Rendre visite aux prisonniers, mission de l’évêque

Interview du pape François dans La Repubblica (1/3)

Prison San Vittore, Milan © L'Osservatore Romano

Prison San Vittore, Milan © L'Osservatore Romano

Rendre visite aux prisonniers, c’est une mission de l’évêque, déclare le pape François.

Au moment où le pape allait célébrer la messe du Jeudi Saint « in Cena Domini » dans une prison italienne à Paliano (Frosinone), avec le rite du lavement des pieds de quelques détenus, « collaborateurs de la justice », le pape a rappelé que c’est une mission incontournable, dans une interview au quotidien italien La Repubblica (Paolo Rodari) publiée ce 13 avril 2017.

Notre cœur deviendra plus humain.

« Le passage évangélique du jugement universel dit : « J’ai été prisonnier et vous m’avez visité », rappelle le pape. Voilà, le mandat de Jésus vaut pour chacun de nous, mais surtout pour l’évêque qui est le père de tous. Certains disent : ils sont coupables. Je réponds avec la parole de Jésus : que celui qui n’est pas coupable jette la première pierre. Regardons en nous-mêmes et cherchons à voir nos fautes. Alors notre cœur deviendra plus humain. En tant que prêtres et qu’évêques, nous devons toujours être au service. Comme je l’ai dit lors de la visite dans une prison que j’ai faite le premier Jeudi saint après mon élection : c’est un devoir qui me vient du cœur. »

Un cardinal secrétaire d’Etat incognito

Le pape rappelle l’exemple du cardinal Casaroli, qui a inspiré sa propre visite, en 2013, à Casal del Marmo : « L’exemple d’Agostino Casaroli, qui a disparu en 1998 après avoir été secrétaire d’État du Vatican et cardinal, m’a beaucoup enseigné. Comme prêtre, pendant des années, il a eu un apostolat dans la prison des mineurs de Casal del Marmo. Tous les samedis, il disparaissait : « Il se repose », disait-on. Il arrivait en autobus, avec sa sacoche de travail et il restait pour confesser les jeunes et jouer avec eux. On l’appelait don Agostino, personne ne savait bien qui il était. Quand Jean XXIII l’a reçu après sa première visite dans les pays de l’est, en mission diplomatique en pleine Guerre Froide, à l’issue de la rencontre il lui demanda : « Dites-moi, est-ce que vous continuez d’aller voir ces jeunes ? – Oui, Sainteté. – Je vous demande une faveur, ne les abandonnez jamais ». Ce fut la consigne laissée à Casaroli par le ‘bon pape’ qui allait mourir quelques mois plus tard. »

Nous avons tous la possibilité de nous tromper

Il invite à se défaire de l’hypocrisie face aux détenus : «  Parfois, une certaine hypocrisie pousse à ne voir dans les détenus que des personnes qui ont fait des erreurs, pour lesquelles l’unique voie est la prison. Mais, je le redis encore une fois, nous avons tous la possibilité de nous tromper. Tous, d’une manière ou d’une autre, nous nous sommes trompés. Et l’hypocrisie fait qu’on ne pense pas à la possibilité de changer de vie : il y a peu de confiance dans la réhabilitation, dans la réinsertion dans la société. Mais de cette façon, on oublie que nous sommes tous pécheurs et souvent, nous sommes aussi des prisonniers sans nous en rendre compte. Quand on reste enfermé dans ses préjugés ou qu’on est esclave des idoles d’un faux bien-être, quand on évolue dans des schémas idéologiques ou qu’on absolutise les lois du marché qui chassent les personnes, en réalité, on ne fait rien d’autre que d’être entre les parois étroites de la cellule de l’individualisme et de l’autosuffisance, privé de la vérité qui engendre la liberté. Et montrer du doigt quelqu’un qui s’est trompé ne peut devenir un alibi pour cacher ses propres contradictions. »

Avec une traduction de Constance Roques

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