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Mgr Ivan Jurkovic, © wikipedia

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OMS: la personne humaine au centre des soins de santé, par Mgr Jurkovic (traduction complète)

« Les médicaments essentiels pour tous »

Pour le Saint-Siège, « les systèmes de santé doivent garder la personne humaine et ses besoins physiques, émotionnels et spirituels au centre des soins qu’ils fournissent »: c’est ce qu’a affirmé devant l’OMS Mgr Jurkovic, observateur permanent du Saint-Siège auprès des Nations Unies à Genève, le 23 mai 2017.

Prenant la parole à la 70ème Assemblée mondiale de la santé, qui se réunit à Genève du 22 au 27 mai, Mgr Jurkovic a rappelé que des infrastructures solides et fiables sont nécessaires, mais qu’il s’agit aussi de respecter « le caractère sacré de la vie humaine à toutes ses étapes et la dignité de chaque personne ».

Mgr Jurkovic a par ailleurs appelé à « une action résolue de la part de la communauté internationale » pour « aligner la recherche et le développement en matière de santé avec les exigences et les besoins sanitaires mondiaux ». En effet, a-t-il expliqué, il faut « assurer un meilleur accès aux médicaments essentiels pour tous ».

Voici notre traduction intégrale en français de l’intervention du représentant du Saint-Siège prononcée en anglais. Le Saint-Siège publie aussi des traductions en espagnol et en italien.

CR

Intervention de Mgr Ivan Jurkovic

Monsieur le Président,

  1. La délégation du Saint-Siège reconnaît que la promotion de la santé est un aspect fondamental de l’avancement de l’Agenda pour le développement durable de 2030 et constitue également une composante nécessaire pour la stabilité socioéconomique. Il a été dûment noté que « les systèmes de santé faibles restent un obstacle dans de nombreux pays, ce qui entraîne des problèmes de couverture même pour les services de santé les plus élémentaires ». (1) Les défis actuels et émergents en matière de santé mondiale exigent de meilleurs systèmes de santé qui soient capables d’offrir des interventions efficaces et  abordables pour la prévention et le traitement de tous, en particulier de ceux qui en ont le plus besoin, ceux qui sont dans l’extrême pauvreté et les plus démunis de nos sociétés, y compris les migrants et les réfugiés, qui représentent un signe inquiétant de notre époque.

Cela correspond à l’engagement à ce que « personne ne sera laissé en arrière ». (2) Comme l’a observé le pape François, « la mesure et l’indicateur les plus simples et les meilleurs  de la mise en œuvre du nouvel Agenda pour le développement seront un accès efficace, pratique et immédiat pour tous aux biens essentiels matériels et spirituels ». (3) Des systèmes de santé solides et résilients sont en effet essentiels pour atteindre les objectifs et les cibles fixés pour la santé, qui visent avant tout à assurer une vie saine et à promouvoir le bien-être pour tous à tout âge. (4)

Les efforts nationaux pour construire de meilleurs systèmes de santé nécessiteront certainement des conseils techniques continus de l’Organisation mondiale de la santé, ainsi que le soutien des partenaires du développement afin de surmonter les déficits de financement en matière de santé. De plus, outre des infrastructures solides et fiables, les systèmes de santé doivent garder la personne humaine et ses besoins physiques, émotionnels et spirituels au centre des soins qu’ils fournissent, dans le plein respect du caractère sacré de la vie humaine à toutes ses étapes et de la dignité de chaque personne. (5)

  1. Monsieur le Président, alors que les États s’engagent à planifier, investir et mettre en œuvre des mesures pour le développement d’infrastructures de qualité et la création de systèmes de santé résilients, il est important que les gouvernements centraux ne se concentrent pas uniquement sur des systèmes directement coordonnés et gérés par l’État mais qu’ils aient une approche inclusive qui englobe tous les principaux acteurs, en particulier les organisations religieuses dont la contribution à la prestation des services de santé est fondamentale. (6) En effet, dans de nombreux pays, les organisations religieuses et d’autres institutions confessionnelles assument une responsabilité importante dans les systèmes de santé ; elles devraient donc être incluses dans la formulation des politiques relatives aux systèmes de santé et devraient avoir accès à des ressources adéquates afin d’assurer la force et la capacité de ces entreprises dans les secteurs religieux et non gouvernementaux.
  2. Enfin, Monsieur le Président, un système de santé qui fonctionne bien devrait avoir entre autres un approvisionnement fiable en médicaments et en technologies. Toutefois, la situation sur le terrain, telle qu’elle ressort du rapport du Secrétariat sur les progrès accomplis dans la mise en œuvre de l’Agenda pour le développement durable de 2030, en ce qui concerne l’accès à certains médicaments essentiels, appelle à une action résolue de la part de la communauté internationale. Il est constaté que la disponibilité médiane des médicaments essentiels sélectionnés n’est que de 56 pour cent dans le secteur public des pays à revenu intermédiaire inférieur.

En outre, « l’innovation pour les nouveaux produits reste centrée sur les besoins de santé de ceux qui vivent dans les pays en développement … et seulement 1 pour cent de tous les fonds destinés à la recherche et au développement en santé sont affectés à des maladies qui affectent principalement les pays en développement » (7). Nous avons besoin de forger des partenariats qui aideront à aligner la recherche et le développement en matière de santé avec les exigences et les besoins sanitaires mondiaux afin d’assurer un meilleur accès aux médicaments essentiels pour tous.

Comme l’a affirmé le pape François : « la santé, en effet, n’est pas un bien de consommation, mais un droit universel, ce qui signifie que l’accès aux services de santé ne peut constituer un privilège ». (8) À cet égard, le nouveau Dicastère pour la promotion du développement humain intégral a  planifié une conférence internationale autour du thème : « Relever les disparités mondiales en matière de santé », qui se tiendra au Vatican, du 16 au 18 novembre 2017. Vous êtes tous les bienvenus.

Merci, Monsieur le Président.

NOTES

1 OMS, Progrès accomplis de l’Agenda 2030, Agenda pour le développement durable, Rapport du Secrétariat, A70/35, n. 3.

2 Résolution 70/1 de septembre 2015 de l’Assemblée générale des Nations Unies, intitulée : Transformer notre monde : Agenda 2030 pour le développement durable, préambule, 2.

3 Pape François, Discours pendant la rencontre avec des membres de l’Assemblée générale des Nations Unies, siège des Nations Unies, 25 septembre 2015.

4 ODD, 3.

5 Cf. Assemblée générale des Nations Unies, Lettre en date du 25 septembre 2016 de la part de l’observateur permanent du Saint-Siège auprès des Nations Unies, adressée au secrétaire général, A/71/1430, nn.17-19.

6 Actuellement, l’Église catholique possède 116.000 institutions sociales et sanitaires dans le monde. Cf. Livre annuel des statistiques de l’Église 2015, Librairie éditrice vaticane, Cité du Vatican, 2016, pp. 355-365.

7 OMS, Progrès accomplis de l’Agenda 2030, Agenda pour le développement durable, Rapport du Secrétariat, A70/35, n. 28.

8 Pape François, Discours aux médecins avec Africa-CUAMM, 7 mai 2016.

© Traduction de Zenit, Constance Roques

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