Le Cardinal Pietro Parolin © Vatican Media

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À l’ONU, le cardinal Parolin : « La paix, la justice et la vérité » doivent guider la diplomatie

Intervention du cardinal secrétaire d’État lors du débat général de la 81e session de l’Assemblée générale des Nations Unies

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New York, 26 septembre 2026 — S’exprimant devant l’Assemblée générale des Nations unies à l’occasion du débat général de sa 81e session, qui s’est tenu à New York du 22 au 28 septembre 2026, le cardinal Pietro Parolin a présenté la paix, la justice et la vérité comme les repères essentiels de la diplomatie. Il a appelé la communauté internationale à renouer avec le dialogue, à défendre la dignité de chaque personne et à renforcer le multilatéralisme face aux conflits et aux nouvelles menaces. Nous publions ci-dessous l’intervention du cardinal, secrétaire d’État du Saint-Siège.
Pour faciliter la lecture de cette longue intervention, des intertitres ont été ajoutés par la rédaction.

 

« Rétablir la confiance, gérer la transformation : une Organisation des Nations Unies au service de tous »

Monsieur le Président,

J’ai l’honneur de vous transmettre, ainsi qu’aux éminents représentants des nations ici réunis, les salutations chaleureuses de Sa Sainteté le pape Léon XIV, tout en félicitant Votre Excellence pour votre élection à la présidence de cette éminente Assemblée.

Dans un monde marqué par des mutations technologiques rapides, des menaces environnementales, la résurgence de conflits et l’aggravation des fractures au sein de l’ordre international, le thème de cette année, « Restaurer la confiance, gérer la transformation : une Organisation des Nations Unies au service de tous », n’est pas seulement une aspiration ; c’est un impératif moral et politique urgent.

Toute institution internationale, au-delà de son cadre juridique, a besoin de la confiance mutuelle de ses membres pour être efficace. De plus, la confiance est un processus continu. Elle se nourrit du respect mutuel et du dialogue, et exige un engagement sans faille envers les valeurs de dignité humaine et de justice sur lesquelles reposent les institutions multilatérales. Malheureusement, les relations internationales d’aujourd’hui sont

caractérisées par un manque de confiance croissant entre les acteurs, notamment en raison du non-respect du principe pacta sunt servanda. Cela conduit souvent à l’isolement et à des attitudes défensives, susceptibles d’engendrer de nouvelles tensions. Cela crée également un cercle vicieux qui réduit considérablement les possibilités d’établir des relations solides et alimente un système de menaces réciproques fondé sur l’illusion selon laquelle la force engendre le pouvoir.

À cet égard, les États devraient aller au-delà des intérêts nationaux et économiques et mettre en place des discussions et des décisions communes qui accordent la priorité à la promotion du bien commun, centré sur la dignité donnée par Dieu à chaque personne humaine.

Paix, justice et vérité : les repères de la diplomatie

Le pape Léon XIV identifie trois mots essentiels qui doivent guider la diplomatie : paix, justice et vérité. Soulignant leur interdépendance, il met en garde contre le retour d’une diplomatie de la force et réaffirme le rôle indispensable des institutions multilatérales. [1] En effet, dans sa première lettre encyclique Magnifica Humanitas, le Pape a souligné qu’« il est urgent de passer de la “culture du pouvoir” à une véritable “culture de la négociation”, dans laquelle le dialogue et la diplomatie deviennent les moyens habituels de résolution des conflits. […] Dans les relations internationales, le dialogue est un outil diplomatique irremplaçable pour prévenir les conflits et rétablir les liens de confiance. Face aux déclarations impulsives, à la rhétorique agressive et à la politique de puissance qui caractérisent notre « époque », la vocation de la diplomatie est de favoriser le dialogue avec toutes les parties, y compris les interlocuteurs considérés comme moins « convenables » ou jugés non légitimes pour négocier. Il convient donc de faire preuve d’autant d’humilité et de patience que possible afin de cultiver les signes de bonne volonté, même les plus ténus, parmi les parties en conflit, de manière à faire avancer le processus de paix. »[2]

