Dicastère Pour La Promotion De L'unité Des Chrétiens 

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Vatican – Communion protestante d’Europe : une pause dans le dialogue théologique

Les deux partenaires suspendent leurs échanges officiels pour deux ans afin d’évaluer le chemin parcouru et préparer une nouvelle étape

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(ZENIT News / Rome, 30 juin 2026) – Le Vatican et la Communion des Églises protestantes d’Europe ont convenu de suspendre leur dialogue théologique formel pour une durée d’environ deux ans. Cette décision ne signifie pas une rupture des relations œcuméniques, mais plutôt la reconnaissance partagée du fait que la recherche de l’unité chrétienne exige parfois une période de réflexion approfondie avant d’aller de l’avant. 

Le moratoire temporaire, annoncé dans une déclaration commune le 24 juin, a été discuté lors d’une réunion entre les représentants des deux délégations à Rome le 9 décembre 2025, et ratifié par la suite par le Conseil de la Communion lors de sa réunion à Doorn, aux Pays-Bas, le 29 mai 2026. 

Loin de signifier la fin de la coopération, les deux parties ont souligné que cette pause vise à évaluer l’expérience acquise ces dernières années et à définir les conditions d’une reprise plus efficace du dialogue. Aucune date de reprise n’a encore été fixée, mais une nouvelle réunion est prévue en 2027 ou 2028 afin de déterminer le format futur des discussions. 

Cette annonce est importante car les relations entre le Dicastère pour la promotion de l’unité des chrétiens et la Communion des Églises protestantes en Europe ont permis des progrès théologiques substantiels, malgré l’absence d’avancées spectaculaires. Selon la déclaration conjointe, les discussions ont approfondi la compréhension mutuelle, permis aux deux parties de formuler d’importantes prises de position théologiques communes et contribué à identifier les points qui nécessitent encore des éclaircissements. 

Le dialogue a officiellement débuté après l’Assemblée générale de la Communion protestante qui s’est tenue à Bâle en 2018, dont l’objectif était de présenter à l’Église catholique un modèle œcuménique qui avait déjà transformé les relations au sein même du protestantisme européen. 

Ce modèle est issu de l’Accord de Leuenberg de 1973, l’une des réalisations œcuméniques les plus importantes du XXe siècle. Avant son adoption, les Églises luthérienne et réformée restaient séparées par des différends théologiques remontant à la Réforme du XVIe siècle, notamment sur la présence du Christ dans l’Eucharistie, la prédestination et certains aspects de la christologie. 

Au lieu de supprimer ces divergences doctrinales, l’accord de Leuenberg conclut qu’elles ne constituaient plus un motif de division de l’Église. De ce fait, les Églises membres établirent la pleine communion à la chaire et à l’autel, permettant aux pasteurs de prêcher au-delà des clivages confessionnels et aux fidèles de recevoir la sainte communion dans les assemblées des uns et des autres. Plus tard, les Églises méthodistes rejoignirent également cette communion. 

Aujourd’hui, la Communion des Églises protestantes d’Europe rassemble 96 Églises luthériennes, réformées, méthodistes et unies dans plus de 30 pays d’Europe et d’Amérique du Sud, représentant environ 40 millions de chrétiens protestants. Cependant, cette structure même, qui constitue l’un de ses plus grands succès œcuméniques, a également compliqué ses relations avec Rome. 

Contrairement à une dénomination unique, la Communion ne possède ni confession de foi unifiée ni autorité centrale. Elle fonctionne plutôt comme une communauté d’Églises se reconnaissant mutuellement, préservant leurs traditions théologiques et leurs systèmes de gouvernance distincts. Son principe directeur est souvent décrit comme « l’unité dans la diversité réconciliée ». 

Ce modèle ecclésial ne s’accorde pas facilement avec l’approche traditionnelle de l’Église catholique en matière de dialogue œcuménique, qui s’est généralement développée par le biais d’entretiens bilatéraux avec des instances confessionnelles clairement définies, telles que la Fédération luthérienne mondiale, la Communion anglicane ou les Églises orthodoxes. 

Rita Famos, la théologienne suisse qui dirige la Communion, a reconnu que cette divergence est à l’origine de l’impasse actuelle. Selon elle, les représentants catholiques soulèvent souvent une question fondamentale : qui la Communion représente-t-elle exactement ? Puisqu’elle regroupe les Églises luthérienne, réformée, méthodiste et unie, sans appartenir individuellement à aucune d’entre elles, son identité ne correspond pas aux catégories à travers lesquelles le Vatican a historiquement mené le dialogue théologique. 

Paradoxalement, ce que Rome a du mal à classer institutionnellement est précisément ce que la Communion considère comme sa caractéristique essentielle. Le mouvement protestant a été créé pour démontrer que des Églises aux traditions confessionnelles différentes peuvent conserver leur identité propre tout en partageant la communion ecclésiale. Présenter cette expérience comme une contribution possible au mouvement œcuménique plus large était l’une des ambitions initiales du dialogue. 

Par conséquent, cette pause ne se limite pas à un simple réajustement organisationnel. Elle souligne une question centrale pour l’œcuménisme moderne : comment concevoir l’unité chrétienne ? S’agit-il avant tout de communion entre les différentes Églises, d’une unité institutionnelle visible, ou d’une combinaison des deux ? Si les catholiques et de nombreuses communautés protestantes partagent un profond engagement à surmonter des siècles de division, ils abordent souvent cet objectif selon des cadres ecclésiologiques différents. 

Pour l’instant, aucune des deux parties ne semble disposée à abandonner le processus. La décision de suspendre les pourparlers officiels a été prise conjointement, et non unilatéralement, et les deux participants ont explicitement reconnu la valeur du travail déjà accompli. Dans l’histoire œcuménique, des périodes de réflexion ont souvent précédé de nouveaux progrès, permettant ainsi aux questions théologiques complexes de mûrir avant la reprise des négociations.

 

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Rédaction

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