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P. Jacques Servais SJ @ Facebook

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La miséricorde, c’est « le visage de Dieu pour notre temps », par le p. Jacques Servais SJ

« Soutien inconditionnel » de Benoît XVI à l’égard du pape François

« La miséricorde est le visage de Dieu pour notre temps, elle exprime de façon nouvelle la «justification par la foi» », explique le p. Jacques Servais SJ, qui met ainsi en évidence la continuité non seulement entre le pontificat de Benoît XVI et celui du pape François, mais aussi avec celui de Jean-Paul II et son « héritage spirituel » de la miséricorde, marqué par sainte Faustine.

L’interview de Benoît XVI par le père Servais est publiée en français, avec des notes importantes, chez Parole et Silence, sous le titre « Comprendre de manière nouvelle: Notes en marge de l’interview du pape émérite Benoît XVI ». Benoît XVI y souligne son « soutien inconditionnel à l’égard de l’actuel Vicaire de saint Pierre », écrit le p. Servais, recteur de la Casa Balthasar de Rome.

Un soutien réitéré cette semaine par Benoît XVI dans une lettre à Mgr Dario Edoardo Vigano. Le pape émérite y souligne notamment « la continuité intérieure entre les deux pontificats ».

Par ailleurs, c’est, dans trois semaines exactement, le dimanche de la Miséricorde divine, que le pape fêtera entouré des Missionnaires de la Miséricorde du monde entier pour mettre en lumière ce « visage de Dieu pour notre temps »: il présidera la messe  à 10h 30, le 8 avril2018, place Saint-Pierre, annonce le Vatican.

« Pour moi, le fait que l’idée de la miséricorde de Dieu devienne [de nos jours] de plus en plus centrale et dominante […] est un “signe des temps” », a confié Benoît XVI au p. Servais.

Voici la réflexion du père Servais à propos de son livre et des deux – trois – pontificats.

AB

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Que le Pape François soit un homme de profonde formation philosophique et théologique, c’est ce que montre avec force documents le livre récent du Prof. Massimo Borghesi, Une biographie intellectuelle (à paraître aux Éditions Jésuites de Paris). Par-delà toutes les différences de style et de tempérament, il existe par ailleurs entre Benoît XVI et lui une authentique continuité qui ressort clairement des allégations du premier contenues dans l’interview qu’il nous avait accordée en mars 2016.

Dans les notes qui accompagnent la publication de cette interview (Comprendre de manière nouvelle, Parole et Silence), nous y présentons et élaborons l’un ou l’autre des thèmes abordés (la doctrine de la foi, la miséricorde, la justice et le salut des non-croyants), et tout d’abord la notion de « développement ».

Là où il s’agit, comme dans l’idée de miséricorde, d’une vérité réelle, non apparente, dont le déploiement fait partie de la notion originale, l’évolution, par-delà une certaine discontinuité par rapport au passé, est en fait le résultat d’une croissance vivante, en lien strict avec la communauté des croyants, la Tradition de l’Église. La mission de ses théologiens et des pasteurs consiste à « dire toujours à nouveau les choses supra-temporelles dans le temps, et donc aussi, certainement, en fonction du temps et de façon révisable », écrivait Joseph Ratzinger en 1960.

Face aux défis que lance notre société multiculturelle et multi-médiale, marquée par l’héritage des Lumières, lacérée par un laïcisme anti-chrétien et par un fondamentalisme pseudo-religieux, un monde en proie à des violences de toutes sortes, déchiré par de multiples injustices sociales, il est vital pour les chrétiens de s’interroger sur la manière de suivre le Christ hic et nunc. Plutôt que de répéter toujours les mêmes formules, le pasteur s’efforce lui-même de tracer aux chrétiens de nouvelles pistes de réflexion, pour leur permettre de comprendre la doctrine dans leur contexte culturel et selon les conditions de temps et de lieu où ils se trouvent.

C’est ce que Benoît XVI soulignait par exemple, cinq ans après son élection, à propos de l’encyclique du Pape Paul VI de 1968 : « Dans [l]e domaine [de la sexualité] beaucoup doit être repensé, exprimé de façon nouvelle […]. Les perspectives dessinées dans Humanae vitae demeurent justes. Mais trouver des chemins permettant de vivre [cette haute morale] est une autre affaire […]. Exprimer cela sur le plan pastoral, théologique et intellectuel, également dans le contexte de la recherche actuelle sur la sexualité et l’anthropologie, de telle manière que tout cela soit compréhensible : voilà une grande tâche à laquelle on s’attèle et à laquelle il faut encore s’atteler davantage et mieux ».

