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Messe à Ste Marie-Majeure pour les 100 ans de l'Institut pontifical oriental © L'Osservatore Romano

Messe à Ste Marie-Majeure pour les 100 ans de l'Institut pontifical oriental © L'Osservatore Romano

Nos frères et sœurs orientaux sont de plus en plus proches, affirme le card. Sandri

À l’occasion du centenaire de la Congrégation pour les Églises orientales

« Nos frères et sœurs orientaux ne sont plus, en effet, de lointains amis, déclare le cardinal Leonardo Sandri, mais ils sont de plus en plus proches, ils sont des habitants de nos terres, et se connaître passe par un approfondissement sérieux et scientifique du patrimoine dont ils sont porteurs. »

C’est ce que le préfet de la Congrégation pour les Églises orientales souligne dans une interview à L’Osservatore Romano en italien, à l’occasion de la visite du pape François, le 12 octobre 2017, à l’Institut pontifical oriental. Le pape a aussi célébré la messe à Sainte-Marie-Majeure pour la communauté de l’Institut et de la Congrégation à l’occasion de leur centenaire.

Le cardinal Sandri rappelle les raisons qui ont poussé le pape Benoît XV à fonder la Congrégation et souligne que les paroles de l’acte de fondation sont toujours actuelles : « Cette initiative, cite-t-il, montrera manifestement que dans l’Église de Jésus Christ … il n’existe aucune discrimination entre ses enfants et que tous, latins, grecs, slaves, et d’autres nationalités ont tous la même importance face à ce Siège apostolique. »

Le cardinal note que, « malgré les difficultés et certains épisodes vraiment douloureux qui ne s’arrêtent pas » au Moyen-Orient, « la présence des Églises orientales continue, suivant essentiellement deux voies : l’éducation et la charité ».

Il pense que – « outre les épisodes d’intolérance » – le travail de la Congrégation devrait être continué « sur deux fronts : la révision des programmes scolaires, marqués parfois d’une vision idéologique et peu scientifique … et l’affirmation décisive du principe de liberté religieuse pour la civilisation contemporaine ».

Voici notre traduction de l’interview du cardinal Sandri, avec l’autorisation de L’Osservatore Romano.

MD

Les motivations qui poussèrent Benoit XV à instituer la congrégation pour les églises orientales sont-elles toujours actuelles ?

Je voudrais tout d’abord revenir au contexte historique dans lequel fut prise cette décision : nous nous trouvons en plein premier conflit mondial, et cet été ont justement été commémoré les 100 ans de l’appel que Benoît XV lança aux nations belligérantes pour stopper ce qui fut défini, sous un vocable désormais passé à l’histoire, « l’inutile massacre ». Ces faits changèrent tant d’équilibres en Europe, je pense à la Russie, mais également au Moyen-Orient, avec la chute prochaine de l’Empire ottoman qui avait, jusqu’ici, gardé une certaine suprématie dans toutes les régions où résistent une grande partie de nos Églises orientales. Il est triste de devoir constater que cent ans après le contexte mondial ne s’est pas amélioré et que nous faisons face à ce que le pape François a défini une « guerre mondiale fragmentée ». Il y a un peu plus de 25 ans, avec la chute du mur de Berlin, des régimes communistes athées dans l’est de l’Europe, sortirent des catacombes et du martyre les Églises grecques catholiques — je pense à l’Ukraine et à la Roumanie — et ce retour à la liberté fit également prendre conscience à l’occident de la présence de ces frères et sœurs éprouvés par la persécution. Pareillement, ces dernières années, les tristes événements de Syrie et d’Irak ont porté à l’attention du monde la présence des chrétiens, natifs de ces terres depuis deux mille ans. Ces prises de conscience que l’histoire nous impose de faire émerger, peuvent nous aider à comprendre le chemin parcouru aussi au sein de l’Église qui est « uni », mais pluriel ». Comme Pie IX qui voulut créer une section pour les affaires orientales au sein de la congrégation De Propaganda Fide, Benoit XVI voulut faire un geste qui manifeste plus clairement la sollicitude du Siège apostolique pour les chrétiens d’orient, réservant à la personne même du pape romain le soin de leurs intérêts.

