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Le p. Marcello Maruzzo t Luis Obdulio Arroyo Navarro martyrs au Guatemala © calendariofrancescanosecolare.blogspot.fr

Le p. Marcello Maruzzo t Luis Obdulio Arroyo Navarro martyrs au Guatemala © calendariofrancescanosecolare.blogspot.fr

Guatemala : l’idéal pour lequel ils ont donné leur vie, par le card. Becciu (traduction complète)

Béatification du p. Maruzzo et de Luis Arroyo

Le cardinal Angelo Becciu a appelé à « ne jamais perdre de vue l’idéal pour lequel le bienheureux père Tullio et le bienheureux Luis Obdulio ont donné leur vie : montrer le visage d’une Église qui est signe d’espérance et riche de l’amour de Dieu envers tous, mais surtout les rejetés et les opprimés ».

C’est ce que le préfet de la Congrégation pour la cause des saints a dit au cours de l’homélie prononcée en espagnol le 27 octobre 2018, à Morales, dans le vicariat apostolique d’Izabal, au Guatemala, lors de la messe de béatification du missionnaire père Tullio Maruzzo, OFM, et du laïc Luis Obdulio Arroyo Navarro: ils ont été assassinés « en haine de la foi » alors qu’ils rentraient d’une catéchèse le 1er juillet 1981.

Le cardinal a souligné que Luis Obdulio Arroyo Navarro « est le premier bienheureux martyr né au Guatemala ».

« Vous êtes appelés à conserver les fruits du bien qui ont mûri dans le sang de ces martyrs, a dit le cardinal en s’adressant aux Guatémaliens : c’est surtout à vous qu’appartient leur héritage spirituel ! »

Parmi « les traits essentiels de la spiritualité » de deux bienheureux, il a noté « un style de vie simple et heureux », « un zèle ardent pour l’Évangile », « un soin minutieux pour les pauvres et un courage à défendre les plus petits, qui caractérise les hommes de bonne volonté ».

« Quel message nous laissent donc les bienheureux » ? s’est-il interrogé. « Tout d’abord, a expliqué le cardinal, il nous vient spontané, en ce mois d’octobre consacré aux missions, d’adresser une pensée reconnaissante et émue à tous les missionnaires…Deuxièmement, le martyre de nos deux frères confirme la prophétie de Tertullien : le sang des martyrs est semence de vie nouvelle ! »

Nous avons présenté les deux bienheureux ici, et les paroles du pape François à l’occasion de l’angélus: il a confié « tous noss frères et sœurs qui malheureusement encore aujourd’hui, dans diverses parties du monde, sont persécutés parce que témoins de l’Evangile », aux deux nouveaux bienheureux du Guatemala, dont la béatification a eu lieu le 27 octobre 2018.

Voici notre traduction de l’italien de l’homélie du cardinal Becciu.

MD

Homélie du card. Angelo Becciu

Chers frères et soeurs,

Les paroles consolatrices de Jésus ont résonné dans notre assemblée : « Heureux les pauvres d’esprit, heureux les artisans de paix, heureux ceux qui sont persécutés pour la justice » (Mt 5, 3.9.10). Ces promesses de béatitude se sont pleinement réalisées dans les martyrs père Tullio Maruzzo et Luis Obdulio Arroyo Navarro.

C’est pourquoi aujourd’hui nous les honorons comme Bienheureux et que toute l’Église du Guatemala est en fête ! L’un était prêtre et religieux franciscain, des frères mineurs, et l’autre un fidèle laïc catéchiste, mais il partageait tous deux les traits essentiels de la spiritualité : un style de vie simple et heureux, de ceux qui sont justement pauvres d’esprit ; un zèle ardent pour l’Évangile, qui soutient les artisans de paix ; un soin minutieux pour les pauvres et un courage à défendre les plus petits, qui caractérise les hommes de bonne volonté. Ces traits de caractère restent pour nous un message actuel.

