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Musée des Occupations, Vilnius © Vatican News

Musée des Occupations, Vilnius © Vatican News

Lituanie: la prière du pape François au Musée des Occupations

Un pèlerinage de miséricorde qui n’est pas à «l’eau de rose»

Le pape François a prié pour la Lituanie à l’occasion de sa visite au mémorial des luttes contre les totalitarismes, à Vilnius, ce dimanche 23 septembre 2018, avant de rejoindre des milliers de personnes sur la place.

Après une matinée à Kaunas, le pape venait de déposer des fleurs et de se recueillir à la stèle commémorant l’extermination du ghetto de Vilnius, le 23 septembre 1943, sous l’occupation nazie.

Le « Musée des occupations et des combats de la liberté » a été installé dans l’immeuble qui a été le quartier général de la Gestapo lors de l’occupation nazie à partir de 1941 et, à partir de 1944 jusqu’en 1991, de quartier général du KGB, de prison, de torture et d’exécution, près de la place Lukiškės. On y visite les cellules, et on y découvre des photos de la résistance héroïque des Lituaniens aux totalitarismes du XXe s., notamment à l’occupation soviétique : les Lituaniens ont résisté avec des armes pendant dix ans, puis clandestinement.

Le Musée des Occupations @ vilnius-tourism.lt

Le Musée des Occupations @ vilnius-tourism.lt

Entouré de l’archevêque de Vilnius, Mgr Gintaras Grusas, et de l’évêque émérite de Kaunas, un jésuite, Mgr Sigitas Tamkevicius, 79 ans, qui a été déporté au goulag sibérien et contraint aux travaux forcés, le pape a visité les cellules N°9 et N°11, les salles de torture, examiné les photos et les documents. Il a été accueilli par le directeur, Eugenijus Peikštenis.

Mgr Tamkevicius, alors jeune prêtre, y a été détenu et interrogé par le KGB, avant d’être condamné à 10 ans de travaux forcés et d’exil en Sibérie: il a survécu, célébrant la messe grâce à des miettes de pain et du jus extrait de raisins secs, et il n’est revenu qu’en 1988.

Puis il a offert une lampe rouge, qu’il a allumée en mémoire des victimes, dans la salle 11 dite des « évêques », qui fait mémoire notamment du bienheureux Teofilius Matulionis, dont le pape a aussi béni un reliquaire. Le bienheureux évêque a  été détenu dans cette cellule, ainsi que Mgr Mečislovas Reinys, aujourd’hui vénérable. Un autre évêque, aujourd’hui Serviteur de Dieu, Mgr Vincentas Borisevičius, y a été détenu et y a été exécuté. Le recueillement du pape a été prolongé,.

Reliquaire du Bx Matulionis, Vilnius © Laima Penek

Reliquaire du Bx Matulionis, Vilnius © Laima Penek

Sur place, le pape n’a rien dit, se réservant pour la célébration publique qui a suivi, mais il a placé sa prière auprès de la lampe et il a inscrit, en anglais, dans le livre d’or : “Dans ce lieu qui commémore les nombreuses personnes qui ont souffert du fait de la violence et de la haine, et qui ont sacrifié leurs vies au nom de la liberté et de la justice, j’ai prié pour que le Tout-Puissant répande toujours ses dons de réconciliation et de paix sur le peuple lituanien.”

Musée des Occupations, Vilnius @ Vatican News

Musée des Occupations, Vilnius @ Vatican News

On comprend que les visites du pape François au mémorial du Ghetto et de la Shoah puis au musée des combats pour la liberté font partie du « pèlerinage de la miséricorde » du pape François à Vilnius, au lendemain de la vénération publique du tableau de Jésus miséricordieux avec les jeunes, sur le parvis de la cathédrale de Vilnius, samedi 22 septembre et de sa prière auprès de l’icône de Marie « Mère de Miséricorde » à la chapelle de la Porte de l’Aurore. Car ce n’est pas un pèlerinage de la miséricorde à « l’eau de rose ».

Le message de la miséricorde répandu par sainte Faustine Kowalska et par le bienheureux Michal Sopocko depuis Vilnius, notamment avec la réalisation du tableau de Jésus miséricordieux en 1934, se révèle être vital pour les baptisés traversant les tragédies du XXe s., et les tragédies d’aujourd’hui, en les fortifiant dans la « confiance », selon la phrase que sainte Faustine a faite inscrite sur le tableau : « Jésus, j’ai confiance en toi ». Et en leur permettant de « puiser » la miséricorde à ce sacramental qu’est le tableau, caché pendant des décennies en Biélorussie, à Nowa Ruda.

Le pape François, rencontre avec les jeunes, Vilnius © Vatican Media

Le pape François, rencontre avec les jeunes, Vilnius © Vatican Media

Comme Jean-Paul II l’a expliqué la miséricorde se révèle comme la limite au mal. Dans « Mémoire et identité », il écrivait, en 2005 : « Aux survivants de la Seconde Guerre mondiale, les paroles notées dans le Journal de sainte Faustine apparaissent comme un évangile caractéristique de la Divine Miséricorde, écrit selon la perspective du XXe siècle. Ses contemporains ont compris ce message. Ils l’ont bien compris à travers l’accumulation dramatique du mal durant la Seconde Guerre mondiale et au travers de la cruauté des systèmes totalitaires. Ce fut comme si le Christ avait voulu révéler que la limite imposée au mal, dont l’homme est l’auteur et la victime, est en définitive la Divine Miséricorde. Certes, en elle, il y a aussi la justice, mais celle-ci ne constitue pas à elle seule l’ultime parole de l’économie divine dans l’histoire du monde et dans l’histoire des l’homme. Dieu sait toujours tirer le bien du mal, Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et puissent parvenir à la connaissance de la vérité (cf. Timothée 2,4) : Dieu est Amour (cf. 1 Jean 4,8). Le Christ crucifié et ressuscité, tel qu’il est apparu à sœur Faustine, est la suprême révélation de cette vérité. »

 

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