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Itinéraires culturels de l'Europe © coe.int

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Itinéraires culturels européens : un « canal » pour le dialogue interculturel

Promouvoir la compréhension de l’identité européenne

« Le programme des itinéraires culturels se propose comme un ‘canal’ pour le dialogue interculturel et vise à promouvoir la compréhension de l’identité européenne », affirme Mgr Maurizio Bravi qui représente le Saint-Siège auprès de l’Accord partiel élargi (APE) sur les Itinéraires culturels du Conseil de l’Europe. Le Saint-Siège a adhéré à APE le 21 mars 2018.

Les Itinéraires, souligne Mgr Bravi dans L’Osservatore Romano du 20 avril, « se présentent comme une traduction, en termes culturel et touristique, des valeurs fondamentales » européennes, « comme les droits de l’homme, la démocratie, l’état de droit, le dialogue et l’échange interculturel ».

« Les expressions religieuses de cette identité », poursuit-il, « ont remarquablement contribué à forger le visage de l’Europe » et « méritent une attention spéciale ». Il cite le premier parcours certifié, les Chemins de Compostelle, qui est « un ancien itinéraire de pèlerinage », ainsi que plusieurs autres qui font référence « à l’expérience monastique, à des formes de piété religieuse et des figures de saints, qui ont profondément marqué une époque et contribué à fixer les traits propres à l’identité européenne ».

Mgr Bravi souhaite que 2018, déclarée par l’Union européenne Année européenne du patrimoine culturel, « puisse enregistrer une nouvelle considération du rôle précieux de la culture dans la construction de la société ».

Voici notre traduction des réflexions de Mgr Bravi, avec l’autorisation du quotidien du Vatican.

MD

Le texte de Mgr Maurizio Bravi

L’objectif du Programme des Itinéraires culturels du Conseil de l’Europe, auquel le Saint-Siège a formellement adhéré à partir du 21 mars 2018, est de montrer que le riche patrimoine culturel des pays européens, bien que polyédrique, est une réalité commune, de même que les racines historiques qui en ont découlé. De cette manière, les itinéraires (cultural routes, itinéraires culturels) se présentent comme une traduction, en termes culturel et touristique, des valeurs fondamentales auxquelles le Conseil de l’Europe fait référence pour son action politique, comme les droits de l’homme, la démocratie, l’état de droit, le dialogue et l’échange interculturel ; des valeurs qui vont au-delà des frontières territoriales nationales et qui ont trouvé, au fil des époques de l’histoire, d’éloquentes expressions culturelles, pour constituer le patrimoine commun de l’Europe.

Les débuts du programme des itinéraires culturels européens remontent à 1987, marqués par la certification du premier parcours, les Chemins de Compostelle. Il est significatif que ce soit précisément un ancien itinéraire de pèlerinage, encore aujourd’hui très fréquenté, qui exprime les aspirations et les destins communs du continent, dans l’histoire de laquelle la dimension religieuse a joué un rôle important et décisif.

Dans les années suivantes, sont nés et ont été reconnus (certifiés) plus de 30 autres itinéraires dont certains renvoient directement à la tradition religieuse du continent : la Voie Francigena (1994); l’Itinéraire européen du patrimoine juif (2004); l’Itinéraire de Saint Martin de Tours (2005); les sites clunisiens en Europe (2005); la Transromanica, itinéraires romans du patrimoine européen (2007); l’Itinéraire européen des abbayes cisterciennes (2010); l’Itinéraire européen des cimetières (2010); l’Itinéraire des chemins de saint Olav (2010); les Routes des Huguenots et des vaudois (2013).

Entre-temps, le programme s’est structuré et organisé, dans ses procédures concernant la certification d’itinéraires culturels du conseil de l’Europe et dans ses structures opérationnelles, dans les stratégies de sa promotion. De ce point de vue, remarquons le développement du binôme culture-tourisme, qui est allé jusqu’à confluer dans un plan d’action européen du tourisme, auquel les itinéraires culturels contribuent largement. Il est tout aussi significatif qu’en septembre 2016 un morandum de coopération ait été signé entre le Conseil de l’Europe et l’Organisation mondiale du tourisme.

L’exécution technique des objectifs de l’accord est confiée à l’Institut européen des itinéraires culturels, dont le siège est au Luxembourg, dans la vieille abbaye de Neumünster, créé en 1998 d’un accord entre le conseil de l’Europe et le Grand duché du Luxembourg. Sa mission est d’évaluer les itinéraires certifiés et d’offrir un support aux nouveaux projets intéressés à la certification.