La dignité humaine au cœur du progrès

Monsieur le Président,

À une époque qui risque de réduire la personne à un simple consommateur, à des données ou à un instrument, le pape Léon XIV insiste sur le fait que la personne humaine reste la mesure de tout progrès. Au cœur de cette conviction se trouve la reconnaissance de la dignité inviolable, donnée par Dieu, de chaque personne humaine. Cette dignité n’est pas conférée par l’État, par la productivité économique ou par la capacité technologique ; elle est intrinsèque, enracinée dans le fait que chaque personne est voulue et aimée par Dieu. De là découle le caractère sacré de la vie, de la conception à la mort naturelle, ainsi que l’impératif de sauvegarder la personne humaine, que toute société aspirant à être considérée comme civilisée a le devoir de protéger.

La dignité du travail y est étroitement liée. En effet, le travail n’est pas seulement un moyen de production, mais une participation irremplaçable à l’œuvre créatrice de Dieu et un chemin vers l’épanouissement personnel et la solidarité sociale. Des conditions de travail indignes, la précarité de l’emploi, l’exploitation des travailleurs et l’exclusion des personnes dans le besoin détruisent l’espoir, fracturent les sociétés et alimentent les conflits. Dans cette perspective, la justice économique devient une condition préalable à la paix.

L’intelligence artificielle au service de la personne

Nulle part ce défi anthropologique n’est plus aigu que dans le domaine de l’intelligence artificielle. Le pape Léon XIV a abordé, dans sa première lettre encyclique, ce nouveau défi technologique, qu’il ne rejette pas mais pour lequel il appelle à une réglementation éthique. Le contrôle de ces puissants outils ne doit pas rester entre les mains d’une poignée de privilégiés ; ce sont eux qui doivent servir l’humanité, et non l’inverse. En particulier, le développement des systèmes d’armes autonomes létales (LAWS) soulève de profondes questions morales. Dans ce domaine critique, le pape Léon XIV fournit des critères clairs de discernement : « Le premier de ces critères concerne la responsabilité personnelle. Lorsqu’une décision de frapper devient automatisée ou opaque, le risque d’abdiquer sa responsabilité s’accroît. C’est pourquoi la chaîne de responsabilité doit être identifiable et vérifiable ; ceux qui conçoivent, forment, autorisent et utilisent la technologie doivent être tenus pour responsables de leurs décisions. Le deuxième critère concerne le délai moral pour porter un jugement. Si l’IA tend à accélérer les processus décisionnels, la rapidité et l’efficacité ne doivent jamais être la motivation suprême des décisions irréversibles prises dans le contexte de la guerre. Le troisième critère est l’identification et la protection des civils. Toute technologie qui facilite les attaques sans voir le visage des êtres humains abaisse le seuil moral du conflit. La sélection des cibles et le recours à la force ne doivent pas confondre combattants et non-combattants, ni ignorer l’impact sur les populations sans défense. Ces critères donnent lieu à certaines exigences non négociables. Premièrement, tous les systèmes utilisés en situation de guerre doivent garantir la possibilité de retracer et de reconstituer les processus décisionnels, afin que la responsabilité et la culpabilité ne soient pas répercutées sur « la machine » . Deuxièmement, la

décision de recourir à la force létale ne peut être déléguée à des processus opaques ou automatisés, mais doit rester sous un contrôle humain effectif, conscient et responsable. Enfin, il est impératif d’établir un cadre commun — y compris au niveau international — afin de freiner la course à l’armement technologique et d’assurer une protection solide aux civils ainsi qu’aux infrastructures nécessaires à leur survie. »[3]

Chaque fois que l’intelligence artificielle est en jeu, il ne suffit donc pas d’invoquer une éthique générique ; il est au contraire essentiel de la libérer des logiques de domination, d’exclusion et de mort. La technologie doit respecter « la primauté de la personne humaine, afin de garantir que ce soit toujours l’intelligence humaine, avec sa conscience et sa liberté, qui guide les innovations techniques et en détermine de manière responsable l’usage et les limites. » [4] L’IA peut contribuer à rétablir la confiance si elle n’est pas en mesure de causer du tort, mais si la fiabilité, la sécurité et le contrôle humain sont garantis. En effet, les avancées technologiques, qui s’accompagnent d’un accroissement des vulnérabilités, ne manqueront pas d’exacerber la méfiance et d’entraîner un niveau de risque inacceptable.

