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Mgr Bernardito Auza @ Holy See Mission

Mgr Bernardito Auza @ Holy See Mission

Conflits armés : Mgr Auza demande que soient protégés les plus vulnérables

Il dénonce aussi les crises prolongées et les restrictions à la circulation des marchandises

Malgré les efforts du Conseil de Sécurité pour renforcer « le cadre de la protection des civils dans les conflits armés », a fait observer Mgr Auza, « les populations civiles paient clairement le prix le plus élevé ». Il a demandé que les efforts soient concentrés « sur la protection des plus vulnérables, en particulier les femmes, les enfants, les personnes âgées et les handicapés ». Il souhaite que le Conseil s’engage « à traduire les résolutions en mesures efficaces pour mieux protéger les civils dans les conflits ». « Nous leur devons bien cela », a-t-il conclu.

Mgr Bernardito Auza, nonce apostolique, observateur permanent du Saint-Siège, est intervenu lors du débat public du Conseil de sécurité sur la protection des civils dans les conflits armés, à New York, le 23 mai 2019. Il a souligné que « les crises prolongées, les restrictions à la circulation des marchandises et le refus de l’accès humanitaire ont tous des effets dévastateurs sur les populations civiles »

Les conflits d’aujourd’hui, a fait observer le représentant du Saint-Siège, « plus longs et fragmentés », impliquent toujours davantage des « groupes armés non étatiques qui, le plus souvent, agissent dans l’ignorance totale ou dans le non-respect absolu du droit et des principes humanitaires ». Il a dénoncé « la culture généralisée et croissante de l’impunité » et a demandé que soient mis en place « des mécanismes juridiques et des sanctions plus solides » afin de permettre « un changement de mentalité et de culture ».

Voici notre traduction de l’intervention de Mgr Auza.

HG

Intervention de Mgr Bernardito Auza

Je voudrais remercier l’Indonésie d’avoir organisé le débat public d’aujourd’hui sur la protection des civils dans les conflits armés.

Monsieur le Président,

Comme d’autres orateurs l’ont déjà fait observer, cette année marque le soixante-dixième anniversaire des quatre Conventions de Genève qui, ensemble, constituent la pierre angulaire du droit international humanitaire (DIH), et le vingtième anniversaire de la résolution 1265, adoptée précisément dans un contexte où le respect du DIH et des droits de l’homme s’effritait.

Deux décennies plus tard, la condamnation énergique des attaques délibérées contre des civils et les appels exhortant toutes les parties à un conflit armé à respecter strictement le droit international humanitaire sont plus pertinents et plus pressants que jamais, étant donné que de plus en plus de victimes dans les conflits armés sont des civils innocents. Si, au début des années 1900, le nombre de civils tués dans les conflits armés était d’environ 5 %, il dépassait 90 % dans les années 1990 pour les non-combattants. Les populations civiles paient clairement le prix le plus élevé.

Le rapport du Secrétaire général note que depuis l’adoption de la Résolution 1265 et des autres résolutions axées sur la protection qui ont suivi, l’attention et l’action du Conseil de sécurité ont « renforcé le cadre de la protection des civils dans les conflits armés et sauvé d’innombrables vies » (1) Le même rapport, cependant, ainsi que d’autres sources d’information, nous montrent que beaucoup reste à faire pour assurer la protection des civils et des intervenants humanitaires. Pour répondre à ce besoin, les récents mandats de maintien de la paix ont explicitement inclus la protection des civils, la prévention de la violence sexuelle dans les conflits et le strict respect du droit international humanitaire et des droits de l’homme. De plus, l’attention accrue accordée à la formation préalable au déploiement et à l’entraînement adapté au contexte a amélioré la capacité opérationnelle et les performances des casques bleus.

Monsieur le Président,

Une grande partie du problème – mais pas tout le problème – est que les conflits d’aujourd’hui sont plus longs et fragmentés. Ils impliquent aussi de plus en plus fréquemment l’engagement de groupes armés non étatiques qui, le plus souvent, agissent dans l’ignorance totale ou dans le non-respect absolu du droit et des principes humanitaires. Au contraire, les endroits où les civils devraient se sentir en sécurité sont visés : les écoles sont la cible de tirs ; les hôpitaux, le personnel médical et les patients sont attaqués ; les lieux de culte, qui devraient être des havres de paix, deviennent des lieux de mort et de dévastation ; les attaques systématiques contre le patrimoine culturel deviennent des ‘armes de guerre’ ; des maisons sont détruites et des villages entiers sont réduits en cendres ; des femmes et des filles sont violées ; des enfants sont enlevés et forcés à rejoindre des groupes armés ; dans bien trop de pays des générations entières sont privées d’éducation et d’autres services essentiels, ce qui augmente les risques de perpétuer le cycle vicieux de la violence et du sous développement.

Monsieur le Président,

Les crises prolongées, les restrictions à la circulation des marchandises et le refus de l’accès humanitaire ont tous des effets dévastateurs sur les populations civiles. Elles sont prises au piège dans des conflits qu’elles n’ont pas choisis et sont forcées de fuir leur foyer et de vivre dans des camps où elles sont vulnérables aux maladies et exposées à toutes sortes d’abus. Même les travailleurs humanitaires et les volontaires sont de plus en plus souvent la cible d’attaques directes et intentionnelles, souvent rendues possibles par la vente et la prolifération illégales d’armes légères et de petit calibre. Quelle ironie que la nourriture et les fournitures médicales soient souvent entravées alors que les armes à feu et les munitions circulent librement. La culture généralisée et croissante de l’impunité empêche les parties belligérantes de respecter les règles de la guerre. Si des mécanismes juridiques et des sanctions plus solides étaient fermement mis en place, un changement de mentalité et de culture aurait au moins une chance de se développer et de s’épanouir.

Monsieur le Président,

Comme nous échouons à épargner à un grand nombre de personnes le fléau de la guerre, nous devons concentrer nos efforts sur la protection des plus vulnérables, en particulier les femmes, les enfants, les personnes âgées et les handicapés, ainsi que sur le respect des principes consacrés par les Conventions de Genève et les dispositions des résolutions du Conseil, par tous ceux qui participent aux conflits armés, acteurs publics et acteurs non publics . Le débat public d’aujourd’hui doit servir de preuve de l’engagement du Conseil à traduire les résolutions en mesures efficaces pour mieux protéger les civils dans les conflits. Nous leur devons bien cela.

Je vous remercie, Monsieur le Président.

  1. S/2019/373 du 7 mai 2019

© Traduit par Zenit, Hélène Ginabat

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