On pourrait dire que le programme des itinéraires culturels se propose comme un « canal » pour le dialogue interculturel et vise à promouvoir la compréhension de l’identité européenne, à travers la mise ne valeur du riche patrimoine historique de ses peuples. On veut montrer en ce sens que l’idée de l’Europe ne s’arrête pas à l’adoption de la seule monnaie unique, ni à la réglementation de son marché continental, ni à l’élaboration de politiques économiques plus ou moins communes. En toile de fond, en effet, nous trouvons des valeurs et des idéaux qui ont donné vie, dans le temps, à une grande variété d’expressions d’une « identité commune » — comme on dit polyédrique — dont la redécouverte ne peut que profiter à l’identité même et servir d’antidote contre les poussées nationalistes récurrentes.

Il est à souhaiter que 2018, déclarée par l’Union européenne Année européenne du patrimoine culturel — initiative à laquelle le Conseil de l’Europe aussi a adhéré — puisse enregistrer une nouvelle considération du rôle précieux de la culture dans la construction de la société des et dans le choix des orientations générales de la politique communautaire.

En adhérant à l’accord cité, le Saint-Siège entend manifester son implication dans la promotion de ce qui est commun et enrichit l’identité européenne et son patrimoine de valeurs et idéaux. D’autre part, comme affirmait le cardinal Joseph Ratzinger dans sa lectio magistralis devant le sénat de la République italienne (13 mai 2004), « l’Europe est un concept géographique de façon tout à fait secondaire : l’Europe n’est pas un continent que l’on peut nettement saisir en termes géographiques, mais un concept culturel et historique ».

Les expressions religieuses de cette identité, qui ont remarquablement contribué à forger le visage de l’Europe, méritent une attention spéciale.  Celles-ci sont encore vives dans tous les pays européens et ont offert, au fil des siècles, un terrain fertile pour la croissance, la maturation et la diffusion de valeurs communes dont le contenu est hautement symbolique et éthique. En sont l’éminente expression les itinéraires cités plus haut qui font référence au pèlerinage, à l’expérience monastique, à des formes de piété religieuse et des figures de saints, qui ont profondément marqué une époque et contribué à fixer les traits propres à l’identité européenne.

Ces mêmes itinéraires sont le témoignage historique de la façon dont l’expérience religieuse, en particulier chrétienne, s’est traduite en culture et de comment cette dernière a puisé sa force inspiratrice dans la religion, parvenant ensuite à s’exprimer en édifices (cathédrales, basiliques, églises, monastères), en œuvres d’art uniques (retables d’autel, tableaux de dévotion, icônes, objets d’orfèvrerie et d’artisanat sacrés, et ainsi de suite), en textes musicaux et littéraires (le chant grégorien, en laudes médiévales, en poèmes et représentations sacrées) que l’on trouve partout sur le continent, dans les grandes villes comme dans les petits villages.

Tout ce patrimoine a encore beaucoup à dire à l’homme européen de notre temps et invite à ouvrir les yeux et les esprits sur la fonction sociale de la culture et le « sentiment religieux » au sens général.

Que les fines considérations du théologien Romano Guardini sont encore actuelles. Dans son étude sur l’incidence de l’élément religieux dans la totalité de l’existence, il relevait toujours deux extrêmes possibles : d‘un côté « une religiosité qui se retire de plus en plus des champs de la vie culturelle », se faisant « plus intérieure » ; de l’autre, une culture qui devient simple expression horizontale de l’autonomie humaine et dans laquelle « l’homme tombe à la merci de son propre travail » (Romano Guardini, Phénoménologie et théorie de la religion, 1958). De cette sage constatation devrait naître un engagement à faire rencontrer aujourd’hui les deux domaines, religion et culture, et à engager un dialogue libéré de contrapositions idéologiques et préjugés, dans la perspective d’un service commun au bien intégral de la personne humaine et à la construction de la société européenne.

Il convient ici de rappeler l’appel du pape François aux participants de la conférence (Re)Thinking Europe, organisée par la commission des épiscopats de la communauté européenne, en collaboration avec la secrétairerie d’État, le 28 octobre 2017, « à considérer le rôle positif et constructif que la religion possède en général dans l’édification de la société ».

La conservation, la mise en valeur et la promotion du vaste patrimoine culturel, utilisable aussi dans le domaine touristique, ne se limite pas à une récupération archéologique, néanmoins nécessaire, mais vise à le rendre disponible pour la connaissance et la lecture d’un message qui interpelle notre modernité et dont la valeur transcende le temps et le l’espace dans lequel celui-ci a été créé, reproposant les questions toujours actuelles sur le sens du « vivre » et de « l’agir » de l’homme dans le monde.

Traduction de Zenit, Océane Le Gall

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