Dans le cadre de la réflexion proposée par Magnifica Humanitas, le Saint-Siège considère avec une préoccupation particulière le phénomène des dépendances qui, sous leurs diverses formes, peuvent porter atteinte à la liberté de la personne et favoriser des dynamiques qui exploitent la vulnérabilité humaine. [5] Comme le fait remarquer le pape Léon XIV, « lorsque des modèles économiques prospèrent sur la faiblesse humaine, la personne est traitée comme un moyen plutôt que comme une fin ». [6]

Cette préoccupation est particulièrement vive en ce qui concerne la drogue et d’autres formes de dépendance, qui constituent un grave défi pour la dignité de la personne humaine, pour les jeunes, les familles et le tissu social dans son ensemble. [7] Le Saint-Siège estime donc important de promouvoir des « réponses globales »,[8] fondées sur la prévention communautaire, les soins scientifiques, une justice à visage humain, et orientées vers l’accompagnement, la présence et la reconstruction du tissu communautaire, ainsi que vers le rétablissement et la réinsertion des personnes touchées.[9] Parallèlement, il est nécessaire de s’attaquer résolument aux réseaux criminels et aux intérêts qui alimentent ce phénomène. [10]

En ce sens, la coopération internationale peut contribuer à rétablir la confiance en établissant des normes et des politiques communes et, surtout, en apportant des réponses concrètes qui soutiennent les membres les plus défavorisés de la société. Il est nécessaire de « multiplier les lieux de guérison, de rencontre et d’éducation »,[11] afin qu’aucune personne ne soit jamais considérée comme perdue.

La paix, fruit de la justice

Monsieur le Président,

Depuis quelques années déjà, le monde est pris dans une spirale de violence qui ne cesse de s’étendre et de s’intensifier, ouvrant sans cesse de nouveaux théâtres de guerre. Le Saint-Siège insiste fortement sur la nécessité urgente d’une cessation immédiate et totale des hostilités, condition préalable à tout engagement sérieux en faveur de la reconstruction et de l’édification de l’avenir.

Dans le même temps, il faut considérer, comme le souligne le pape Léon XIV, que la paix n’est pas un mot « négatif », c’est-à-dire la simple absence de guerre. Il observe que, trop souvent, la paix est considérée comme un répit temporaire entre deux conflits, alors que l’on vit dans un « état de conflit » constant à tous les niveaux des relations humaines. La paix est d’abord un don — le don du Christ ressuscité —, mais un don actif et exigeant. Elle se construit dans le cœur de chaque personne et fait partie intégrante de la mémoire collective de chaque communauté, ainsi que du patrimoine de l’humanité. Elle exige vérité et justice, tout en rejetant l’orgueil et la rancune, en choisissant des paroles et des actes qui apaisent plutôt que de blesser.[12]

De plus, comme l’a affirmé le pape Paul VI : « Une paix qui ne résulte pas d’un véritable respect de l’homme n’est pas une vraie paix. Et comment appelons-nous ce sentiment sincère envers l’homme ? Nous l’appelons justice. »[13] La paix est le fruit de la justice. Elle exige la construction patiente de relations justes au sein des nations et entre elles. Elle exige des décisions visant à s’attaquer aux causes profondes des conflits : les inégalités, l’exclusion, le déni des droits et libertés fondamentaux de l’homme, et l’incapacité à reconnaître l’autre comme un frère ou une sœur plutôt que comme un rival.

Dans l’effort visant à rétablir la confiance et la paix, le désarmement n’est donc pas un idéal facultatif, mais un moyen nécessaire. Aucune paix véritable n’est possible sans une volonté commune et sincère de désarmement ; le droit légitime de chaque peuple à assurer sa propre défense ne doit pas dégénérer en une course au réarmement massif. [14]La conception dominante de la sécurité, qui repose principalement sur la dissuasion

et la domination militaire, n’est ni inévitable ni exhaustive. Une autre approche de la sécurité est possible : celle qui prend en compte l’impact des politiques sur la vie et la dignité humaines et qui se fonde sur la coopération multilatérale et la responsabilité envers le bien commun et les générations futures. Cette approche offre un fondement bien plus crédible pour la stabilité internationale à long terme que celle qui repose sur la menace perpétuelle d’anéantissement.

