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Visite du camp de réfugiés de Moria, Lesbos, 16 avril 2016 - L'OSSERVATORE ROMANO

Crise migratoire: combattre l’indifférence et les causes (traduction complète)

Mgr Grech présente la pensée du pape à l’ONU

Surmonter « l’indifférence » et traiter les « causes profondes » de la crise des migrants : ce sont deux des sept clefs des interventions du pape François sur le sujet.

Mgr Joseph Grech, de la Mission  d’observation permanente du Saint-Siège à l’ONU, en a proposé une synthèse lors d’une journée d’étude intitulée : « Les personnes en mouvement : Comment aborder les grands mouvements de réfugiés et de migrants », qui s’est déroulée à l’Institut international pour la paix (IPI), à New York, le 23 juin dernier.

Cet événement a été co-parrainé par le Saint-Siège, IPI et la Mission permanente d’Italie en prévision de la réunion plénière de haut niveau sur ce thème, qui aura lieu le 19 septembre 2016 aux Nations Unies.

Mgr Grech met en lumière les « sept thèmes centraux » des discours du pape François sur le sort des personnes déplacées:  « l’humanité », « l’état de danger dans lequel beaucoup se trouvent », la nécessité de créer un « réseau international de collaboration », « la nécessité de traiter les causes profondes de la crise », l’information correcte de « l’opinion publique » et l’effort des communautés religieuses « pour accueillir, aider et protéger les réfugiés de toutes confessions »: le pape exhorte à surmonter l’indifférence envers la situation des migrants.

Voici notre traduction complète de l’intervention de Mgr Grech.

M.D.

Discours du représentant du Saint-Siège

Excellences, Mesdames et Messieurs,

La Mission permanente d’observation du Saint-Siège à l’ONU est honorée d’être en mesure de co-parrainer la discussion d’aujourd’hui sur la façon de traiter de manière adéquate la situation désespérée des énormes mouvements de réfugiés et migrants.

C’est un problème pour lequel le pape François a sillonné notre planète et élevé la voix le plus fort et de la manière la plus insistante et persuasive possible pour mobiliser les dirigeants politiques internationaux, les organisations non gouvernementales, le secteur privé, les familles et les personnes individuelles – en bref, tout le monde – afin de prendre des mesures efficaces.

Lorsque le pape François parle, il revient à plusieurs reprises sur sept thèmes centraux que je crois très pertinents pour notre conversation aujourd’hui.

Le premier concerne l’humanité de ceux qui ont besoin de notre aide. Même si nous avons affaire à un nombre de réfugiés et de migrants jamais vus depuis la Seconde Guerre mondiale, le pape François a affirmé que nous ne pouvons pas nous laisser submerger par des statistiques choquantes, mais que nous ne devons jamais oublier que chacun est une personne, avec un visage, un nom, avec une histoire et une famille, qui essaie de répondre de son mieux à sa situation angoissante, pour sauver sa vie et l’améliorer. La réponse à cette crise humanitaire massive, par conséquent, ne peut se limiter aux plans politique, législatif et économique. Notre réponse doit être humaine, fraternelle et juste.

La deuxième chose que le pape François mentionne concerne l’état de danger dans lequel beaucoup se trouvent depuis qu’ils sont partis. Il est assez terrible d’avoir à fuir leurs maisons en raison des conflits, de la violence, de la pauvreté et de l’exclusion sociale, mais ensuite, le long du voyage, beaucoup sont confrontés aux dangers de la traite, des abus et de la famine; et, en arrivant à leur destination, au lieu de trouver un refuge, la solidarité, la compassion et la générosité, les hommes, les femmes, les enfants, et même les bébés sont confrontés à la discrimination, au racisme, au nationalisme extrême, à la suspicion, à la méfiance, aux vides juridiques et au manque de politiques claires pour réguler leur acceptation.

Troisièmement, il a mis l’accent sur la nécessité d’un réseau international de collaboration pour répondre à la portée internationale du problème, parce que, comme il l’a noté lors de sa visite à l’île de Lesbos en avril, une solution peut être trouvée « seulement si nous travaillons ensemble ». Aucun pays, a-t-il commenté dans son message pour la Journée mondiale des migrants et des réfugiés en 2015, ne peut « seul, faire face aux difficultés liées à ce phénomène, qui est maintenant si répandu qu’il affecte tous les continents à travers le double mouvement de l’immigration et l’émigration ». Malgré les efforts généreux et louables de certains gouvernements, organisations non gouvernementales et organisations religieuses pour répondre à la nécessité, le pape François a souligné qu’ « une action plus décisive et constructive est nécessaire, une action qui repose sur un réseau universel de coopération, sur la base de la protection de la dignité et du caractère central de la personne humaine ».

Quatrièmement, il s’est concentré sur la nécessité de traiter les causes profondes de la crise de la migration et des réfugiés, en particulier les atrocités en cours au Moyen-Orient et la pauvreté endémique, la corruption, la violence et les problèmes environnementaux dans d’autres parties du monde. Il ne suffit pas de répondre aux urgences qui se présentent. Il doit y avoir, dit-il, un effort patient et persévérant  pour construire la paix par le dialogue et la réconciliation, afin que les gens puissent être en mesure de rester et de retourner dans leur pays d’origine et de vivre dans la paix et la sécurité. Cela implique d’assurer la primauté du droit, la défense des droits fondamentaux de l’homme, la protection des minorités, la prévention de la traite des êtres humains et la contrebande.