« La Parole de Dieu ne peut être conservée dans la naphtaline comme s’il s’agissait d’une vieille couverture dont il faudrait éloigner les parasites ! », déclarait le Pape François, dans son langage coloré, à l’occasion du récent vingt-cinquième anniversaire de la promulgation du Catéchisme de l’Église Catholique. Le Seigneur ne nous a pas laissé sa doctrine comme quelque chose de général, de neutre, il nous recommande instamment de « demeurer en elle » (2 Jn 9) en la faisant croître en nous pour la lui restituer comme Parole accrue, vivante.

Tout traditionnel qu’il était et qu’il est resté, Benoît XVI témoigne d’un sens aigu de la modernité et d’une étonnante audace et capacité de repenser la foi de l’Église en fonction du temps dans lequel nous vivons. Et c’est pourquoi, dans l’interview en question, il n’a pas hésité à témoigner de son soutien inconditionnel à l’égard de l’actuel Vicaire de saint Pierre. Face aux contestations d’une frange de catholiques que ce style nouveau et ce tempérament peu académique désorientent, il réaffirme la conviction qui l’animait au moment où il se préparait à se rendre comme expert au Concile Vatican II, et non seulement il prend acte, mais il ratifie, à sa manière discrète, la continuité intérieure des deux pontificats sur le thème de la miséricorde, dont François a fait un cheval de bataille.

Bergoglio souligne la discontinuité qu’il y a du point de vue chrétien entre la sphère dure et close de la justice de l’ordre ancien et celle du régime nouveau, qui expérimente la dilatation de l’amour. La justice de Dieu révélée en Jésus-Christ dépasse la mesure de la justice distributive, explique-t-il. Celle que connaît le monde est la justice selon laquelle le coupable doit être puni, conformément au principe qu’à chacun doit être donné ce qui lui est dû. Ce type de justice, rétributive, réussit seulement à endiguer le mal, elle ne le vainc pas. « C’est seulement au contraire en lui répondant par le bien que le mal peut être vraiment vaincu ». Aussi les ministres de l’Église ne doivent-ils pas faire dépendre trop strictement le pardon qu’ils impartissent au nom de Dieu, des dispositions personnelles du fautif. Dieu, en effet, « nous rejoint avec sa grâce en utilisant la plus petite fente. Il nous appartient, à nous confesseurs, de nous accrocher à tout ce qui peut servir d’appui pour pardonner ».

Pour François, la Vérité incarnée est la Sagesse qui inspire à rechercher seulement ce qui conduit au meilleur service des hommes. La grâce imméritée du pardon opère une conversion chez le pécheur (pensons à Lévi et à Zachée !).

L’idée n’est pas novatrice, mais il y a urgence de l’inculquer à l’homme contemporain : car elle le rejoint au cœur de ses besoins profonds. Elle était chère à Jean-Paul II (si marqué par la spiritualité de sœur Faustine). Et le professeur Benoît XVI qui est lui aussi un pasteur, l’a pleinement faite sienne : « Pour moi, expliquait-il à son interviewer, le fait que l’idée de la miséricorde de Dieu devienne [de nos jours] de plus en plus centrale et dominante […] est un “signe des temps” ».

La miséricorde est le visage de Dieu pour notre temps, elle exprime de façon nouvelle la « justification par la foi ». À l’encontre de certaines apparences, des liens de nature non seulement pastorale mais théologique l’unissent en profondeur à son successeur sur le siège de Pierre.

P. Jacques Servais S.J.

Benoît XVI, Comprendre de manière nouvelle, entretien avec le p. JJ. Servais SJ @ Parole et Silence

Benoît XVI, entretien avec le p. J. Servais sj @ Parole et Silence

About Anita Bourdin

Journaliste accréditée au Vatican depuis 1995. A lancé Zenit en français en janvier 1999. Correspondante à Rome de Radio Espérance. Formation: journalisme (IJRS, Bruxelles), théologie biblique (PUG, Rome), lettres classiques (Paris IV, Sorbonne).

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