Les nouveaux bienheureux ont atteint le but de leur vocation chrétienne non sans passer par la grande tribulation du monde. Nous reconnaissons maintenant qu’ils participent à la liturgie éternelle du ciel, décrite dans la seconde lecture, composée d’une foule immense « toutes nations, tribus, peuples et langues. Ils se tenaient debout devant le Trône et devant l’Agneau, vêtus de robes blanches, avec des palmes à la main » (cf. Ap 7, 9).

Le bienheureux Tullio Maruzzo est un don de Dieu à votre terre ; il est le bon pasteur que le Père a envoyé pour prendre soin de son troupeau, jusqu’à donner sa vie. Il avait quitté son village natal, Lapio di Arcugnano, en Italie, pour être témoin de l’Évangile parmi vous.

Doté d’un caractère à la fois aimable et ferme, il tirait sa force et son inspiration pastorales d’une vie intérieure intense. Un témoin affirme : « Où le Père Tullio trouvait-il tant d’énergies lui qui semblait si fragile ? Il priait, méditait… Il suffisait d’être ensemble quelques jours pour se rendre compte qu’il était un homme d’un grand dynamisme apostolique, parce qu’il vivait de la foi qu’il prêchait ». Mais pas seulement, il puisait aussi sa force dans la vie commune avec ses frères envers lesquels il était toujours positif, il savait trouver en chacun d’eux la « tache d’or », c’est-à-dire le bien. Il disait : « Qu’est-ce que cela coûte d’exalter le bien que fait un frère ? Rien ! Mais le frère, lui, se sentira heureux et heureux parce que quelqu’un apprécie et estime son travail ». En bon missionnaire, zélé et courageux, il s’était aventuré dans des lieux inconnus et semés d’embûches du Vicariat apostolique d’Izabal pour faire connaître la parole de Dieu. Il ne négligea rien : la formation des catéchistes, le soin des communautés de base, l’amour pour les pauvres et les malades. Bref, le typique missionnaire qui se laisse guider par l’imagination créatrice de l’Esprit pour accomplir une action pastorale efficace et généreuse.

Le bienheureux Luis Obdulio Arroyo Navarro était le fidèle compagnon que le Seigneur a placé auprès du Père Tullio à l’heure du martyre. Il est le fruit mûr de votre Église à Izabal, que vous recueillez l’année où vous célébrez solennellement le 50e anniversaire de l’établissement du Vicariat ! C’est le premier bienheureux martyr né au Guatemala ! Ce Bienheureux se présente aussi à nous sous les traits d’un homme doux et serviable. Les témoins ont le souvenir d’un homme qui, sans vacarmes, savait trouver une solution concrète aux problèmes de la communauté en lui apportant son temps et ses compétences. Il était toujours disponible pour transporter à l’hôpital une personne blessée ou une femme en train d’accoucher dans sa voiture, même la nuit ; il se prêtait à de petites réparations d’électricité et de mécanique ; mais sa spécialité était de servir de chauffeur aux pères franciscains et aux sœurs quand ils devaient rejoindre les villages intérieurs au fin fond de Quiriguá.

Dans son cheminement spirituel, Luis Obdulio a choisi de faire partie de la communauté chrétienne d’une manière de plus en plus engageante en adhérant au Tiers Ordre franciscain et au mouvement Cursillos de Cristianidad. Ce faisant, il se préparait au don total, qu’il manifestera dans le martyre. A côté de cette dimension de service, profondément évangélique, ce qui caractérise le plus le nouveau bienheureux est la vertu chrétienne de la force. Nous savons exactement quel était son état d’esprit et sa décision intime au moment où de sombres nuages noirs recouvraient la communauté chrétienne. Un témoin raconte : « Il savait que le père (Tullio) était en danger, mais il ne montrait aucune crainte. Quand la famille le prévenait et lui demandait de ne pas sortir avec le père, il disait : « Je préfère mourir à côté du père Tulio et non à côté d’un ivrogne dans une cantine ou dans un bar ».

