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Visite du pape François au pape émérite Benoît XVI, 15 avril 2019 © Vatican Media

Visite du pape François au pape émérite Benoît XVI, 15 avril 2019 © Vatican Media

Le pape François rend visite au pape émérite Benoît XVI

Voeux de Pâques et de bon anniversaire

Le pape François a rendu visite au pape émérite Benoît XVI, ce lundi 15 avril 2019, dans l’après-midi, au monastère « Mère de l’Eglise » du Vatican, annonce le directeur du Bureau de presse du Vatican, Alessandro Gisotti.

Le pape François se rend auprès du pape émérite pour lui présenter ses voeux, à Noël et à Pâques, mais il s’est aussi rendu au monastère où réside son prédécesseur pour lui souhaiter un bon anniversaire: le pape émérite aura 92 ans demain, 16 avril 2019.

Affection particulière

Il est né le à Marktl, dans l’État libre de Bavière (Allemagne). Et trois jours plus tard, vendredi, 19 avril, ce sera aussi l’anniversaire de son élection au siège de Pierre, le 19 avril 2005 et il a inauguré son pontificat le 25 avril suivant: troisième anniversaire de ce mois d’avril, ce sera le jeudi de la semaine prochaine.

« En ce premier jour de la Semaine Sainte, indique le Vatican (en français), le Pape François s’est rendu cet après-midi au monastère Mater Ecclesiae pour présenter ses voeux de Pâques à Benoît XVI. »

Le communiqué insiste sur l’ « affection particulière » qui inspire cette visite et ces voeux: « Cette visite a, par ailleurs, offert au Saint-Père l’occasion de souhaiter, avec une affection particulière, un joyeux anniversaire au Pape émérite qui fête demain ses 92 ans. »

Un accent d’autant plus important au moment où les observateurs du monde entier se divisent entre ceux qui opposent les deux pontificats et ceux qui soulignent leur unité, du point de vue de la lutte contre la pédophilie dans l’Eglise.

Le directeur éditorial du dicastère romain pour la communication, Andrea Tornielli, avec un regard d’historien qui s’appuie sur les documents, opte pour la continuité des deux pontificats dans son éditorial publié par L’Osservatore Romano, ce 15 avril au soir et intitulé: « Cette «voie pénitentielle» qui unit deux pontificats ». Nous l’avons traduit intégralement ici.

Rencontre des victimes, une nouveauté

Un des reproches fait à Benoît XVI concerne les victimes. Or, ceux qui optent pour opposer les deux pontificats du point de vue de la sensibilité à la douleur des victimes semblent oublier les rencontres voulues par Benoît XVI avec les victimes de pédophiles prêtres, comme le soulignait, par exemple, Céline Hoyeau dans La Croix en 2013 à l’occasion du voyage à Malte: « Le pape a prié et pleuré avec nous. » Face aux caméras, Lawrence Grech est en larmes. Avec sept autres victimes d’abus sexuels commis par des prêtres maltais, le jeune homme a été reçu par Benoît XVI ce 18 avril 2010, au cours de son voyage à Malte. Comme aux États-Unis et en Australie, en avril et en juillet 2008, le pape a tenu à rencontrer les victimes et s’est entretenu personnellement avec chacune d’elles, faisant part de sa honte et de son regret pour les souffrances endurées. Ce geste fort, sans doute celui qui restera, résume à lui seul l’attitude de Benoît XVI face à la crise pédophile. Tout au long de son pontificat, le pape a affronté avec courage ce dossier délicat et douloureux, assumant les fautes de l’Église et l’entraînant dans un processus de vérité et de purification sans précédent. Levant la chape de plomb qui pesait sur l’institution, Benoît XVI « a eu le courage de percer l’abcès », salue le P. Stéphane Joulain, psychothérapeute et membre de la Société des Missionnaires d’Afrique. »

On oublie aussi souvent que le cardinal Ratzinger a été le premier à entendre les victimes du p. Marcel Maciel, en tant que préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, et à sévir dès qu’il en a eu le pouvoir, après son élection comme successeur de Jean-Paul II.

