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Pax Christi: le pape François encourage la pratique de la non-violence

«Non-violence et paix juste», congrès (traduction complète)

« Dans notre monde complexe et violent, c’est une entreprise véritablement formidable de travailler pour la paix en vivant la pratique de la non-violence !», déclare le pape François.

Le pape François a adressé un message au cardinal Angelo Scola, archevêque de Milan, à l’occasion du congrès intitulé : « Non-violence et paix juste : une contribution à la compréhension de la non-violence et à l’engagement envers celle-ci de la part des catholiques », organisé à Rome du 11 au 13 avril 2016 (cf. Zenit du 12 avril 2016).

Le pape encourage le « renouveau du témoignage actif de non-violence comme une « arme » pour réaliser la paix ».

Il encourage « l’objectif de parvenir au désarmement total « en rejoignant l’âme même des gens », en construisant des ponts, en luttant contre la peur et en poursuivant un dialogue ouvert et sincère ».

Il encourage aussi la « pratique du dialogue », dont il explique les exigences, notamment de pardon et de miséricorde.

Voici notre traduction intégrale du message du pape François sur la paix et la non-violence catholique.

A.B.

Message du pape François

Éminence,

Je suis heureux de vous adresser mes salutations les plus cordiales ainsi qu’à tous les participants de cette Conférence intitulée « Non-violence et paix juste : une contribution à la compréhension de la non-violence et à l’engagement envers celle-ci de la part des catholiques », qui se tiendra à Rome du 11 au 13 avril 2016.

Cette rencontre, organisée conjointement par le Conseil pontifical ‘Justice et paix’ et par ‘Christi International’, revêt un caractère et une valeur tout à fait particuliers en cette Année jubilaire de la miséricorde. En effet, la miséricorde est « une source de joie, de sérénité et de paix »[1], une paix qui est essentiellement intérieure et qui coule de la réconciliation avec le Seigneur [2]. Toutefois, les réflexions des participants doivent aussi prendre en compte les circonstances actuelles dans le monde en général et le moment historique où la conférence se tient, et bien sûr ces facteurs intensifient encore les attentes à l’égard de cette Conférence.

Afin de chercher des solutions à cette unique et terrible ‘guerre mondiale épisodique’ que subit, directement ou indirectement, une grande partie de l’humanité, il nous est utile de réfléchir sur le passé. Redécouvrons les raisons qui ont conduit les fils et les filles d’une civilisation encore largement chrétienne, au siècle dernier, à créer le mouvement Pax Christi et le Conseil pontifical ‘Justice et paix’. De leur exemple, nous apprenons que, pour établir une véritable paix, il est nécessaire de mettre concrètement les gens ensemble afin de réconcilier des peuples et des groupes dont les positions idéologiques sont opposées.

Il est aussi nécessaire de travailler ensemble pour ce que des personnes, des familles, des peuples et des nations ressentent comme leur droit, à savoir, participer sur un plan social, politique et économique aux biens du monde moderne.[3] Plus encore, l’« effort continu et sage de cet art créatif supérieur que l’on appelle diplomatie » [4] doit être continuellement alimenté ; et la justice dans un monde globalisé, qui est l’« ordre dans la liberté et dans le devoir conscient » [5], doit être constamment promu. En un mot, l’humanité a besoin de rénover tous les meilleurs outils à sa disposition pour aider les hommes et les femmes d’aujourd’hui à réaliser leurs aspirations pour la justice et la paix.

En ce sens, vos idées sur la revitalisation des outils de non-violence, et de non-violence active en particulier, seront une contribution nécessaire et positive. C’est ce que vous vous proposez de faire en tant que participants à la Conférence de Rome. Dans ce message, je voudrais vous rappeler quelques points qui sont pour moi un sujet de préoccupation particulière.

Le principe de base est que le but ultime et le plus profondément digne des êtres humains et de la communauté humaine est l’abolition de la guerre [6]. Dans cet esprit, nous rappelons que la seule condamnation explicite exprimée par le Concile Vatican II était contre la guerre,[7] bien que le Concile ait reconnu que, puisque la guerre n’a pas été éradiquée de la condition humaine, « on ne peut nier aux gouvernements le droit à la légitime défense une fois que tous les moyens de règlement pacifique ont été épuisés ».[8]

Une autre pierre angulaire est de reconnaître que « le conflit ne peut être ignoré ou caché. Il faut y faire face » [9]. Bien sûr, l’objectif n’est pas de resté piégé à l’intérieur d’un contexte de conflit, perdant ainsi notre perspective globale et notre sens de l’unité profonde de la réalité.[10] Nous devons plutôt accepter et affronter le conflit afin de le résoudre et de le transformer en un lien dans ce nouveau processus qu’initient les « bâtisseurs de paix »[11].

