationnel de l’existence » (n. 210).

Enfin, il est évident que ce n’est que dans une « culture vocationnelle » renouvelée et commune qui valorise chaque type d’appel que l’engagement spécifique au soin des vocations « de consécration spéciale » trouve un sens.

Choisir : l’action éducative et pastorale de la communauté chrétienne.

Après avoir souligné dans le premier chapitre de la troisième partie la nature multiforme et générative de l’Église, les trois autres chapitres sont consacrés respectivement à l’action éducative et pastorale, à la centralité de la communauté chrétienne et à l’organisation et animation de la pastorale.

Tout d’abord, la primauté incontestée et indiscutable de la vie quotidienne pour la pastorale des jeunes est claire. Nombreuses sont les traces qui mènent dans cette direction, mais surtout apparaît, le deuxième chapitre de la Partie III qui porte un titre très évocateur : Immergés dans le tissu de la vie quotidienne (nos 144-174). Ce n’est pas par hasard s’il s’agit du chapitre le plus vaste de tout l’Instrumentum laboris et qu’il demande à l’Église d’être là où se trouvent les jeunes, et surtout de « se garder de culpabiliser les jeunes pour leur éloignement de l’Église, ou de s’en plaindre, mais de parler plutôt, comme le font certaines Conférences épiscopales, d’une « Église loin des jeunes » appelée à entreprendre des chemins de conversion, sans faire retomber les autres son manque d’élan au plan éducatif et la timidité apostolique » (n. 174).

Deuxièmement, la centralité et la qualité spirituelle de la communauté chrétienne comme horizon de notre activité éducative et pastorale, sont décisives. Dans un monde qui pousse à l’isolement, la « prophétie de la fraternité » reste un objectif nécessaire pour insérer la pastorale des jeunes dans leur communauté naturelle. L’ensemble du chapitre trois de la troisième partie met à nu les ressources et faiblesses de la communauté des croyants : transversale et inquiétante, malheureusement, c’est la perte de la passion éducative de nombreux pasteurs et adultes.

Une autre question à dénouer sérieusement est celle de la « conversion institutionnelle », qui concerne notre façon de vivre et de travailler ensemble. Je me réfère au dernier chapitre de la Partie III, consacré à l’animation et à l’organisation de la pastorale. Il n’est pas difficile pour ceux qui travaillent sur le terrain de faire le point sur les nombreuses questions qui doivent être prises en main avec fermeté : communion ecclésiale, réseaux et collaborations, planification pastorale, rapport entre les événements et la vie quotidienne, pastorale intégrée, sont des titres qui évoquent de belles synergies mais aussi de fortes tensions, d’excellentes réalisations mais aussi tant d’improvisations.

Engagement à donner plus à ceux qui ont eu moins

Enfin, je voudrais attirer votre attention sur la « prédilection » de l’Instrumentum laboris pour les situations de difficulté, de fragilité et de marginalité qui touchent les jeunes. Dans cette sollicitude pastorale envers les plus petits et les plus pauvres, se joue la crédibilité d’une Église qui prend soin de ceux dont personne ne s’occupe, d’une Église appelée à donner plus à ceux qui ont eu moins de la vie.

Je me réfère avant tout au troisième chapitre de la première partie, qui fait le point sur la « culture du gaspillage » qui se développe comme une trainée de poudre à l’heure de la mondialisation de l’indifférence, dont les jeunes sont les premières victimes désignées. La partie III contient également des passages importants qui vont des numéros 166 à 171, où les catégories de jeunes les plus défavorisés font l’objet d’une attention prioritaire : handicap et maladie, dépendances et autres fragilités, jeunes détenus, situations de guerre et de violence, jeunes migrants.

C’est précisément dans cet engagement de service et de proximité qu’il y a des perspectives intéressantes et fructueuses de pastorale des jeunes vocations. Le lien stratégique entre le service généreux et le discernement vocationnel a été bien compris et développé par beaucoup. Beaucoup de jeunes sont particulièrement ouverts et disponibles aux expériences de bénévolat et de service, ce qui nous aide à comprendre que seule une Église qui sert est une Église mûre qui attire les jeunes, parce qu’elle témoigne de sa vocation à imiter le Christ qui, « lui qui est riche, il s’est fait pauvre à cause de vous ». (2Cor 8.9)”. (n. 194).

Traduction de Zenit. Océane Le Gall

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