Elle exige également la protection des civils dans les conflits armés et la fourniture d’une aide humanitaire. Le droit international humanitaire n’est pas un instrument souple ou facultatif subordonné à la convenance militaire ; il s’agit d’un engagement contraignant pour les États. Le pape Léon XIV a clairement déclaré qu’il n’est pas possible « d’ignorer que la destruction d’hôpitaux, d’infrastructures énergétiques, de logements et de lieux essentiels à la vie quotidienne constitue une grave violation du droit international humanitaire.

Le Saint-Siège réitère fermement sa condamnation de toute forme d’implication de civils dans des opérations militaires. »[15]

Défendre les droits et la liberté religieuse

Monsieur le Président,

La dignité de la personne trouve son expression concrète dans les droits et libertés fondamentaux de l’homme, qui « sont inviolables, car ils sont inhérents à la personne humaine et à la dignité humaine. Par conséquent, ils sont universels et inaliénables. Précisément parce qu’ils sont fondés sur la dignité commune de chaque homme et de chaque femme. » [16] Ces droits sont universels, interdépendants et ancrés dans le droit naturel ; ils ne constituent pas une concession de la part d’un gouvernement quelconque. Une attention particulière doit être accordée aux catégories de personnes les plus vulnérables : les enfants à naître, les personnes âgées, les personnes handicapées, les malades, les réfugiés et les migrants, les chômeurs, les personnes marginalisées, les personnes seules et celles vivant dans des conditions d’extrême pauvreté, de violence ou de conflit.

Parmi ces droits fondamentaux, la liberté religieuse occupe une place privilégiée. Il ne s’agit pas d’une liberté secondaire, mais d’une dimension essentielle de la personne humaine. Comme l’a affirmé le pape Benoît XVI, la liberté religieuse « est en effet le premier des droits de l’homme, non seulement parce qu’elle a été historiquement la première à être reconnue, mais aussi parce qu’elle touche à la dimension constitutive de l’homme, à sa relation avec son Créateur. [17]Sans la possibilité de rechercher et d’adhérer à la vérité sur Dieu selon les dictats de la conscience, les autres libertés restent incomplètes. Le plein respect de la liberté religieuse est indispensable à la purification du cœur nécessaire à la paix.[18]

Malheureusement, dans de nombreuses régions du monde, les chrétiens continuent de subir des discriminations, des violences et des persécutions ouvertes, simplement en raison de leur foi. Des églises sont attaquées, des communautés déplacées, et des personnes tuées ou emprisonnées. Tout en condamnant toutes les formes de discrimination religieuse, le Saint-Siège élève la voix au nom de ces frères et sœurs, non pas dans un esprit de défense exclusive, mais parce que la défense de la liberté d’une communauté quelconque renforce la liberté de tous. Le silence face à de telles souffrances serait une trahison de la mission de l’Église et des droits humains universels que la communauté internationale s’est engagée à défendre.

De plus, la dignité ne dépend ni de la situation géographique ni du statut socio-économique. Ceux qui se déplacent, ou sont contraints de se déplacer, conservent toujours leur dignité. Il est essentiel de continuer à s’attaquer aux causes profondes afin que la migration redevienne un choix plutôt qu’une nécessité imposée par les circonstances. Il est important de ne pas ignorer le sort de ceux qui cherchent refuge, de ceux qui sont déplacés de force hors de leur patrie et de ceux qui entreprennent des voyages périlleux.

