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Synode 2018, le rapporteur et les secrétaires spéciaux,@Synod2018

Synode 2018, le rapporteur et les secrétaires spéciaux, le père Costa à la droite du pape François @Synod2018

Synode 2018 pour les jeunes: accompagner exige de prendre un risque, par le p. Costa (traduction complète)

Présentation de l’Instrumentum Laboris (4/4)

L’accompagnement est « un service que les jeunes réclament fortement », car « ils se sentent seuls face à un monde compliqué », affirme le p. Giacomo Costa, S.J., secrétaire spécial de la XVe Assemblée générale ordinaire du synode des évêques. « Accompagner, explique-t-il, exige alors de prendre un risque, de quitter sa propre position, de permettre à ceux qui sont accompagnés d’avoir accès à cette originalité que le Créateur leur a donnée, et non de répliquer passivement un modèle. »

Le secrétaire spécial est intervenu à une conférence de presse organisée pour présenter l’Instrumentum Laboris de la XVe Assemblée générale ordinaire du synode des évêques sur le thème : « Jeunesse, foi et discernement vocationnel » (3-28 octobre 2018) le 19 juin 2018, à la salle de presse du Saint-Siège. Étaient également présents : le cardinal Lorenzo Baldisseri, secrétaire général du synode des évêques ; Don Rossano Sala, S.D.B., secrétaire spécial de la XVe Assemblée générale ordinaire du synode des évêques, et Mgr Fabio Fabene, sous-secrétaire.

Un « bon accompagnateur », souligne le p. Costa, « doit » « tenir compte » des « fragilités » des jeunes, « et d’être un témoin de confiance et d’espoir, et non un juge sévère ou quelqu’un qui tente d’imposer des modèles préétablis ».

Le service d’accompagnement, explique-t-il, « appelle en cause ceux qui exercent la fonction de guide spirituel », mais « cela touche » aussi « de nombreuses autres personnes qui rencontrent des jeunes dans divers domaines de leur vie ». « Elles sont appelées à devenir d’authentiques accompagnateurs : parents, psychologues, enseignants, formateurs, éducateurs, entraîneurs et, en fin de compte, la communauté chrétienne dans son ensemble. »

Voici notre traduction de l’italien de l’intervention du p. Costa.

MD

Intervention du P. Giacomo Costa, S.J.

La dynamique du discernement est au cœur de mon discours : je voudrais souligner que le discernement représente un thème, mais aussi la méthode de l’Instrumentum laboris (IL), et de tout le parcours synodal.

Le sens du « discernement » ne peut cependant pas être tenu pour acquis, pas même à l’intérieur de l’Église : nous l’avons constaté plusieurs fois au cours du cheminement pré-synodal. Je voudrais donc commencer par dire quelques mots pour préciser ce que l’Instrumentum laboris entend par ce mot.

  1. Le discernement

Le domaine dans lequel s’inscrit le discernement est celui de l’orientation parmi les alternatives qui se posent à la vie, dans des conditions d’incertitude et en présence de pulsions intérieures contrastantes. Il s’agit avant tout de choix fondamentaux concernant l’état de vie (mariage, sacerdoce et vie religieuse), le programme d’études ou la profession, ou l’engagement au service, par exemple en politique. Mais cela peut toucher des décisions plus ordinaires (gestion du temps, choix de consommation et d’investissement, options électorales, etc.) qui déterminent ce que l’on appelle aujourd’hui le « style de vie ».

Dans le discernement, nous sommes en effet appelés à reconnaître la voix de l’Esprit, au milieu de toutes celles qui se font entendre dans le monde, et à décider de la suivre ; c’est donc à la fois un acte ponctuel, qui se fait en référence à un choix concret, mais aussi une attitude attentive qui se déploie dans le temps et qui accompagne toute l’existence. Il ne s’agit donc pas d’une technique pour prendre des décisions, mais d’un exercice de la conscience, fondé sur la conviction de foi que la vie dans sa plénitude est un don offert à tout homme et à toute femme. Cette dynamique concerne chaque personne, mais elle interpelle aussi les groupes, les organisations et les institutions, à commencer par celles de l’église : l’Esprit leur confie à eux aussi une mission dont la réalisation exige un discernement continu.

  1. Le Synode comme processus de discernement

À la lumière de ces réflexions, il est possible d’interpréter l’ensemble du parcours synodal comme un exercice de discernement ecclésial, au service duquel se place l’IL que nous présentons aujourd’hui.

Le chemin qui mène à l’Assemblée d’octobre prochain part d’une écoute profonde de la réalité, grâce aux différentes voix rappelées par Mgr Fabene. L‘Instrumentum laboris retrace cette variété de points de vue et la confie aux Pères synodaux, appelés à « se laisser toucher en profondeur » (LS 15), sur la base de la confiance que l’Esprit fera entendre sa voix, suscitant émotions, pensées et paroles ; le dialogue avec lequel ils seront partagés permettra de centrer l’appel qui s’adresse aujourd’hui à l’Église et la direction qu’elle est invitée à prendre.

