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Rencontre avec jeunes et personnes âgées, 23 oct. 2018 © Vatican Media

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Synode: comment partager sa foi avec ses petits-enfants ? Tendresse et prière

Le pape en dialogue avec des jeunes et des personnes âgées (2/6)

Comment partager sa foi avec ses enfants et ses petits-enfants alors qu’ils « sont parfois très critiques », « ils semblent rejeter leur éducation catholique » ? Le pape François conseille aux grands-parents : « beaucoup d’amour, beaucoup de tendresse, de compréhension, de témoignage et de patience. Et la prière, la prière. »

Le pape a ainsi répondu à la question d’un couple âgé de Malte, lors d’une rencontre avec des jeunes et des personnes âgées, à l’occasion de la sortie du livre « La Sagesse du Temps », où 250 seniors du monde entier livrent leurs histoires de vie. L’évènement a eu lieu à l’Institut Augustinianum de Rome.

« La foi doit toujours être transmise dans le dialecte : le dialecte de la maison, a affirmé le pape. Et aussi le dialecte de l’amitié, de la proximité, mais toujours dans le dialecte. Vous ne pouvez pas transmettre la foi avec le catéchisme : « lis le catéchisme et tu auras la foi ! »

MD

Tony et Grace Naudi, Malte, 71 et 65 ans, mariés depuis 43 ans

Saint-Père, je m’appelle Tony. Ma femme, Grace, et moi-même avons élevé une famille de 4 enfants, un fils et trois filles, et nous avons cinq petits-enfants, et un autre qui va arriver. Comme de nombreuses familles, nous avons donné à nos enfants une éducation catholique et nous avons tout fait pour les aider à vivre la Parole de Dieu dans leur vie quotidienne. Et pourtant, malgré nos efforts de parents pour leur transmettre la foi, les enfants sont parfois très critiques, ils nous contestent, ils semblent rejeter leur éducation catholique. Que devons-nous leur dire. Pour nous, la foi est importante. C’est douloureux pour nous de voir nos enfants et nos petits-enfants loin de la foi ou très pris par les choses plus mondaines ou superficielles. Donnez-nous une parole d’encouragement pour nous aider. Que pouvons-nous faire, comme parents et grands-parents, pour partager notre foi avec nos enfants et nos petits-enfants ?

Pape François

Il y a une chose que j’ai dite une fois, parce que cela m’était venu spontanément, sur la transmission de la foi : la foi doit être transmise « dans le dialecte ». Toujours. Le dialecte familial, le dialecte… Pensez à la maman de ces sept jeunes gens, dont nous lisons l’histoire dans le Livre des Macchabées : deux fois le récit biblique dit que la maman les encourageait « dans son dialecte », dans la langue maternelle, parce que la foi avait été transmise ainsi, la foi se transmet à la maison. Toujours. Ce sont justement les grands-parents, dans les moments les plus difficiles de l’histoire, ceux qui ont transmis la foi. Pensons aux persécutions religieuses du siècle dernier, dans les dictatures génocides que nous avons tous connues : c’étaient les grands-parents qui, en cachette, enseignaient à leurs petits-enfants à prier, la foi, et aussi ils les faisaient baptiser en cachette. Pourquoi pas les parents ? Parce que les parents étaient impliqués dans la philosophie du parti, des deux partis [naziste et comuniste] et, si l’on avait su qu’ils faisaient baptiser leurs enfants, ils auraient perdu leur travail, par exemple, ou ils auraient été victimes de persécutions. Une maître m’a raconté, une enseignante d’un de ces pays, que le lundi après Pâques ils devaient demander aux enfants : « Qu’avez-vous mangé hier à la maison ? », simplement, et pour ceux qui répondaient « des œufs, des œufs », ils devaient faire passer l’information pour que les parents soient punis. Ainsi, ils [les parents] ne pouvaient pas faire la transmission de la foi : c’étaient les grands-parents qui le faisaient. Et à ces moments de persécutions, ils ont eu une grande responsabilité pour cela, qu’ils ont assumée eux-mêmes, et ils avançaient ainsi, en cachette, avec les méthodes les plus élémentaires.