Face aux conflits, le chemin du dialogue

Monsieur le Président,

Le temps qui passe ne rend pas une guerre moins intolérable ; au contraire, il rend d’autant plus grave la responsabilité de ceux qui peuvent y mettre fin ou contribuer à y mettre fin. Après plus de quatre ans de guerre en Ukraine, le nombre de victimes ne cesse d’augmenter. Face à cette tragédie, le Saint-Siège, tout en appelant au strict respect du droit international humanitaire, souligne la nécessité urgente de mettre un terme aux hostilités et d’ouvrir la voie à la diplomatie. La paix ne peut être reportée ; les armes doivent se taire et les bombardements doivent cesser. Le Saint-Siège encourage toute initiative visant à parvenir à un cessez-le-feu immédiat, complet et effectif.

Le Saint-Siège réitère son appel à la fin des violences en cours contre la population civile palestinienne en Cisjordanie, en particulier l’escalade des hostilités, les démolitions de maisons et les restrictions de circulation, qui entraînent le déplacement de communautés palestiniennes.

Concernant la situation à Gaza, le Saint-Siège reste préoccupé par la grave crise humanitaire, les destructions généralisées, les déplacements massifs de population et les pénuries sévères et persistantes. À cet égard, le Saint-Siège exhorte la communauté internationale à œuvrer en faveur de la solution à deux États, en vue d’instaurer une paix juste et durable.

Le Saint-Siège se félicite de la signature de l’accord-cadre trilatéral entre les États-Unis, Israël et le Liban, visant à stabiliser les frontières méridionales de la République libanaise et à instaurer une paix juste et durable. Cet accord constitue en soi une avancée significative. Toutefois, le Saint-Siège exprime de vives préoccupations quant aux difficultés rencontrées dans sa mise en œuvre et appelle les parties concernées à respecter pleinement et à appliquer les termes de l’accord par des actions concrètes.

Le respect de la souveraineté et des frontières constitue le fondement essentiel de la mise en œuvre du plan de paix.

En outre, la présence des chrétiens au Liban et dans tout le Moyen-Orient doit non seulement être préservée en tant que prolongement légitime d’une présence historique, mais elle doit également être encouragée par la communauté internationale, car les chrétiens aspirent à être une force active de paix, de spiritualité et de culture au sein de la mosaïque des peuples qui composent le Levant, berceau de la foi chrétienne.

Le Saint-Siège suit avec une profonde inquiétude la situation dans la région du Golfe, où le conflit s’est progressivement étendu et où la violence ne montre aucun signe d’apaisement. En particulier, le Saint-Siège ne peut rester silencieux face à l’impact dramatique que ce conflit a sur les populations civiles vulnérables, qui sont confrontées à la faim et à des déplacements forcés, et qui vivent dans des conditions à peine supportables. Ce conflit a également affecté des infrastructures vitales, des voies de transport maritimes et des ressources énergétiques d’importance stratégique pour l’ensemble de l’économie mondiale, ce qui a des répercussions sur les moyens de subsistance des personnes partout dans le monde. Le Saint-Siège réitère avec force son appel aux parties concernées afin qu’elles trouvent le courage de s’engager dans le dialogue. Seul un engagement renouvelé en faveur de la négociation, soutenu par la communauté internationale, peut redonner à la région du Golfe la perspective d’une paix stable et d’un développement partagé.

La communauté internationale ne doit pas oublier le sort tragique des centaines de milliers de Rohingyas qui, depuis plus de neuf ans maintenant, souffrent non seulement de la tragédie de l’apatridie, mais sont également soumis à des conditions inhumaines et mortelles. Ces personnes sont privées de leurs droits inaliénables, au mépris flagrant de leur dignité humaine. Leurs souffrances doivent cesser ! Les conditions doivent être créées sur leur territoire d’origine pour permettre un retour sûr, légal, volontaire et sans entrave.

Le Saint-Siège renouvelle son appel sincère en faveur d’une fin immédiate du conflit au Soudan, une terre qui est depuis trop longtemps ravagée par une violence aveugle touchant les plus vulnérables, à commencer par les enfants et les femmes. Face à une catastrophe humanitaire sans précédent, toutes les parties sont exhortées à engager sans délai un dialogue sincère et constructif, avec le soutien de la communauté internationale, afin de faciliter l’aide à la population et d’assurer la stabilité et la paix.

