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Mgr Vincenzo paglia, Académie pour la vie 25/2/2019 © Vatican Media

Mgr Vincenzo paglia, Académie pour la vie 25/2/2019 © Vatican Media

Déclaration interreligieuse : Mgr Paglia souligne le rôle des soins palliatifs

Le dialogue est une vertu, un style de vie

« Notre prise de position claire et déterminée est importante : nous ne voulons ni procurer la mort d’un patient, ni l’aider à se donner la mort », a déclaré Mgr Vincenzo Paglia, président de l’Académie pontificale pour la Vie, dans son discours introductif à la cérémonie de la signature de la Déclaration par des représentants des trois religions abrahamiques – chrétiens, juifs, musulmans – au sujet de la fin de vie, ce 28 octobre 2019, à la Villa Pia, au Vatican.

La médecine « n’est pas tenue de rétablir la santé à tout prix ni de prolonger indéfiniment la vie, mais de toujours prendre soin de la personne, y compris lorsque la maladie est incurable », a-t-il précisé. Dans ces cas-là, les soins palliatifs, dont l’importance est soulignée dans la Déclaration, « ne visent ni à accélérer ni à repousser sans discernement le moment de la mort », a expliqué l’archevêque. « Leur but est d’accompagner les patients de manière compétente et globale, avec l’approche d’équipes pluridisciplinaires, dans le délicat passage de la mort, tout en prenant soin des familles ».

Le président de l’Académie pontificale a tenu aussi à souligner la valeur de ce « chemin commun » qui a réuni les trois religions monothéistes dans la rédaction de cette Déclaration : « c’est un processus qui demande la détermination de la volonté et la recherche de la raison », a-t-il dit, encourageant à poursuivre sur cette voie. « Le dialogue est une vertu : il ne s’agit pas d’un acte unique mais d’une orientation intentionnellement et fermement cultivée, d’un style de vie qui favorise la recherche et le choix du bien dans les situations concrètes et sur chacun des sujets qui sont abordés ».

Voici notre traduction du discours prononcé par Mgr Paglia.

HG

Discours de salutations de Mgr Vincenzo Paglia

Éminences, Excellences, Distingués représentants des confessions chrétiennes, chers responsables des religions monothéistes, c’est une grande joie d’être ici ensemble pour la signature de cette déclaration commune sur une question cruciale en cette période historique. Je considère ce moment si important pour trois raisons principales.

  1. Le caractère central de ce sujet

Nous sommes tous conscients de l’importance de la question de l’euthanasie et du suicide assisté dans le contexte des sociétés contemporaines. Le débat ne se déroule pas seulement au sein de la communauté scientifique et médicale, en raison des ressources thérapeutiques rendues disponibles par la médecine dans les phases terminales de la vie terrestre, mais aussi dans l’horizon plus vaste de la culture générale relative aux questions concernant le passage final de la mort. En effet, de nouveaux espaces s’ouvrent pour les choix à accomplir et c’est la responsabilité de tous de contribuer à les assumer de façon constructive et en faveur de la dignité de chaque personne. C’est pourquoi il est très important de réaffirmer, de la part des représentants des trois religions monothéistes, leur engagement à respecter et à promouvoir la vie humaine dans les moments où, à l’approche de la mort, elle montre de manière particulièrement évidente sa fragilité et sa faiblesse. Je crois par conséquent que notre prise de position claire et déterminée est importante : nous ne voulons ni procurer la mort d’un patient, ni l’aider à se donner la mort.

La déclaration que nous nous apprétons à signer représente par ailleurs un rappel de la signification plus authentique de la médecine et des professions de la santé. L’horizon de la médecine n’est pas de donner ou d’enlever la vie aux patients. Mettre fin à la vie signifie nier qu’elle a un sens. Nous sommes conscients que nous nous situons dans un domaine où il est difficile de séparer nettement les choses. Mais cette recherche de sens jamais terminée, que la maladie remet justement en question, est une tâche qui revient à la culture dans son ensemble. Toutes les sociétés sont appelées à une élaboration de ce style, en déployant leurs ressources relationnelles, symboliques, narratives et artistiques, outre leurs ressources religieuses. La médecine s’inscrit à l’intérieur de ce cadre, mais elle réalise une tâche plus limitée : celle de prendre soin de la personne malade et d’évaluer quels sont les traitements les plus adéquats et pertinents pour promouvoir la santé de la personne, en assumant avec sagesse les limites de la condition et de l’agir humains. Elle n’est pas tenue de rétablir la santé à tout prix ni de prolonger indéfiniment la vie, mais de toujours prendre soin de la personne, y compris lorsque la maladie est incurable.

La pratique des soins palliatifs souligne précisément cet aspect. C’est pourquoi leur importance est soulignée dans la Déclaration, ainsi que notre engagement à en faire connaître le rôle et à les diffuser partout, y compris dans le monde universitaire. L’objectif qu’ils se donnent est de prendre soin de la personne dans son intégralité, à partir de la thérapie de la douleur, considérant toutes ses dimensions et valorisant aussi l’horizon spirituel dans lequel s’inscrit l’existence humaine. Et il faut écarter tout soupçon à leur égard de collusion avec des logiques qui ne soutiennent pas la vie. C’est exactement le contraire qui est vrai, comme cela a été réaffirmé en 2002 par l’Organisation mondiale de la Santé lorsqu’elle affirme que les soins palliatifs ne visent ni à accélérer ni à repousser sans discernement le moment de la mort. Leur but est d’accompagner les patients de manière compétente et globale, avec l’approche d’équipes pluridisciplinaires, dans le délicat passage de la mort, tout en prenant soin des familles.