Benoît XV s’engagea donc personnellement pour le nouveau dicastère?

Si nous pensons à la surprise que provoqua, il y a quelques mois, la décision du pape François de se réserver, au sein du nouveau dicastère pour la promotion du développement intégral, la responsabilité directe sur la section pour les migrants, voilà que nous comprenons comment à certains moments de l’histoire les choix des papes ont une forte valeur symbolique pour souligner l’importance d’une réalité au sein de l’Église. Dans le cas des orientaux, les papes ont été des « préfets du dicastère » jusqu’à la réforme de la curie voulue par Paul VI, et les cardinaux étaient nommés sous le titre de « secrétaire ». Entre-temps, la prise de conscience s’est faite plus forte : il y a eu le concile œcuménique Vatican II, avec le document Orientalium Ecclesiarum, et le début des travaux pour la rédaction du Code des canons des Eglises orientales, puis complété et promulgué en 1990 par Jean Paul II. Et au niveau de la perception, nous sommes passés du « plus seulement nominal » au « pluriel » : La Congrégation pour « les Églises orientales ». Aujourd’hui comme hier, dans un esprit de profonde communion, nous devrions nous réjouir de l’affirmation faite dans l’acte de fondation, toujours actuel aujourd’hui : « Cette initiative montrera manifestement que dans l’Église de Jésus Christ — laquelle n’est ni latine, ni grecque, ni slave, mais catholique — il n’existe aucune discrimination entre ses enfants et que tous, latins, grecs, slaves et d’autres nationalités ont tous la même importance face à ce Siège apostolique ».

Ce centenaire est une occasion pour réfléchir à la présence de l’Église dans les pays à majorité musulmane. Quel potentiel et quelles difficultés trouve-t-on ?

Je voudrais partir d’une image très forte et très belle. Quand on se rend au Liban, et qu’on est hôte à la nonciature apostolique à Harissa, on se trouve juste à côté du fameux sanctuaire marial qui conserve une des grandes statues de la Mère de Dieu qui, disséminées sur le territoire national, veillent pour ainsi dire sur le pays des cèdres. Et bien, à tout moment de l’année, mais particulièrement dans les périodes consacrées traditionnellement à la dévotion mariale, on trouve aussi parmi les centaines de pèlerins, dont beaucoup de jeunes, beaucoup de musulmans, sunnites et chiites, qui ne sont parfois même pas du Liban. Certes, ceux-ci viennent dans des dispositions particulières, toutefois il est important de rapporter de tels faits pour démentir une image uniquement négative de la cohabitation islamo-chrétienne. Au Liban, la fête de l’Annonciation est célébrée avec attention et représente une occasion d’échange culturel entre chrétiens et musulmans.

Est-ce la même chose dans les autres pays du Moyen-Orient ?