Le Saint-Siège en appelle à toutes les personnalités politiques sud-soudanaises de premier plan pour qu’elles fassent passer le bien-être de la nation avant tout intérêt partisan. Chacun, en fonction de ses propres responsabilités, est appelé à promouvoir des actions et des discours qui contribuent à la réconciliation, à la paix et à l’harmonie entre tous les Sud-Soudanais.

Le Saint-Siège suit avec une profonde inquiétude la crise humanitaire qui sévit actuellement dans certaines régions de Somalie, où les flambées de violence et les phénomènes météorologiques extrêmes aggravent les conditions de vie déjà précaires de la population. Le Saint-Siège exhorte la communauté internationale à s’engager généreusement à répondre aux besoins immédiats des personnes les plus vulnérables, en particulier les femmes et les enfants.

La situation en République démocratique du Congo préoccupe le Saint-Siège, en particulier la crise prolongée dans l’est du pays et l’épidémie d’Ebola. Tout en exprimant son soutien total aux processus de paix dans le pays, le Saint-Siège encourage le dialogue national,

et appelle à la protection urgente des professionnels de santé et des travailleurs humanitaires, à un accès sans entrave à l’aide, ainsi qu’au renforcement de la coopération régionale afin de relever ces défis de manière intégrée. Une importance particulière doit être accordée à la réconciliation entre les communautés, car elle constitue une condition indispensable à une paix véritablement durable. En outre, le Saint-Siège est préoccupé par les attaques terroristes, notamment dans le Nord-Kivu et en Ituri, qui visent de manière répétée la population civile, y compris les communautés chrétiennes, et se traduisent par des meurtres, des enlèvements et la destruction de villages et d’édifices religieux.

Le Saint-Siège note avec inquiétude l’avancée des groupes djihadistes depuis le Sahel vers les pays côtiers du golfe de Guinée. La réponse ne peut être exclusivement militaire : elle doit inclure la prévention de la radicalisation, le développement des zones frontalières, l’éducation des jeunes, la cohésion sociale et le dialogue interreligieux, en valorisant pleinement le rôle des communautés religieuses dans la prévention de l’extrémisme.

La province de Cabo Delgado, au Mozambique, reste déstabilisée après près de neuf ans de conflit armé. Tout en appelant à la fin du conflit, le Saint-Siège reste préoccupé par les épisodes sporadiques de violence qui empêchent les personnes déplacées à l’intérieur du pays de retourner dans leurs lieux d’origine et les contraignent à continuer de vivre dans une situation de souffrance et d’insécurité alimentaire, sans perspective d’un avenir meilleur.

Au Venezuela, le Saint-Siège encourage tous les efforts visant au rétablissement complet de l’ordre démocratique par des moyens pacifiques et inclusifs qui respectent la souveraineté nationale, ainsi que le lancement d’un processus de réconciliation nationale fondé sur le dialogue, la recherche du bien commun et le plein respect des droits de l’homme et des libertés civiles.

Dans ce contexte, la situation parfois difficile à laquelle sont confrontés les détenus au Venezuela, ainsi que les souffrances endurées par leurs familles, continuent de susciter des préoccupations humanitaires et ne doivent pas être négligées. Il en va de même pour le besoin urgent d’un redressement rapide de l’économie nationale, au bénéfice de l’ensemble de la population, dont la majorité continue de subir des conditions de vie extrêmement difficiles.

Le Saint-Siège continue de suivre avec une grande attention la situation en Haïti ; le pays traverse actuellement une période de grave instabilité politique, institutionnelle et sociale, ainsi qu’une crise humanitaire dramatique. Le Saint-Siège encourage tous les Haïtiens à privilégier le dialogue et la recherche du bien commun, et renouvelle son appel à la communauté internationale pour qu’elle accompagne le pays avec détermination et générosité dans son parcours ardu vers la paix, la démocratie et une confiance renouvelée en son avenir.

Le Saint-Siège suit de près la situation entre Cuba et les États-Unis et appelle tous les responsables à favoriser un dialogue sincère et efficace, afin d’éviter toute action susceptible d’accroître les souffrances du cher peuple cubain.