  1. La dimension interreligieuse et oecuménique

Notre événement a certainement une valeur particulière puisqu’il manifeste notre désir de travailler en cherchant des accords et des convergences là où, dans le monde d’aujourd’hui, semble trop souvent prévaloir la division, sinon l’opposition. Certes, il faut un dialogue et la disponibilité à s’accueillir mutuellement, comme le démontre l’itinéraire que nous avons effectué avec la rédaction de ce texte. Mais il est d’une importance fondamentale que nous expérimentions nous-mêmes – et que nous en témoignons à tous – le fait qu’entreprendre un chemin commun, avec sens des responsabilités et courage, conduit à découvrir des lieux de convergence et permet de porter des fruits de communion. Ce n’est pas un dispositif automatique : c’est un processus qui demande la détermination de la volonté et la recherche de la raison. Mais si nous sommes disposés à travailler ensemble dans l’objectif de rendre un service à tous les hommes et à toutes les femmes de notre monde, en qui nous voyons tous des fils et des filles de Dieu, nous pouvons nous reconnaître à notre tour toujours plus frères et soeurs, appelés à unir leurs forces pour apporter une réponse aux questions qui nous provoquent tous. Aujourd’hui, par conséquent, nous célébrons aussi un pas vers la construction de cette culture de la rencontre que le pape François nous a appris à apprécier et à pratiquer et que, pour notre part, nous voulons cultiver. C’est sur cette base que nous pouvons « adopter la culture du dialogue comme chemin, la collaboration commune comme conduite, la connaissance mutuelle comme méthode et critère », selon ce qui est écrit dans le document sur la fraternité humaine d’Abou Dhabi. Un travail qui ne s’improvise pas, mais c’est le fruit d’un engagement qui concerne avant tout la dynamique de la conscience personnelle et qui pourra ensuite rayonner aussi dans les formes institutionnelles que nous saurons identifier. En ce sens, le dialogue est une vertu : il ne s’agit pas d’un acte unique mais d’une orientation intentionnellement et fermement cultivée, d’un style de vie qui favorise la recherche et le choix du bien dans les situations concrètes et sur chacun des sujets qui sont abordés.

Un second élément intervient ici : le fait d’accorder davantage de force et d’intensité à la protection et à la promotion de la dignité humaine à ce moment si délicat et vulnérable qu’est le passage de la mort. Reconnaitre et désarmorcer les biais qui conduiraient à renoncer à cette solidarité qui, seule, permet d’affronter la souffrance et la limite que représente la mort. Que les religions abramitiques trouvent une entente pour exprimer ensemble leur engagement est un événement de grande importance. Une base aussi large qui, dans l’ensemble, implique une partie non négligeable de l’humanité tout entière (quelques milliards de personnes !) pourra fournir une contribution de poids non seulement théorique pour approfondir la signification de la vie humaine, mais aussi pratique, à travers les relations vécues dans les communautés croyantes pour témoigner de notre responsabilité commune de prendre soin les uns des autres.

  1. Le chemin se poursuit

Les objectifs que nous avons atteints jusqu’ici ne sont certainement pas une conclusion, mais une étape et ils nous invitent à poursuivre ce chemin. Divers développements futurs s’ouvrent maintenant, qui requièrent encore notre engagement. Avant tout à faire connaître et diffuser non seulement les contenus de la Déclaration, mais aussi le processus qui en a rendu la réalisation possible. Il s’agit d’impliquer d’autres personnes dans cette dynamique caractérisée par un style de collaboration et de dialogue, dans les communautés religieuses auxquelles chacun de nous appartient et en rejoignant d’autres responsables de communautés.

En outre, nous voulons aussi étendre le rayon de notre communication en impliquant d’autres sujets qui peuvent être sensibles au message que nous souhaitons promouvoir. Cela signifie devenir levain dans les sociétés où nou communautés vivent et s’adresser à tous les hommes et toutes les femmes de bonne volonté, dans les rôles et les tâches diverses qui sont les leurs. Il faut non seulement chercher, mais aussi produire avec créativité les occasions pour que cela puisse se faire. Et cela requiert certainement de notre part la capacité à être présents dans la sphère publique, en élaborant des discours qui puissent être compris aussi par ceux qui se réfèrent à différentes catégories d’interprétation du monde et de la vie humaine, mais qui ont également à coeur la dignité des êtres humain et la recherche de voies de justice qui les honorent dans les situations concrètes. Le langage de la Déclaration montre clairement la conscience de ce devoir et offre différentes pistes pour lancer cette médiation par la communication. C’est donc le regard tourné vers l’avenir que nous voulons vivre cette journée.

 © Traduction de Zenit, Hélène Ginabat

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