Les circonstances du martyre du Père Tullio et de Luis Obdulio sont bien connues. La mort leur a été violemment infligée par les meurtriers parce qu’ils avaient en haine le Christ et l’Évangile. Le père Tullio était sensible à la souffrance des pauvres paysans qui, à cause du harcèlement de quelques propriétaires terriens, se voyaient expropriés du jour au lendemain de la terre qu’ils bonifiaient avec peine. Il a donc choisi d’aider la pauvreté en général, de consoler ceux qui se décourageaient et surtout d’éclairer les consciences pour réaffirmer clairement les droits de la justice selon l’enseignement de Jésus. Son action pastorale a pris la valeur d’une dénonciation prophétique et courageuse des abus de pouvoir des puissants locaux, de sorte que son action sociale a été jugée subversive ; mais il a continué à exercer son activité apostolique sans craindre pour sa vie. L’épilogue douloureux eut lieu le soir du 1er juillet 1981, à la fin d’une journée pleine de travail apostolique, alors qu’il rentrait à la paroisse avec le fidèle Luis Obdulio. La voiture dans laquelle ils se trouvaient a été arrêtée, on les a fait descendre, puis ils ont été abattus et abandonnés sur le bord de la route.

Quel message nous laissent donc les bienheureux Tullio Maruzzo et Luis Obdulio Arroyo Navarro ? Tout d’abord, il nous vient spontané, en ce mois d’octobre consacré aux missions, d’adresser une pensée reconnaissante et émue à tous les missionnaires qui, à l’exemple du Père Maruzzo, ont quitté leur pays et offert leur vie pour annoncer l’Évangile de Jésus. Deuxièmement, le martyre de nos deux frères confirme la prophétie de Tertullien : le sang des martyrs est semence de vie nouvelle ! Peu après la mort du Père Tullio et de Luis Obdulio, les fidèles de Quiriguá, Los Amates et Morales en ont vu les fruits : réveil chrétien de la communauté, persévérance dans les épreuves, unité et meilleure organisation des groupes paroissiaux ; de nouvelles vocations sacerdotales et religieuses.

Cette œuvre de renouveau de l’Église, inspirée par le témoignage des deux nouveaux bienheureux, est nécessaire et urgente également de nos jours. Vous êtes appelés à conserver les fruits du bien qui ont mûri dans le sang de ces martyrs : c’est surtout à vous qu’appartient leur héritage spirituel !

La béatification d’aujourd’hui constitue pour la communauté chrétienne d’Izabal et de tout le Guatemala un moment de grâce singulier d’où peut naître une conversion plus authentique. En ce moment de votre histoire, vous êtes engagés, sous la direction de vos évêques, à réaliser un profond renouveau spirituel de vos paroisses, comme le veulent vos évêques. Souvenez-vous qu’il n’y a pas de changement de structure sans conversion des cœurs et qu’une paroisse n’est pas une vraie paroisse si elle ne devient pas un lieu de rencontre fraternelle entre tous ses membres. Celle-ci doit être un « foyer et une école de communion » (cf. Novo Millennio Ineunte, 43-47), où chacun peut faire l’expérience concrète de l’amour mutuel et être un signe visible du Royaume qui est déjà parmi nous.

Ne jamais perdre de vue l’idéal pour lequel le bienheureux Père Tullio et le bienheureux Luis Obdulio ont donné leur vie : montrer le visage d’une Église qui est signe d’espérance et riche de l’amour de Dieu envers tous, mais surtout les rejetés et les opprimés.

Invoquons leur intercession, afin que leur martyre favorise en tous le courage du témoignage chrétien, une vie cohérente et un don illimité de soi aux autres.

Répétons ensemble : Bienheureux Père Tullio et bienheureux Luis Obdulio priez pour nous !

Traduction de Zenit. Océane Le Gall

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