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Abu Dhabi, Zayed Sports City Stadium @ Валерий Дед , wikimedia commons

Abu Dhabi, Zayed Sports City Stadium @ Валерий Дед , wikimedia commons

Le pape François aux Emirats arabes unis pour “construire des ponts”, par Alessandro Gisotti

Rencontres sous le signe de François d’Assise

Le pape François se rend en visite aux Emirat Arabes Unis (3-5 février 2019) pour “construire des ponts”, souligne le directeur de la Salle de presse du Saint-Siège par intérim, Alessandro Gisotti, qui a présenté le voyage à la presse ce vendredi 1er février 2019.

Deux motifs pour ce voyage

La foi en Dieu unit

Ce sera le 27e voyage international du pape François et le 41e pays visité, mais surtout, c’est le premier voyage d’un pape dans la péninsule arabique.

Les motifs de ce voyage sont indiqués par la rencontre interreligieuse à laquelle le pape est invité – une rencontre interreligieuse sur “la fraternité humaine” – et par son rendez-vous avec la communauté catholique du pays.

“La foi en Dieu unit, elle ne divise pas, même si nous sommes différents”: cette citation du message vidéo du pape François aux habitants des Emirats est “une clef de lecture importante” insiste Alessandro Gisotti. Les Emirats promeuvent pour leur part en 2019 une “Année de la tolérance”: “Il y a donc tout un chemin qui conduit à Abou Dhabi”, fait observer Alessandro Gisotti.

Le « message », dit Alesandro Gisotti « c’est la rencontre, rencontre de personnes et de cultures… pierre de touche du pontificat. On veut souligner l’importance de la rencontre interreligieuse. L’attention est fixée sur lui. »

La communauté catholique

Cette perspective a “rempli de joie la communauté catholique, formée surtout d’immigrés – Philippins, Indiens – originaires donc surtout d’Asie, mais pas seulement.

Les catholiques représentent quelque 10% de la population – plus de 8,2 millions d’habitants – mais les chiffres sont difficiles à établir, vu qu’il s’agit d’une population mouvante.

Le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’Etat a inauguré une église à Abou Dhabi en 2015, le 11 juin: l’église Saint-Paul, avec des offices en anglais, en arabe, en malayalam (langue de l’Etat du Kérala, dans le sud de l’Inde), en tagalog (dialecte philippin), tamoul (langue parlée à Singapour, au Sri Lanka et dans d’autres pays asiatiques) et en konkani (langue de l’Inde)

Il s’agissait, rappelons-le de la deuxième église catholique aux EAU, après la cathédrale Saint-Joseph à Al Mushrif.

Déroulement du voyage

Dimanche 3 février

Le pape François partira de Rome après l’angélus dominical place Saint-Pierre, dimanche, 3 février.

L’arrivée de son avion à Abou Dhabi est prévue à 22h (19h, à Rome).

A l’aéroport, le pape sera accueilli par le prince héritier, Mohamed bin Zayed al-Nahyan, et l’imam de Al-Azar (Le Caire, Egypte) Al-Tayeb, lui aussi invité au congrès interreligieux: ce sera leur 5e rencontre.

Le pape ne descendra pas d’escalier, il empruntera une passerelle qui le conduira à un salon du terminal de l’aéroport.

Notons que les températures oscilleront entre 22° et 30° C, dimanche (couvert). Les prévisions météorologiques annoncent aussi entre 21° et 24° C, lundi 4 février, et entre 19° et 23° C, mardi 5.

L’utilisation de la passerelle-couloir a pour but d’éviter le choc de la température, souligne Alessandro Gisotti.

Comme le nonce apostolique, Mgr Francisco Montecillo Padilla, originaire des Philippines, réside au Koweit, le pape ne résidera pas dans une nonciature mais dans une autre résidence d’honneur où il passera la nuit.

Lundi 4 février

La cérémonie de bienvenue sera très simple et le pape rentrera ensuite à sa résidence : un temps libre “pour garantir le repos du Pape”, souligne Alessandro Gisotti.

L’après-midi, le pape doit visiter la mosquée d’Abou Dhabi, qui peut accueillir 40 000 personnes.

Rappelons que le pape Jean-Paul II a été le premier pape à se rendre une mosquée, à Damas, en 2001, dans la mosquée des Omeyades. Un geste accompli aussi par Benoît XVI, à la mosquée bleue d’Istanbul, le 30 novembre 2006: le pape François s’y est aussi rendu, le 29 novembre 2014, après s’être rendu à la grande mosquée de Jérusalem en mai de la même année.

Donc le pape aura ensuite deux rencontres, avec les “Sages” et au “Founders Memorial”

Le pape François rencontrera le Conseil des sages musulmans, qui siège précisément à Abou Dhabi: une rencontre qui se veut “informelle, et sous le signe de la cordialité et de la fraternité”.

C’est pourquoi il n’y a pas de document prévu ni de discours.

Trois ministres des Emirats participeront à la rencontre: le ministre des Cultes, celui des Affaires étrangères et celui de la Culture.

Ils se rendront ensuite tous ensemble à la rencontre interreligieuse à laquelle participent 700 personnalités de différentes confessions religieuses.

Parmi elles, le Secrétaire général du COE, le pasteur Olave Fikse Tveit, le patriarche maronite, le cardinal Béchara Rai, le patriarche arménien…

Des rabbins seront également présents, un Américain, un Polonais, des rabbins allemands…

Le grand imam sera présent partout, depuis l’aéroport, sauf à la messe au stade: “c’est un fait important” fait observer Alessandro Gisotti, “cela donen du sens au chemin” fait ensemble. Al-Tayeb, rappelle-t-il, est président du Conseil des Sages.