Le Saint-Siège suit avec une inquiétude particulière la situation au Nicaragua et réitère son appel constant en faveur d’une voie de dialogue respectueux et constructif avec les autorités du pays, pour le bien du peuple et de l’Église au Nicaragua.

Le Saint-Siège encourage l’Azerbaïdjan et l’Arménie à consolider le processus visant à instaurer une paix stable et durable dans le Caucase du Sud.

Pour un multilatéralisme renouvelé

Monsieur le Président,

Revenons donc au thème de cette année. Le multilatéralisme est en crise. Le pape François a écrit : « Il n’est pas utile de confondre le multilatéralisme avec une autorité mondiale concentrée entre les mains d’une seule personne ou d’une élite disposant d’un pouvoir excessif : “Lorsque nous parlons de la possibilité d’une forme d’autorité mondiale régie par le droit, nous ne devons pas nécessairement penser à une autorité personnelle”. Il s’agit avant tout d’« organisations mondiales plus efficaces, dotées du pouvoir de veiller au bien commun mondial, à l’élimination de la faim et de la pauvreté, ainsi qu’à la défense certaine des droits fondamentaux de l’homme »[19]. Comme l’a observé le pape Léon XIV dans son discours du 9 janvier 2026 devant le corps diplomatique : « Une diplomatie qui favorise le dialogue et recherche le consensus entre toutes les parties est en train d’être remplacée par une diplomatie fondée sur la force, qu’elle soit exercée par des individus ou par des groupes d’alliés. La guerre est de nouveau à la mode et la soif de guerre se répand. Le principe établi après la Seconde Guerre mondiale, qui interdisait aux nations

de recourir à la force pour violer les frontières d’autrui, a été complètement sapé. » [20]La paix n’est plus recherchée comme un don et un bien souhaitable en soi, mais comme une réalité imposée par les armes. Cela menace gravement l’État de droit, qui est le fondement de toute coexistence civile pacifique.

Pourtant, la crise du multilatéralisme n’en diminue pas l’importance. Comme dans toute crise, c’est en fin de compte une question de volonté : la volonté de faire prévaloir la justice plutôt que de recourir à la violence ; la volonté de faire respecter l’État de droit plutôt que de se soumettre à la domination ; la volonté de choisir la paix plutôt que la destruction. Les Nations Unies sont nées des cendres d’une catastrophe mondiale avec cette détermination même d’en prévenir d’autres à l’avenir, de sauvegarder la paix, de défendre les droits fondamentaux de l’homme et de promouvoir le développement durable. Quatre-vingts ans plus tard, elles doivent s’adapter aux réalités contemporaines tout en restant fidèles à leurs objectifs fondateurs. Elle doit devenir plus ciblée, plus efficace et davantage orientée vers l’unité de la famille humaine, plutôt que de laisser les divisions idéologiques prendre le dessus.[21]

Le Saint-Siège reconnaît les défis actuels auxquels sont confrontées les Nations Unies. L’initiative « UN80 », qui entre désormais dans sa phase de mise en œuvre, est un signe important de la volonté de l’Organisation de se livrer à un examen critique et d’entreprendre les changements nécessaires pour remplir plus efficacement ses objectifs. Le Saint-Siège salue cet effort et invite les États membres à jouer un rôle actif et constructif pour veiller à ce que la réforme soit guidée par un sens renouvelé des responsabilités envers le bien commun et la dignité de chaque être humain. « Le Saint-Siège soutient et accompagne ces efforts, tout en reconnaissant que les faiblesses actuelles de l’ONU et du système politique international révèlent la nécessité de réformes profondes. Il ne s’agit pas simplement d’ajustements techniques, car la crise des convictions et des valeurs, qui touche également les fondements éthiques des nations, rend plus difficile l’orientation du multilatéralisme vers le véritable bien commun. » [22]

Un multilatéralisme authentique exige un accord sur le sens des mots. Lorsque le langage est vidé de son contenu ou délibérément déformé, le dialogue devient impossible. Il exige un engagement commun envers le droit international, y compris le droit humanitaire. Il exige l’humilité de reconnaître qu’aucune nation, aussi puissante soit-elle, ne peut faire face seule aux défis de l’insécurité alimentaire, des migrations, des bouleversements technologiques, de la dégradation du climat et de l’environnement, ou encore à la menace des armes nucléaires ou autonomes. Par-dessus tout, il exige le rétablissement de la confiance — la confiance que les accords seront respectés, que les plus faibles ne seront pas abandonnés et que le bien commun primera sur la recherche d’un avantage unilatéral.

