Ouganda: « Personne n’entend nos appels à l’aide »

ROME, Vendredi 29 juin 2007 (ZENIT.org) – « Le monde ignore nos malheurs, car nous ne disposons d’aucun moyen pour nous faire entendre », a déclaré le père Thomas Achia, directeur du Centre pour les services sociaux et l’aide au développement du diocèse de Moroto, en Ouganda, dans une conversation avec l’« Aide à l’Eglise en détresse » (AED).

La pauvreté en Ouganda, et surtout dans la région de Karamoya, au nord-est du pays, est inimaginable, a-t-il ajouté.

« Les gens s’estiment heureux s’ils arrivent à manger une fois par jour », a-t-il expliqué.

Le P. Achia raconte que le climat d’insécurité s’est accentué, en raison de la grande circulation d’armes après la guerre civile, que les gens sont victimes tous les jours de balles perdues, en plein jour et aux vues de tous, et que le vol des voitures est devenu désormais une habitude.

Un membre de l’équipe du P. Achia a été assassiné et la plupart des organisations d’aide n’osent plus envoyer leurs collaborateurs dans cette région.

Le père Thomas reconnaît que le gouvernement tente de désarmer les criminels, mais il déplore ses méthodes violentes. En tuant des personnes, il engendre davantage de violence, suscite la colère et la frustration du peuple.

Aussi les gens préfèrent-ils se réfugier en masse dans des villages ou dans des camps de déplacés par peur de subir des attaques, explique le père Achia.

La région de Karamoya est la région la plus pauvre et la plus négligée par les autorités ougandaises qui préfèrent mettre les maigres ressources de la région à la disposition des forces armées.

Le manque d’hygiène est inconcevable : dans le meilleur des cas, on compte une seule latrine pour 3.000 habitants. La situation sanitaire est donc épouvantable ; les services médicaux sont très insuffisants, de même que les moyens de transport vers les hôpitaux.

Beaucoup meurent de maladies, comme le paludisme et le choléra. Le manque d’hygiène fait également beaucoup de victimes parmi les femmes enceintes. Sans compter le taux de mortalité des enfants et des nouveau-nés qui est lui aussi très élevé. L’espérance de vie dans cette région n’atteint pas la moyenne de 39 ans enregistrée dans le reste de l’Ouganda.

Le P. Achia explique en revanche que le SIDA reste contenu, dans la mesure où la population est encore très attachée aux valeurs traditionnelles, même si beaucoup pensent encore, par manque d’instruction, que cette maladie est fruit de sorcellerie.

Quant au taux d’alphabétisation, il est lui aussi beaucoup plus bas que dans le reste du pays. D’après le P. Achia, 12% seulement des Ougandais savent lire et écrire. « Ce manque d’instruction empêche les gens de se projeter dans l’avenir mais surtout, il rend encore plus difficile tout type d’action dans le domaine de la paix et de la justice ».

« Beaucoup ne connaissent que la loi du plus fort et ignorent totalement les droits de l’homme », a-t-il ajouté.

L’Eglise gère des écoles et des programmes d’éducation visant à promouvoir l’autodéfense et la production de nouvelles ressources, tout en effectuant un travail d’éveil pour permettre un changement dans les mentalités.

« On se réunit en groupes pour réfléchir sur la souffrance et penser aux mesures qu’il faudrait prendre pour améliorer la situation Vu que seules quelques personnes savent lire et écrire, nous essayons de trouver d’autres moyens pour faire passer notre message », a-t-il précisé.

L’élément le plus important est la formation des catéchistes, car ils sont en contact direct avec les familles dans les villages et peuvent exercer leur travail d’évangélisation de manière fructueuse.

Cela dit, il est en même temps difficile de trouver les moyens de les aider. Les 16 prêtres et les religieuses du diocèse, touchés eux aussi par la pauvreté, sont soumis à une forte pression psychologique.

« Les prêtres, les religieuses et les catéchistes travaillent en première ligne : ce sont eux qui entendent tous les appels au secours, qui voient les gens pleurer, pensent à les consoler et essaient de leur venir en aide. On ne peut ignorer cette charge énorme qui pèse sur eux, ce contact permanent avec la souffrance humaine ».

P. Achia demande à l’opinion internationale de ne pas oublier les habitants de la région de Karamoya.

« Nous avons un besoin urgent d’aide, mais presque personne n’entend notre cri car nous manquons de moyens pour nous faire entendre », a-t-il dit.

« Nous ne pouvons pas nous permettre de travailler dans les moyens de communication. Nous avons eu l’occasion une fois de parler sur les ondes d’une radio privée. Cette intervention nous a coûté 350 €, une somme astronomique pour nous ».

« Nous sommes très contents de pouvoir faire connaître aujourd’hui notre terrible situation à l’opinion publique », a-t-il conclu.

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