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Mgr Toufic Bou Hadir © Anita Bourdin

Mgr Toufic Bou Hadir © Anita Bourdin

Le synode à l’écoute des souffrances des jeunes orientaux chrétiens

Intervention de Mgr Toufic Bou Hadir

« Je suis heureux d’intervenir au nom des jeunes maronites présents au Liban, au Moyen-Orient et dans les cinq continents, qui remercient de tout coeur le Saint-Père François d’avoir convoqué ce synode pour les jeunes, a témoigné Mgr Toufic Bou Hadir, lors du point presse quotidien du synode, au Vatican, mercredi 24 octobre 2018.

Il a annoncé, dans le sillage du synode, un rassemblement des jeunes du Moyen-Orient, à Beyrouth, en mars 2019, avec la Communauté de Taizé. Il a insisté sur la nécessité d’aider les jeunes chrétiens à ne pas abandonner l’Orient. Et il a lancé un appel au nom des jeunes.

Mgr Toufic Bou Hadir est responsable du YOUCAT de l’Arabic Foundation (Eglise Maronite) et coordinateur du Bureau patriarcal pour la pastorale des Jeunes (Liban).

Il a rappelé les étapes de la préparation du synode sur « les jeunes, la foi et le discernement des vocations » (3-28 octobre 2018): « Nos jeunes ont accompagné les diverses étapes qui ont précédé le synode. Leur plus récente initiative fut un pré-synode qui a eu lieu en août dernier, où des jeunes maronites du monde entier, et des représentants des communautés chrétiennes et musulmanes du Liban se sont réunis. Un rapport final a résumé leurs idées et celles de milliers de jeunes qui ont participé à travers les réseaux sociaux. Ce rapport reflète leur aspiration à être perçus dans la particularité de leur contexte Moyen-oriental, et à jouer un rôle actif dans la vie renouvelée de l’Eglise. »

Les jeunes, ces prophètes

Les jeunes ont besoin de sentir leurs souffrances reconnues au coeur du synode, souligne Mgr Bou Hadir : « Les jeunes chrétiens souhaitent que l’Eglise entière soit consciente de leurs souffrances particulières et qu’elle perçoive leur présence en Orient dans la continuité de l’amour du Christ qui a rayonné dans le monde entier. Ces jeunes s’adressent aujourd’hui à l’Eglise universelle: N’oubliez pas le Moyen-Orient où nous sommes enracinés: la terre des ancêtres, irriguée par le sang des martyrs… »

Pour le responsable de la pastorale des jeunes, ils sont des champions du dialogue: « En ce Moyen-Orient où se partagent des coutumes sociales entre chrétiens et musulmans, nos jeunes se présentent comme des agents de dialogue entre les civilisations et des bâtisseurs de ponts et de paix avec leurs concitoyens. »

Pour lui, les paroles de saint Jean-Paul d’aujourd’hui s’appliquent spécialement aux jeunes: « Le brassage culturel et religieux qui marque le Liban et son multilinguisme font du Libanais un passeur de culture par excellence: « Le Liban est plus qu’un pays, dit saint Jean-Paul II, c’est un message de liberté et un exemple de pluralisme pour l’Orient comme pour l’Occident »,  et les jeunes du Liban sont les porteurs, les passeurs de ce message. Malgré les difficultés, ils sont appelés à tenir et à tenir bon car Jésus a dit: « Je ne vous laisserai pas seuls ». »

Mgr Bou Hadir voient dans les jeunes des « prophètes », à contre-courant: « Nos jeunes « prophètes » prient afin que le Seigneur exauce leur prière pour que la souffrance des Eglises d’Orient et du Moyen-Orient et le cercle vicieux de la violence et du terrorisme puissent prendre fin. »

Les jeunes ne doivent pas déserter l’Orient

Car les chrétiens sont indispensables pour le visage du Moyen-orient: « Nos jeunes sont croyants et ils sont persévérants, dit l’évêque maronite. Ils s’attachent à Jésus comme au rocher du salut malgré tous les obstacles et les défis. Ils sont convaincus que Dieu les appelle à rester enracinés dans leurs terres. Notre patriarche, le cardinal Raï a affirmé que la présence chrétienne est une nécessité absolue au Moyen-Orient (…). Le socle culturel de tout le Moyen-Orient est un socle chrétien, d’ailleurs c’est le berceau du christianisme. Nous n’avons pas le droit de l’abandonner. Les jeunes ne doivent pas déserter l’Orient. »

