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Rencontre interreligieuse à la mosquée de Bakou, Azerbaidjan @ L'Osservatore Romano

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Egypte: le voyage dramatique, thérapeutique et prophétique du pape

Réflexion du p. Antonio Spadaro dans La Civilta cattolica

S’il est passé quelque peu inaperçu, le voyage du pape François en Égypte (28-29 avril 2017) n’en revêt pas moins une grande importance. La Civilta Cattolica, sous la plume de son directeur Antonio Spadaro, revient sur cet événement dans son dernier numéro en librairie cette semaine.

ÉGYPTE, TERRE DE CIVILISATION ET D’ALLIANCES

Le voyage dramatique, thérapeutique et prophétique du pape François

Antonio Spadaro sj

Le voyage apostolique du pape François en Égypte a duré à peine 27 heures, voyage né en réponse de l’invitation adressée par les acteurs de la vie politique et religieuse du pays, forces parfois en conflit entre elles. Les attentes ont été bien résumées par la devise officielle de la visite : « Le pape de la paix dans l’Égypte de la paix », et par l’image qui l’accompagnait : le pape François représenté sur un fond où se découpent les pyramides et le Nil, surmontés par le croissant musulman et la croix chrétienne, à côté d’une colombe, symbole de paix, tandis qu’il sourit et qu’il bénit. À l’issue d’un programme très dense, fait de rencontres délicates et significatives à plusieurs niveaux — politique, inter-religieux et œcuménique —, le sentiment est que, à l’occasion de chacune d’entre elles, avec le courage de la prophétie et « l’extrémisme de la charité », un germe a été jeté pour l’avenir.

La rencontre avec l’imam d’al-Azhar

Sa rencontre avec Ahmed Mohamed el-Tayeb  a rendu ce voyage particulièrement significatif. En effet, la mosquée, avec en annexe l’école supérieure d’études musulmanes du Caire, fondée au Xe siècle, est toujours le plus grand centre d’études théologiques et juridiques du monde islamique. La visite du pape François à al-Azhar a revêtu une grande valeur du point de vue symbolique, car l’autorité particulière de la mosquée est reconnue dans le monde islamique sunnite, et chaque année cette école forme des milliers d’imans destinés à prêcher dans les mosquées du monde entier.

La « civilisation de la rencontre » ou la « barbarie de la confrontation »

Le pape et l’imam se sont retrouvés au Conference Center d’al-Azhar, là où s’est tenue, les 27 et 28 avril, une Conférence interreligieuse pour la paix, orchestrée par le Conseil islamique des anciens, une organisation dont le siège se situe à Abou Dabi, capitale des Émirats arabes unis, et qui entend promouvoir les valeurs humaines dans le cadre du monde islamique. (…)

La longue et chaleureuse accolade entre le pape et l’imam — qui a qualifié le pape de « grand hôte et cher frère » — a marqué tout le monde. Cette image a évoqué l’accolade entre saint François et le sultan Al Malik al-Kamil, par ailleurs mentionnée par le pape dans son discours.

Le pape François a prononcé un discours d’une portée et d’une hauteur de vue importantes, interrompu une dizaine de fois par des applaudissements.

(…) Dans son discours, le pape a réuni populisme et fondamentalisme, stigmatisant aussi bien la religion qui utilise la violence que celle qui se fait utiliser par le pouvoir, en se liant aux gouvernements et aux factions politiques. C’est un message fort qui va bien au-delà de la situation du Moyen-Orient.

L’appel contre la violence — particulièrement celle qui se cache « sous les airs d’une présumée sacralité » — a été puissant. Elle est « la négation de toute religiosité authentique ». Sur ce thème, le pape François a été très dur. Le « non » net et décidé opposé à la violence a résonné plusieurs fois dans le discours pontifical, toujours confirmé par les applaudissements des personnes présentes. Nous rappelons à ce propos que la rencontre s’est ouverte avec la demande du grand iman de respecter quelques instants de silence en mémoire des victimes des attentats terroristes.

La construction de la paix ne devient possible que si l’on œuvre pour « résorber les situations de pauvreté et d’exploitation, là où les extrémismes s’enracinent plus facilement », et pour « bloquer les flux d’argent et d’armes vers ceux qui fomentent la violence », a ainsi affirmé le souverain pontife. Un pacifisme abstrait ne suffit pas : il faut lutter contre les racines de la violence les plus profondes.

La visite du pape à al-Azhar représente donc un pas de plus sur le chemin du dépassement de l’idéologie du choc des civilisations et de la guerre de religion. Un chemin que le pape François parcourt avec une détermination inflexible. Il sait que l’utilisation de la peur à des fins géopolitiques est une constante de l’histoire humaine. Le djihadisme qui engendre le « terrorisme islamiste » a en réalité des racines socio-économiques et non des racines culturelles et religieuses. Lui correspond en Occident l’identitarisme « croisé », lui aussi alimenté par les intérêts politiques et économiques.

Extrait de LA CIVILTÀ CATTOLICA, © Éditions Parole et Silence/ La Civiltà Cattolica, 2017, 31 mai 2017 – N. 0517, p- 81-97

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