Il a redit sa préoccupation pour les victimes à différentes reprises, comme dans sa lettre aux catholiques d’Irlande du 19 mars 2010: « En plusieurs occasions depuis mon élection au Siège de Pierre, j’ai rencontré des victimes d’abus sexuels, et je suis disposé à le refaire à l’avenir. Je me suis arrêté pour parler avec eux, j’ai écouté leurs récits, j’ai pris acte de leur souffrance, j’ai prié avec eux et pour eux. » C’était une nouveauté alors que ces rencontres et que ces propos.

« Personne ne vous écoutait »

Dans cette même lettre il s’adressait aussi directement aux victimes et à leurs familles: « Vous avez terriblement souffert et j’en suis profondément désolé. Je sais que rien ne peut effacer le mal que vous avez subi. Votre confiance a été trahie, et votre dignité a été violée. Beaucoup d’entre vous, alors que vous étiez suffisamment courageux pour parler de ce qui vous était arrivé, ont fait l’expérience que personne ne vous écoutait. Ceux d’entre vous qui ont subi des abus dans les collèges doivent avoir eu l’impression qu’il n’y avait aucun moyen d’échapper à leur souffrance. Il est compréhensible que vous trouviez difficile de pardonner ou de vous réconcilier avec l’Eglise. En son nom, je vous exprime ouvertement la honte et le remord que nous éprouvons tous. Dans le même temps, je vous demande de ne pas perdre l’espérance. »

Finalement sa réflexion pour le clergé bavarois, publié dans Klerusblatt du 11 avril – qui ne rappelle pas tout cela, car ce n’est pas un plaidoyer pro domo, mais suppose chez ses lecteurs bavarois un peu de mémoire -,  semble surtout offrir des clefs de son pontificat: il avait plusieurs longueurs d’avance dans l’intelligence de l’ampleur du désastre. Il a choisi des moyens pour y remédier: écoute des victimes, lois, sanctions, renvois, audits, et moyens spirituels pour aller à la racine spirituelle du mal. On inverserait les choses en disant qu’aujourd’hui on comprend ce qu’il n’a pas compris. Lui a compris, plus tôt, parce qu’il a pris au sérieux la voix des victimes. On comprend qu’il ait voulu une « année sacerdotale » pour réformer le clergé (qui l’a alors compris?) et une « année de la foi » pour tout le peuple de Dieu: la foi dans le Christ ressuscité, pour y puiser les ressources pour renouveler toute l’Eglise en profondeur.

La IXe station, en 2005

Pour le Chemin de croix du Colisée, en mondovision, à 21h15 (comme chaque année), en 2005, le cardinal Joseph Ratzinger, chargé par Jean-Paul II d’écrire les méditations, avait osé dénoncer la « souillure » dans l’Eglise et même chez des ministres ordonnés, et beaucoup d’entre nous, journalistes, devons avouer que, bien que saisis par l’emploi du mot « souillure », nous n’avons peut-être pas compris toute l’ampleur des crimes que ce cri dénonçait, à la IXe « station« : « Quel manque de foi dans de très nombreuses théories, combien de paroles creuses ! Que de souillures dans l’Église, et particulièrement parmi ceux qui, dans le sacerdoce, devraient lui appartenir totalement ! Combien d’orgueil et d’autosuffisance ! Que de manques d’attention au sacrement de la réconciliation, où le Christ nous attend pour nous relever de nos chutes ! Tout cela est présent dans sa passion. La trahison des disciples, la réception indigne de son Corps et de son Sang sont certainement les plus grandes souffrances du Rédempteur, celles qui lui transpercent le cœur. Il ne nous reste plus qu’à lui adresser, du plus profond de notre âme, ce cri : Kyrie, eleison – Seigneur, sauve-nous! »

Il fallait du courage, et le pontificat comme la démission n’en n’ont pas manqué.

Enfin, si, dans Klerusblatt, le pape émérite rend des hommages appuyés à son successeur, on ne peut pas ne pas lire aussi la visite de ce lundi après-midi comme un hommage du pape François à son prédécesseur.

Et ce qu’ils se sont dit restera leur secret. Aucune communication sur le contenu, c’est l’habitude, depuis ce 23 mars 2013 où l’hélicoptère du pape François s’est posé à Castelgandolfo.

 

About Anita Bourdin

Journaliste accréditée au Vatican depuis 1995. A lancé Zenit en français en janvier 1999. Correspondante à Rome de Radio Espérance. Formation: journalisme (IJRS, Bruxelles), théologie biblique (PUG, Rome), lettres classiques (Paris IV, Sorbonne).

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