D’où cet appel à aider au retour: « Les jeunes du Liban adressent un « cri », un appel, aux pays occidentaux pour aider les migrants et les réfugiés que le Liban accueille (et qui sont environ deux millions de personnes: c’est l’équivalent de la moitié de la population libanaise). Il ne suffit pas de les aider à survivre là où ils sont mais il faudrait créer les conditions politiques, économiques et de sécurité qui favoriseraient leur retour dans leur pays, sur leur terre, en Irak, en Syrie, en Palestine. »

De vrais témoins

Mgr Bou Hadir a rappelé la confiance des jeunes dans les pasteurs: « Depuis longtemps, bien avant ce synode, je me suis mis à l’écoute  des jeunes. Ils ont beaucoup d’attentes. ils attendent surtout, de la part des pasteurs qui sont proches d’eux, qu’ils soient de vrais témoins. Tout le monde connaît le proverbe: « L’habit en fait pas le moine ». Mais ont ne connaît pas tous la suite: « L’habit ne fait pas le moine, mais le coeur ». Ce proverbe reflète une réalité fondamentale dans l’Eglise et dans le vécu d’un chrétien: l’authenticité et la cohérence entre le « dit » et le « vécu »! Voilà ce à quoi aspirent les jeunes de toutes les époques et de tous les pays. »

Il s’est aussi fait l’écho du désir des jeunes d’être des protagonistes dans l’Eglise: « Les jeunes revendiquent aussi un rôle actif dans la vie de l’Eglise et une participation dans la prise de décisions et de leur mise en pratique. Ils veulent que l’Eglise soit de plus en plus un lieu où règnent proximité et transparence, un lieu de dialogue et d’initiatives innovantes. »

Vigilance et écoute

Et cette innovation se trouve aux périphéries: « Les jeunes veulent une Eglise attirante et prête à se délocaliser pour aller à la renconre de toute personne. A l’école du pape François, l’Eglise du Liban et les Eglises orientales sont invitées à aller aux « périphéries », à défendre le paradoxe d’une Eglise éternellement jeune invitée à transmettre à de nouvelles générations le dépôt sacré qu’elle a reçu, la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ. La périphérie dont parle le pape François n’est pas un espace, c’est un état de vigilance et d’écoute, une disposition à suivre le Christ sur les chemins XXIe siècle. Ce synode a été l’occasion de rappeler à nos jeunes qu’ils sont les porteurs et les transmetteurs de la Bonne Nouvelle, les agents de la nouvelle évangélisation. »

Mgr Bou Hadir a annoncé deux événements dans le sillage du synode. La publication tout d’abord de la collection des YOUCAT en arabe: le catéchisme (Youcat), l’enseignement social de l’Eglise (Docat), que le pape a offert aux jeunes participant au synode, la Bible des jeunes et Youcat4kids, que le pape a offert lors de la Rencontre des familles de Dublin en août dernier.

Et la seconde est la première Rencontre oecuménique internationale des jeunes qui se tiendra à Beyrouth du 22 au 26 mars 2019, sous la houlette du Conseil des Eglises au Moyen-Orient et de la communauté de Taizé.

Le 25 mars, en la fête de l’Association, jour férié au Liban, pour les chrétiens et pour les musulmans, une journée spéciale sera consacrée  à l’expérience des jeunes comme « pionniers du dialogue interreligieux ».

Mgr Bou Hadir a voulu soutenir l’espérance des jeunes: « Je voudrais adresser un mot d’espérance à tous les jeunes du monde notamment ceux de Syrie, d’Irak, de Palestine, de Jordanie, du Liban et de tous les autres pays d’Orient: Jésus est la pierre d’angle sur laquelle sera bâti un monde nouveau et vous êtes les bâtisseurs, les bâtisseurs d’un monde d’espérance. Dans ce monde bourré d’inégalités et de préjugés, et où tout va de travers, soyez sans peur, constants. Soyez des témoins de la justice et du courage: le Christ compte sur vous. Jeunes du Moyen-Orient, Dieu vous appelle. Il vous confie une mission: n’ayez pas peur et ayez confiance en Lui. Vous êtes des missionnaires dans vos contextes, les porteurs et les passeurs de ce message d’amour que Jésus ne cesse de nous proclamer. »

 

 

 

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