Par leur discussion, les Pères synodaux sont au service de toute l’Église, en effectuant un discernement qui fait partie de leur fonction de Pasteurs. Le fruit de leur travail sera présenté au pape pour ses évaluations et décisions pastorales. Toute l’Église, à l’écoute docile de la voix de l’Esprit, identifiera les étapes à suivre pour concrétiser les indications du Saint-Père, en tenant compte de la spécificité de chaque territoire.

  1. Le discernement comme ossature de l’Instrumentum laboris

Comme nous l’a rappelé le cardinal Baldisseri, l’Instrumentum laboris s’articule en trois parties, qui suivent les étapes typiques d’un processus de discernement (reconnaître, interpréter, choisir) et offrent une base pour l’articulation des travaux de l’Assemblée : chaque semaine de travail se concentrera sur l’une des trois parties.

La première partie (RECONNAITRE) demande de faire face à la réalité non pas pour une analyse sociologique, mais avec le regard du disciple, en scrutant les empreintes et les traces du passage du Seigneur dans une attitude d’ouverture et de miséricorde, en évitant les préjugés et les démonisations.

Pour ceux qui ont à cœur les jeunes et souhaitent les accompagner vers la vie en plénitude, il est essentiel de connaître les réalités qu’ils vivent, en commençant par les plus douloureuses comme la guerre, la prison ou la marginalisation. Il faut aussi se laisser interpeller par leurs préoccupations, même lorsqu’elles remettent en cause les pratiques de l’Église (par exemple, la vivacité de la liturgie ou le rôle de la femme) ou lorsqu’elles concernent des questions complexes comme la sexualité. Il est tout aussi important de prendre conscience des forces de la présence de l’Église dans le monde de la jeunesse, et de ses faiblesses, en commençant par son manque de familiarité avec la culture numérique.

La deuxième partie de l’Instrumentum laboris (INTERPRETER) ne donne pas une interprétation déjà prête de la réalité – c’est la responsabilité des Pères synodaux – mais elle offre quelques outils pour une lecture plus approfondie. J’insiste particulièrement sur l’un des quatre termes ou clés de lecture et qui est étroitement lié au discernement : l’accompagnement. C’est un service que les jeunes réclament fortement, indiquant qu’ils se sentent seuls face à un monde compliqué. Le service d’accompagnement appelle en cause ceux qui exercent la fonction de guide spirituel et ont besoin d’une formation adéquate, mais pas seulement. Cela touche de nombreuses autres personnes qui rencontrent des jeunes dans divers domaines de leur vie, de la famille à l’école, du monde numérique au sport et à la musique, jusqu’à des situations extrêmes comme la maladie, la douleur ou la marginalisation. Elles sont appelées à devenir d’authentiques accompagnateurs : parents, psychologues, enseignants, formateurs, éducateurs, entraîneurs et, en fin de compte, la communauté chrétienne dans son ensemble. Les jeunes eux-mêmes soulignent les qualités qu’un bon accompagnateur doit avoir, à commencer par celle de tenir compte de leurs fragilités et d’être un témoin de confiance et d’espoir, et non un juge sévère ou quelqu’un qui tente d’imposer des modèles préétablis. Rien ne repousse autant que les abus de toutes sortes (sexuels, de pouvoir, de gestion économique). Accompagner exige alors de prendre un risque, de quitter sa propre position, de permettre à ceux qui sont accompagnés d’avoir accès à cette originalité que le Créateur leur a donnée, et non de répliquer passivement un modèle.

La troisième partie de l’Instrumentum laboris (CHOISIR) invite toute l’Église à faire des choix de changement dans un horizon de vitalité spirituelle. La perspective est la perspective intégrale tracée par le Magistère du pape François, capable d’articuler les différentes dimensions de l’être humain, la sauvegarde de la maison commune, la préoccupation contre toute marginalisation, la collaboration et le dialogue comme méthode pour la construction du peuple de Dieu et la promotion du bien commun. Cette perspective est unie à la suggestion d’être une Église en sortie, sans qu’il soit nécessaire d’occuper le centre. Sa mise en œuvre exige « un processus ferme de discernement, de purification et de réforme » (EG 30) ainsi qu’une écoute honnête des jeunes qui participent à plein titre au sensus fidei fidelium. C’est ce que nous avons déjà vécu lors de la rencontre pré-synodale : pour cette raison aussi, le Synode ne se terminera pas le 28 octobre et ne pourra pas se passer de la contribution des jeunes.

  1. Conclusion

Revient en force la nécessité de transformer le Synode en une occasion de croissance de l’Église dans sa capacité à discerner, afin de rendre vraiment productif, aujourd’hui aussi, ce patrimoine spirituel que l’histoire de l’Église nous remet pour que nous puissions encore une fois le « travailler » de manière à porter du fruit. Certaines expériences acquises au cours des travaux préparatoires montrent la richesse qui jaillit lorsque cela se produit. Choisir le discernement, plutôt que des solutions pré-emballées, implique des risques à prendre, mais c’est avant tout un acte de foi dans la puissance de l’Esprit, que nous invoquons en tant que Créateur depuis l’antiquité.

© Traduction de Zenit. Océane Le Gall

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