Le Saint-Siège reste attaché à ce travail patient, souvent peu médiatisé, de construction de ponts. Il le fait parce que la famille humaine est une, que chaque personne est dotée d’une dignité inviolable donnée par Dieu, et que la paix est possible lorsque la vérité et la justice occupent la place qui leur revient.

Monsieur le Président,

La transformation à laquelle le monde est confronté — technologique, géopolitique, sociale — n’attendra pas l’action ou l’inaction des Nations Unies. Que cette transformation élève la personne humaine ou qu’elle la rabaisse dépend des choix que nous ferons ensemble dans ces salles. Il est impératif de désarmer non seulement les armes, mais aussi la logique de domination ; de protéger les plus démunis ; de dire la vérité dans la charité ; et de reconstruire, par le dialogue et la solidarité, un ordre multilatéral qui soit véritablement au service de tous.

Puisse la communauté internationale, en tant que famille des nations, avoir le courage de rétablir la confiance, la sagesse de gérer la transformation avec justice et la persévérance nécessaire pour construire la paix. À cet égard, le Saint-Siège exhorte vivement toutes les parties à s’engager dans des négociations sincères afin de mettre fin à toutes les guerres et à tous les conflits. La guerre n’apporte que mort et destruction, tandis que la paix apporte développement et prospérité. Le Saint-Siège continuera à jouer son rôle dans la construction d’un avenir meilleur pour tous.

Merci.

Traduction réalisée par ZENIT

 

[1] Cf. le pape Léon XIV, Discours aux membres du corps diplomatique accrédités auprès du Saint-Siège, 16 mai 2025.

[2] le pape Léon XIV, Lettre encyclique Magnifica Humanitas, 221, 224.

[3] le pape Léon XIV, Lettre encyclique Magnifica Humanitas, 199-200.

[4] Ibid. 97.

[5] Cf. Ibid. 170.

[6] Ibid.

[7] Cf. Pape Léon XIV, Discours aux participants à la rencontre organisée par la Commission pontificale pour l’Amérique latine sur les situations liées à la dépendance en Amérique latine, 27 août 2026.

[8] Ibid.

[9] Cf. Ibid.

[10] Cf. le pape Léon XIV, Discours à l’occasion de la Journée internationale contre l’abus et le trafic illicite de drogues, 26 juin 2025.

[11] Ibid.

[12] Cf. le pape Léon XIV, Discours aux membres du corps diplomatique accrédités auprès du Saint-Siège, 16 mai 2025.

[13] Pape Paul VI, Message pour la célébration de la Journée de la paix, 1er janvier 1972.

[14] Cf. Pape Léon XIV, Discours aux membres du corps diplomatique accrédités auprès du Saint-Siège, 16 mai 2025.

[15] Pape Léon XIV, Discours aux membres du corps diplomatique accrédités auprès du Saint-Siège, 9 janvier 2026.

[16] Le pape Léon XIV, Lettre encyclique Magnifica Humanitas, n° 55.

[17] Le pape Benoît XVI, Discours aux membres du corps diplomatique accrédité auprès du Saint-Siège, 10 janvier 2011.

[18] Cf. Le pape Léon XIV, Discours aux membres du corps diplomatique accrédité auprès du Saint-Siège, 16 mai 2025.

[19] Pape François, Exhortation apostolique Laudate Deum, 35.

[20] Pape Léon XIV, Allocution aux membres du corps diplomatique accrédité auprès du Saint-Siège, 9 janvier 2026.

[21] Cf. Ibid.

[22] Pape Léon XIV, Lettre encyclique Magnifica Humanitas, 226.

 

 

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Rédaction Zenit

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