Je reprends : la foi doit toujours être transmise dans le dialecte : le dialecte de la maison. Et aussi le dialecte de l’amitié, de la proximité, mais toujours dans le dialecte. Vous ne pouvez pas transmettre la foi avec le catéchisme : « lis le catéchisme et tu auras la foi ! ». Non ? Parce que la foi, ce ne sont pas seulement les contenus, il y a la façon de vivre, d’évaluer, de se réjouir, d’être triste, de pleurer… : c’est toute une vie qui y mène. Et votre question est un peu – je me permets – semble un peu exprimer un sentiment de culpabilité : « Peut-être avons-nous échoué dans la transmission de la foi ? ». Non. On ne peut pas dire cela. C’est la vie. Au début, vous avez transmis la foi, mais ensuite on la vit et le monde fait des propositions qui enthousiasment les enfants lorsqu’ils grandissent et beaucoup s’éloignent de la foi parce qu’ils font un choix, pas toujours mauvais, mais très souvent inconscient, parmi les valeurs, ils entendent des idéologies plus modernes et ils s’éloignent. J’ai voulu m’arrêter sur cette description de la transmission de la foi pour dire ce que je pense. La première chose est de ne pas s’effrayer, de ne pas perdre la paix. La paix, toujours en parlant avec le Seigneur : « Nous avons transmis la foi et maintenant… » Paisibles. Ne jamais chercher à convaincre, parce que la foi, comme l’Église, ne grandit pas par prosélytisme, elle grandit par attraction – c’est une phrase de Benoît XVI – c’est-à-dire par le témoignage. Les écouter, bien les accueillir, les petits-enfants, les enfants, les accompagner en silence.

Il me vient à l’esprit une anecdote d’un syndicaliste – un dirigeant, un syndicaliste que j’ai connu – qui, à 20-21 ans, était tombé dans la dépendance de l’alcool. Il vivait seul avec sa maman, parce que la maman l’avait eu quand elle était très jeune. Il buvait. Et le matin, il voyait sa maman sortir pour aller travailler : elle travaillait en lavant les nappes, les chemises, comme on les lavait à cette époque, sur une planche en bois. Elle travaillait toute la journée, et le fils, là… Et lui, il voyait sa maman, mais il faisait semblant de dormir – il n’avait pas de travail à une époque où il y avait beaucoup de travail – et il regardait sa maman qui s’arrêtait, qui le regardait avec tendresse et qui partait travailler. Cela l’a fait craquer : ce silence, cette tendresse de sa maman a fait craquer toutes ses résistances et un jour il lui a dit : « Non, cela ne peut pas aller », il s’est mis au travail, il a mûri et a fondé une bonne famille, a eu une bonne carrière… Silence, tendresse… Silence qui accompagne, pas le silence qui accuse, non, celui qui accompagne. C’est une vertu des grands-parents. Nous avons vu beaucoup de choses dans la vie que si souvent seulement le silence bon, chaleureux, peut aider.

Et puis si on se demande quelles sont les causes de cet éloignement, il y a toujours une seule cause qui ouvre les portes aux idéologies : les témoignages négatifs. Pas toujours en famille, non, la plupart sont les témoignages négatifs de gens d’Église : des prêtres névrosés, ou des gens qui disent être catholiques et qui mènent une vie double, incohérente, le fait de chercher à l’intérieur des communautés chrétiennes des choses qui ne sont pas des valeurs chrétiennes. Ce sont toujours les témoignages négatifs qui éloignent de la vie [de foi]. Et puis les personnes qui reçoivent ces exemples négatifs accusent. Elles disent : « J’ai perdu la foi parce que j’ai vu ceci et cela… » Et elles ont raison. Et il faut seulement un autre témoignage, celui de la bonté, de la douceur, de la patience, le témoignage qu’a donné Jésus dans sa Passion, quand il souffrait et qu’il était capable de toucher le cœur.

Aux parents et aux grands-parents qui ont cette expérience, je conseille beaucoup d’amour, beaucoup de tendresse, de compréhension, de témoignage et de patience. Et la prière, la prière. Pensez à sainte Monique : elle a vaincu par ses larmes. Elle était courageuse. Mais ne jamais discuter, jamais, parce que c’est un piège : les enfants veulent entraîner leurs parents dans les discussions. Non. Il vaut mieux dire : Je ne sais pas comment répondre à cela, cherche ailleurs, mais cherche, cherche… » Toujours éviter la discussion directe, parce que cela éloigne. Et toujours le témoignage « dans le dialecte », c’est-à-dire avec ces caresses qu’ils comprennent. Voilà.

© Traduction de Zenit, Hélène Ginabat

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