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Association Rondine Citadelle de la paix © Vatican Media

Association Rondine Citadelle de la paix © Vatican Media

« Il faut des “leaders” avec une nouvelle mentalité », déclare le pape François

Il soutient l’Appel qui sera présenté par l’association Rondine à l’ONU le 10 décembre

« Il faut des “leaders” avec une nouvelle mentalité », a déclaré le pape François. « Les politiciens qui ne savent pas dialoguer et se confronter ne sont pas des “leaders” de paix : un “leader” qui ne s’efforce pas d’aller à la rencontre de l’ “ennemi”, de s’asseoir à une table avec lui… ne peut pas conduire son peuple vers la paix ». « Pour faire cela », a-t-il poursuivi, « il faut de l’humilité, et non de l’arrogance : que saint François vous aide à suivre cette route avec courage ».

Le pape François a reçu en audience les membres de l’Association Rondine – Cittadella della Pace, à l’occasion de ses 20 ans d’activités, ce lundi matin 3 décembre 2018, dans la Salle Clémentine du Palais apostolique du Vatican. L’association italienne s’engage auprès des jeunes pour réduire les conflits armés dans le monde et diffuse sa propre méthodologie pour une transformation créative des conflits.

Le pape soutient l’Appel que présentera l’association à l’occasion du 70e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme. « Vous nous demandez d’adhérer à votre Appel. Pour ma part, je le ferai et je demande aux chefs d’État et de gouvernement de faire de même. Puisse votre voix – faible, mais forte de l’espérance et du courage de la jeunesse – être écoutée le 10 décembre prochain aux Nations Unies », a-t-il déclaré.

Voici notre traduction du discours du pape François.

HG

Discours du pape François

Chers frères et sœurs,

Je vous accueille avec joie pour ce vingtième anniversaire de l’association Rondine – Cittadella della Pace. Je salue le président, M. Franco Vaccari, et je le remercie pour son introduction. Je salue le card. Gualtiero Bassetti qui, depuis les débuts, a soutenu cette réalité, percevant en elle le « parfum » du vénérable Giorgio La Pira, et l’archevêque d’Arezzo-Cortone-Sansepolcro, Mgr Riccardo Fontana. Je vous salue particulièrement, vous les jeunes qui venez de pays qui sont le théâtre de conflits qui ont dégénéré en diverses formes de violence et de guerre, et qui vivez à Rondine l’expérience des études internationales. Et vous, jeunes de toutes les régions d’Italie, avec vos professeurs de la quatrième année de lycée. Et vous aussi, anciens étudiants, membres, supporters et amis. Bienvenus !

Votre engagement éducatif consiste à héberger des jeunes qui, dans différentes parties du monde, vivent bloqués dans des cultures envenimées par la souffrance et par la haine et de leur offrir un défi audacieux : vérifier personnellement si l’autre, celui ou celle qui est au-delà d’une frontière fermée, de barbelés ou de murs infranchissables, est vraiment ce que tout le monde affirme : un ennemi. En ces vingt années, vous avez mis au point une méthode capable de transformer les conflits, en faisant sortir les jeunes de ce mensonge et en les restituant à leurs peuples pour un plein développement spirituel, moral, culturel et civil : des jeunes généreux qui, innocents, sont nés avec le poids des échecs des générations précédentes

Cette œuvre, vous l’avez fondée sur deux grandes racines spirituelles de votre terre : saint François d’Assise, stigmatisé à La Verna, et saint Romuald, fondateur des Camaldules. Vous avez bien choisi !

Moi aussi, quand j’ai choisi le nom de François, je pensais aux pauvres et à la paix. La pauvreté – dans le sens négatif – et la guerre sont liées dans un cercle vicieux qui tue les personnes, alimente des souffrances indicibles et répand une haine qui ne s’arrête pas. En choisissant de vous consacrer aux jeunes, vous vous engagez aussi à lutter contre la pauvreté et à construire la paix, comme une œuvre de justice et d’amour. Une action qui alimente l’espérance et place la confiance dans l’homme, surtout dans les jeunes.

La Pira écrivait que La Verna était « le trampoline de lancement pour les entreprises de paix ». Sur cette montagne est conservé un mystère de souffrance et d’amour transfigurant et vous, qui avez élaboré la Méthode Rondine pour la transformation créative des conflits, vous recevez là-haut une inspiration continuelle pour progresser au service du bien commun. Et vous avez ainsi le privilège de cueillir les bourgeons d’une floraison de paix pour toute l’humanité.

J’ai écouté l’Appel que vous avez écrit et que vous présenterez le 10 décembre prochain à l’ONU, à l’occasion du 70ème anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Écouter une jeune Palestinienne et un jeune Israélien demander ensemble aux gouvernements du monde de faire un pas qui puisse rouvrir l’avenir, en transférant le coût d’une arme du budget de la défense au budget de l’éducation pour former un « leader » de paix est quelque chose de rare, de lumineux ! Comment pourrait-on ne pas être d’accord ? Mais nous, les adultes, nous ne pouvons pas nous en tirer par un « Bravo les jeunes ! », non. Je sens que je dois vous apporter tout mon soutien, ma sympathie et ma bénédiction.