Le pape François y prononcera un discours, après celui du prince héritier et celui du grand imam.

Le pape rentrera à sa résidence. Les autorités offriront un dîner à la suite pontificale.

Mardi 5  février

La journée est dédiée à la communauté catholique.

Le pape serendra d’abord à la cathédrale Saint-Joseph, où il sera accueilli notamment par le Vicaire apostolique, Mgr Paul Hinder, un Suisse, qui “se montre enthousiaste”, souligne Alessandro Gisotti.

Le pape présidera ensuite la messe dans le stade du complexe sportif Zayed, qui peut accueillir 45 000 personnes… mais on estime que 130 000 billets ont été distribués: les alentours du stade peuvent contenir cette foule.

Le pays garantit un jour de vacances pour les catholiques qui participeront à cette messe: il suffira de montrer le billet d’entrée à son employeur.

Le pape utilisera en général une voiture fermée: une sorte de minibus. Il utilisera une papamobile seulement au stade, autour du stade et dans le stade.

La messe prévoit une prière d’intercession en six langues: coréen, konkani, français, tagalog, ourdou et malayalam.

Ce sera “la première messe célébrée par un pape dans la péninsule arabique”, confirme Alessandro Gisotti, qui fait remarquer que “de nombreux hôtes musulmans seront présents”.

Il est possible, ajoute Alessandro Gisotti, que des catholiques des Etats limitrophes soient présents, pour le Yémen, il attend des confirmations.

Il souligne que cette messe avec les migrants, dans un stade est “un événement exceptionnel, un signe important et encourageant pour cette communauté”.

Il insiste sur le fait que l”Eglise est très vivante et dynamique, avec un laïcat actif, du fait quel es prêtres sont peu nombreux”.

Le pape repartira ensuite pour l’aéroport. Son avion devrait s’envoler à 13h (10h à Rome) et arriver à Rome-Ciampino à 17h.

Sous le signe de saint François

En tout le pape prendra donc la parole deux fois: pour son discours, en italien, à la rencontre interreligieuse, et lors de son homélie au stade. Sur les écrans géants sont aussi prévues des traductions en anglais et en arabe.

Dans la suite du pape François seront présent le cardinal Leonardo Sandri, préfet de la Congrégation pour les Eglises orientales catholiques, Mgr Miguel Angel Ayuso Guixot, secrétaire du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux.
Le voyage est bref, il n’y aura pas, comme c’est la coutume de représentant du personnel du Vatican.

Le thème du voyage est: “Fais de moi un instrument de ta paix”, ce qui place cette visite sous le signe de saint François d’Assise: 2019 c’est aussi le VIIIe centenaire de la rencontre de saint François et du sultan à Damiette, en Egypte, comme l’expliquait déjà, en 2016, le p. Gwenolé Jeusset, franciscain en Turquie.

Encourager la négociation au Yémen

A une question de la presse sur le Yémen, Alessandro Gisotti rappelle: « Le pape a souvent parlé du Yémen », comme le 25 décembre, dans son message de Noël Urbi et Orbi: le pape a “encouragé le dialogue”.

“Je ne sais pas si le pape abordera le thème, publiquement ou de façon privée, ce qui est sûr c’est qu’il en a parlé à différentes occasions, … pour le respect des droits humains surtout de la population et des enfants. Il a toujours parlé clairement… Prenons ce qu’il a dit le 7 janvier au Corps diplomatique.”

Le pape disait en effet, rappelons-le: “L’engagement unanime de la Communauté internationale est plus que jamais précieux et nécessaire pour atteindre cet objectif, comme aussi pour favoriser la paix dans toute la région, en particulier au Yémen et en Irak, et pour permettre, en même temps, d’apporter les aides humanitaires nécessaires aux populations qui sont dans le besoin. »

“Là, a ajouté Alessandro Gisotti, il a parlé des chrétiens du Moyen Orient, et il a souhaité leur protection… Puis il a immédiatement parlé du voyage, il a cité le fait que souvent, dans l’histoire, une inimitié s’est développée entre chrétiens et musulmans.”

Voici ce que disait le pape François, en citant François d’Assise: “Malheureusement, au cours de ces années, la Syrie et en général tout le Moyen Orient se sont trouvés être le théâtre de conflits de multiples intérêts opposés. Outre les intérêts prééminents de nature politique et militaire, il ne faut pas négliger aussi la tentative d’interposer l’inimitié entre musulmans et chrétiens. Même si «au cours des siècles, de nombreuses dissensions et inimitiés se sont manifestées entre les chrétiens et les musulmans»[7], en différents lieux du Moyen Orient, ils ont pu pendant longtemps vivre ensemble pacifiquement. Prochainement, j’aurai l’occasion de me rendre dans deux pays à majorité musulmane, le Maroc et les Emirats Arabes Unis; Il s’agira de deux opportunités importantes pour développer davantage le dialogue interreligieux et la connaissance réciproque entre les fidèles des deux religions, lors du 8ème centenaire de la rencontre historique entre saint François d’Assise et le sultan al-Malik al-Kãmil. »

Avec Deborah Lubov

 

About Anita Bourdin

Journaliste accréditée au Vatican depuis 1995. A lancé Zenit en français en janvier 1999. Correspondante à Rome de Radio Espérance. Formation: journalisme (IJRS, Bruxelles), théologie biblique (PUG, Rome), lettres classiques (Paris IV, Sorbonne).

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