En tant que chrétiens, nous savons aussi que c’est seulement en considérant nos pairs comme des frères et sœurs que nous surmonterons les guerres et les conflits. L’Église répète inlassablement que cela est vrai, non simplement à un niveau individuel mais aussi au niveau des peuples et des nations, car cela concerne véritablement la Communauté internationale en tant que « Famille des Nations ». C’est pourquoi, dans le Message pour la Journée mondiale de la paix de cette année, j’ai lancé un appel aux responsables des États afin qu’ils renouvellent « leurs relations avec les autres peuples et pour permettre leur réelle participation et inclusion dans la vie de la communauté internationale, afin d’assurer la fraternité au sein de la famille des nations aussi »[12].

Par ailleurs, nous savons en tant que chrétiens que, pour que cela se produise, le plus grand obstacle à enlever est le mur de l’indifférence. L’histoire récente justifie l’usage du terme « mur » non pas dans un sens figuré uniquement, mais c’est malheureusement une réalité par trop tangible. Ce phénomène de l’indifférence touche non seulement nos semblables, les êtres humains, mais aussi l’environnement naturel avec des conséquences souvent désastreuses en termes de sécurité et de paix sociale.[13]

Néanmoins, nous pouvons réussir à surmonter l’indifférence – mais seulement si, à l’imitation de notre Père, nous sommes capables de montrer de la miséricorde. Une telle miséricorde est, pour ainsi dire, « politique » parce qu’elle s’exprime dans la solidarité qui est l’attitude morale et sociale qui répond le mieux à la conscience des fléaux de notre temps et de l’interdépendance de la vie à ses différents niveaux – les connections entre la vie individuelle, la famille et la communauté locale et globale[14].

Dans notre monde complexe et violent, c’est une entreprise véritablement formidable de travailler pour la paix en vivant la pratique de la non-violence ! Tout aussi ardu est l’objectif de parvenir au désarmement total « en rejoignant l’âme même des gens »[15], en construisant des ponts, en luttant contre la peur et en poursuivant un dialogue ouvert et sincère. La pratique du dialogue est difficile en fait. Nous devons être prêts à pardonner et prendre. Nous ne devons pas partir du principe que les autres ont tort. Au contraire, en acceptant nos différences et en demeurant fidèle à nos positions, nous devons chercher le bien de tous ; et, après avoir finalement trouvé un accord, nous devons fermement nous y maintenir.

Nous pouvons nous réjouir à l’avance de l’abondance des différences culturelles et de la variété des expériences de vie parmi les participants à la Conférence de Rome et celle-ci ne feront qu’augmenter le niveau des échanges et contribuer au renouveau du témoignage actif de non-violence comme une « arme » pour réaliser la paix.

Enfin je voudrais inviter toutes les personnes présentes à soutenir deux demandes que j’ai adressées aux autorités gouvernementales pendant cette Année jubilaire : abolir la peine de mort là où elle est encore de rigueur et considérer la possibilité d’une amnistie ; et pardonner ou gérer de manière durable la dette internationale des nations les plus pauvres[16]

Je souhaite chaleureusement à Votre Éminence et à tous les participants des travaux fructueux et couronnés de succès, et je vous accorde à tous ma bénédiction apostolique.

***

NOTES

[1] Misericordiae Vultus, n°2.

[2] Ibid, n° 17.

[3] Gaudium et spes, n° 9.

[4] Pape Paul VI, Message pour la célébration de la Journée pour la paix 1976, Les véritables armes de la paix.

[5] Ibid.

[6] Discours au quatrième cours de la Formation des aumôniers militaires sur le droit humanitaire international, 26.10.2015.

[7] Cf. Gaudium et spes, nn. 77-82

[8] Gaudium et spes, n.79

[9] Evangelii gaudium, n. 226

[10] Ibid.

[11] Ibid., n. 227.

[12] Message pour la Journée mondiale de la paix 2016, Surmonter l’indifférence et gagner la paix, n. 8.

[13] Cf. ibid., n. 4.

[14] Misericordiae Vultus, n°2.

[15] Jean XXIII, Pacem in terris, n. 113 (anglais), n. 61 (italien).

[16] Message pour la Journée mondiale de la paix 2016, n. 8.

© Traduction de Zenit, Constance Roques

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