En effet, votre Appel contient et propose une vision concrète. Dans le Message pour la prochaine Journée mondiale de la paix, le 1er janvier 2019, qui a pour thème « La bonne politique est au service de la paix », je redis que la responsabilité politique appartient à tous les citoyens, en particulier à ceux qui ont reçu le mandat de protéger et de gouverner. Cette mission consiste à sauvegarder le droit et à encourager le dialogue entre les acteurs de la société, entre les générations et entre les cultures. En vous écoutant, j’ajoute : entre les parties en conflit. Parce qu’on ne crée la confiance que dans le dialogue.

Quand l’être humain est respecté dans ses droits fondamentaux – comme le rappelait saint Jean XXIII dans l’encyclique Pacem in terris (1963) – naît en lui le sens du devoir de respecter les droits d’autrui. Les droits et les devoirs font grandir la conscience d’appartenir à une même communauté, avec les autres et avec Dieu (cf. ivi, 45). Nous sommes donc appelés à porter et à annoncer la paix comme la bonne nouvelle d’un avenir où tous les êtres humains seront considérés dans leur dignité et dans leurs droits.

Chers jeunes, vous avez choisi de vous rencontrer quand tout autour de vous et en vous disait : mais pourquoi ? À quoi cela sert-il ? Est-ce que ce sera juste ? Et, après les deux années de formation à Rondine, vous avez retourné vos sentiments, vos pensées, vous avez fait naître la confiance réciproque et maintenant vous êtes prêts à assumer des responsabilités professionnelles, civiles et politiques pour le bien de vos peuples. Vous êtes déjà vous-mêmes ces jeunes « leaders » qui, dans l’Appel, demandez aux États et aux peuples de s’engager à former ensemble !

Vous nous demandez d’adhérer à votre Appel. Pour ma part, je le ferai et je demande aux chefs d’État et de gouvernement de faire de même. Puisse votre voix – faible, mais forte de l’espérance et du courage de la jeunesse – être écoutée le 10 décembre prochain aux Nations Unies. Il faut des « leaders » avec une nouvelle mentalité. Les politiciens qui ne savent pas dialoguer et se confronter ne sont pas des « leaders » de paix : un « leader » qui ne s’efforce pas d’aller à la rencontre de l’ « ennemi », de s’asseoir à une table avec lui comme vous le faites, ne peut pas conduire son peuple vers la paix. Pour faire cela, il faut de l’humilité, et non de l’arrogance : que saint François vous aide à suivre cette route avec courage. En écoutant les jeunes, comme lors du récent synode dont ils étaient acteurs, j’ai appris beaucoup d’eux. J’espère que vos « leaders » viendront à Rondine pour voir comment les jeunes préparent la paix.

Je me réjouis que vous ayez choisi l’encyclique Laudato si’ comme texte fondamental pour votre école : en effet, l’écologie intégrale offre la perspective pour que l’humanité se conçoive comme une famille unique et considère la terre comme notre maison commune. C’est une bonne chose qu’avec votre méthode vous vouliez rejoindre en même temps les citoyens et les « leaders » politiques, les représentants des institutions nationales et internationales. En effet, la paix est de la responsabilité de chacun. C’est pourquoi, avec le cardinal secrétaire d’État, vous avez rencontré le Corps diplomatique auprès du Saint-Siège. Avec les efforts de tous, nous devons supprimer définitivement la guerre de la planète et de l’histoire de l’humanité.

Chers amis, que ce vingtième anniversaire de votre association renouvelle son élan pour diffuser dans le monde votre témoignage simple et fort, votre méthode, votre envie de changement, qui rejoint tous les aspects de la vie, en partant des relations. Puissiez-vous contribuer à abattre les murs les plus hauts, à construire des ponts et à effacer les frontières infranchissables, vestige d’un monde qui finit. Vous avez surmonté les barrières les plus dures, celles qui sont intérieures à chacun de vous, en dissipant le mensonge de l’ennemi et vous vous êtes étonnés de vous-mêmes quand vous avez rouvert les frontières bloquées par les guerres. S’il vous plaît, ne perdez jamais votre étonnement et votre humilité. Conservez, chers jeunes de Rondine, la confiance que vous avez fait mûrir entre vous et transformez-la en une tâche généreuse de service du bien commun. Monsieur le Président, puisse l’œuvre entreprise aller de l’avant ! Pour cela, je vous bénis tous de tout cœur, ainsi que vos proches et je vous assure de ma prière. Vous aussi, s’il vous plaît, pensez à prier pour moi. Merci.

© Traduction de Zenit, Hélène Ginabat

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