Personnellement, je me souviens de visites à Kirkuk, en Irak, avant l’arrivée de Daesh. À la mosquée j’ai été accueilli par tous les représentants religieux musulmans — sunnites, chiites, kurdes — locaux. À Bagdad aussi, où je suis allé en décembre 2012. À la cérémonie de reconsacration de la cathédrale syro-catholique, profanée le 31 décembre 2010 et où furent tués environ soixante personnes entre prêtres et fidèles, étaient présents des chefs musulmans sunnites et chiites. Au Kazakhstan, un pays à 70% musulman, j’ai été accueilli avec chaleur et amitié dans une des grandes mosquées durant ma visite en septembre 2013. Je ne veux pas nier les difficultés et les violences, spécialement durant ces dernières années ; mais il faut rapporter les nouvelles douloureuses comme celles qui donnent espoir. Du reste la violence de certains fanatiques et fondamentalistes a secoué le monde musulman et a commencé chez certains, au niveau personnel ou institutionnel, à susciter des questions, propices à l’ouverture d’une nouvelle conscience. La conférence internationale organisée par l’université Al-Azhar en présence du pape François en est un signe. En tout cas, le fruit de ces journées de rencontre est l’affirmation du concept de « citoyenneté » pour tous les habitants des pays musulmans, un concept révolutionnaire si nous pensons à celui de « dhimmitudin » pratiqué normalement et issu des sources musulmanes. Dans ce cadre, malgré les difficultés et certains épisodes vraiment douloureux qui ne s’arrêtent pas, la présence des Églises orientales continue, suivant essentiellement deux voies : l’éducation et la charité. Les écoles catholiques sont, grâce à Dieu, encore un point de référence important, fréquenté par de très nombreux musulmans, où il y a la possibilité d’une éducation promotrice de l’inviolabilité de la dignité humaine. Au niveau universitaire, j’ai l’exemple de la Bethlehem university, en Palestine, ou du parcours de structuration de l’université de Mādabā, en Jordanie. Tous les deux ont besoin d’un soutien économique pour affronter les difficultés quotidiennes, mais ils sont pleins d’avenir pour une cohabitation pacifique des populations locales. Parmi les difficultés, outre les épisodes d’intolérance dont je parlais, je pense qu’il faut insister sur deux fronts : la révision des programmes scolaires, marqués parfois d’une vision idéologique et peu scientifique dans l’enseignement par exemple de l’histoire des peuples et des nations du Proche et Moyen-Orient, et l’affirmation décisive du principe de liberté religieuse pour la civilisation contemporaine.

C’est aussi le centenaire de naissance de l’institut pontifical oriental (Pio). Quelle signification donner à cet anniversaire ?

Respectant la mens qui anima le pape Benoit XV, il y a cent ans, on a décidé de célébrer avec l’institut pontifical oriental cet important anniversaire en organisant des initiatives communes tout au long de l’année. Le point d’orgue est le 12 octobre en présence du pape François, d’abord au PIO et puis à Sainte-Marie-Majeure pour la messe, avec les membres du dicastère, les supérieurs, les professeurs et les étudiants de l’institut, et le préposé général de la compagnie de Jésus qui est vice-grand chancelier, sachant que depuis 1922 il a en charge la direction et la gestion du Pio. Bien entendu, en cent ans, le contexte a changé, les régimes athées en Europe de l’Est sont tombés, le concile Vatican II a réélaboré la vision du dialogue œcuménique et interreligieux, donc la mission de temps à autre rééquilibrée en fonction des changements historiques et ecclésiaux. C’est en sens que la parole du pape François, qui devrait nous remettre une lettre sur la mission du Pio, devrait nous éclairer. En plus des études des deux facultés de sciences ecclésiastiques (théologie, patristique, histoire, liturgie et spiritualité) et de droit canonique oriental (la seule dans le monde à délivrer un titre de doctorat) qui impliquent les étudiants de toutes les Églises orientales catholiques et orthodoxes, rappelons que le Pio est honoré d’avoir parmi ses ex-étudiants le patriarche œcuménique Bartholomée.

Quelle est aujourd’hui la mission du Pio ?

Reste valable, mais encore inachevé tout ce que Pie XI a écrit en 1927 dans l’encyclique Rerum Orientalium: que parmi les fils de l’Église latine figurent aussi des prêtres étudiants préparés dans les matières orientales. Si jadis la mission semblait l’objectif visé, aujourd’hui plus que jamais elle devient une obligation vis-à-vis de l’accueil de fidèles et communautés orientales en Europe et dans le monde. Nos frères et sœurs orientaux ne sont plus, en effet, de « lointains amis », mais de plus en plus proches et des habitants de nos terres, et se connaître passe par un approfondissement sérieux et scientifique du patrimoine dont ils sont porteurs.

Traduction de Zenit. Océane Le Gall

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