Cinquièmement, le pape François a souligné que l’opinion publique doit être « correctement formée » afin d’éviter, entre autres choses, « des peurs injustifiées et des spéculations préjudiciables aux migrants » (Message pour la Journée Mondiale des Migrants et des Réfugiés 2016). Il serait sans doute heureux que le programme d’aujourd’hui ait des tables-rondes sur l’élaboration du débat et sur le changement des récits, parce que souvent le cadre et le récit de la crise actuelle sont hostiles à ceux qui sont le plus dramatiquement atteints par celle-ci.

Sixièmement, il a appelé les communautés religieuses à augmenter leurs efforts pour accueillir, aider et protéger les réfugiés de toutes confessions et à travailler ensemble de façon plus concertée afin que le résultat puisse dépasser de loin la somme de leurs engagements et efforts individuels louables. La contribution des Églises et des communautés religieuses, a-t-il dit, est « indispensable » à la solution définitive.

Enfin, et plus poignant encore, il a souligné que dans une certaine mesure nous avons tous besoin de surmonter notre « désensibilisation » à l’ampleur du problème ou même notre indifférence pratique et de pleurer sur la situation actuelle : pleurez parce que beaucoup de nos mers sont devenues des tombes pour des mamans, des papas et des enfants; pleurez parce que beaucoup de chemins montagneux et désertiques sont devenus des lieux de sépulture, y compris pour les orphelins et les personnes âgées; pleurer parce qu’à cause du silence et de la complicité de beaucoup, un nombre incalculable de personnes et de familles avec des visages sont en train de mourir de faim, de suffocation, d’une violence indicible et de naufrages chaque jour.

Lorsque le pape François s’est rendu en juillet 2013 sur la petite île de Lampedusa, où plus de 25.000 personnes sont mortes au cours des 20 dernières années en essayant d’atteindre un refuge en sécurité, il a dit, dans l’une des homélies les plus inoubliables de son pontificat : « Ces frères et sœurs essayaient d’échapper à des situations difficiles et de trouver une certaine sérénité et la paix; ils étaient à la recherche d’un meilleur lieu pour eux-mêmes et leurs familles, mais ils ont trouvé la mort. Comme il arrive souvent que de telles personnes ne parviennent pas à trouver de la compréhension, ne parviennent pas à trouver l’acceptation, ne parviennent pas à trouver la solidarité !… Je voudrais demander : « Est-ce que quelqu’un parmi nous a pleuré à cause de cette situation ou d’autres situations semblables ? Est-ce que l’un de nous a déploré la mort de ces frères et sœurs ? Est-ce que l’un de nous a pleuré pour ces personnes qui se trouvaient sur le bateau ? Pour les jeunes mères portant leurs bébés ? Pour ces hommes qui cherchaient un moyen de soutenir leurs familles ? Nous sommes une société », a-t-il conclu, « qui a oublié comment pleurer, comment faire l’expérience de la compassion… la mondialisation de l’indifférence nous a oté notre capacité de pleurer  »

Quand il a visité Ciudad Juarez, à la frontière du Mexique et des États-Unis le 17 février, le pape a déclaré que ces larmes ne peuvent pas rester seulement celles de la compassion ou d’une immense tristesse. Il a dit qu’elles doivent devenir, pour nous tous et pour le monde, des larmes de repentir. En parlant non seulement aux catholiques mais aussi aux représentants d’autres groupes religieux, il a dit : « Demandons ensemble à notre Dieu le don de la conversion, le don des larmes, … [et] des coeurs ouverts [devant] les visages souffrants d’innombrables hommes et femmes », une conversion qui nous amènerait à travailler pour faire face efficacement à la crise qui devient plus dramatique et urgente aujourd’hui.

Je voudrais terminer avec quelque chose que le pape François a dit au camp de réfugiés de Lesbos. Parlant aux migrants qui ont eu la chance de survivre au passage perfide par terre et par mer pour se rendre sur l’île, il a dit: « Nous, chrétiens, nous aimons raconter l’histoire du bon Samaritain, un étranger qui a vu un homme dans le besoin et s’est immédiatement arrêté pour l’aider. Pour nous, c’est une histoire sur la miséricorde de Dieu qui est destinée à tout le monde… c’est également le commandement de montrer la même miséricorde à ceux qui sont dans le besoin ».

Dans ce récit évangélique, deux personnes de qui on pouvait s’attendre à ce qu’elles aident un homme juif qui avait été brutalement agressé et laissé mourant dans un fossé, plutôt que de s’arrêter, ont gardé leur distance et continué de marcher, jugeant tout ce qu’elles avaient sur leurs agendas ce jour-là beaucoup plus important que d’aider quelqu’un dans une situation désespérée, qui périrait sans assistance. Au contraire, de manière improbable, c’est un Samaritain, dont le peuple avait de nombreux et violents désaccords théologiques et politiques avec les Juifs, qui a traversé la route, sacrifié son temps, son argent et sa propre personne même afin d’essayer de sauver la vie de l’homme. Il est devenu, a expliqué Jésus, la réponse à la question : « Qui est mon prochain ? »

Le pape François a essayé de nous réveiller tous pour que nous reconnaissions qu’en raison de la crise désespérée de la migration et des réfugiés, le monde entier est devenu notre quartier, et qu’il est temps pour nous tous de traverser la route de toute urgence – et d’en entraîner d’autres avec nous.

 © Traduction de Zenit, Constance Roques

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