Jeune homme prie

États-Unis : le surprenant retour du religieux chez les jeunes hommes

Une étude montre que la tendance historique en faveur des jeunes femmes s’inverse

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(ZENIT News / Rome, 16 avril 2026) – Après des décennies durant lesquelles les jeunes femmes ont systématiquement déclaré une religiosité plus forte que les hommes, de nouvelles données indiquent que cette tendance s’est non seulement estompée, mais aussi inversée. Les jeunes hommes apparaissent désormais comme le segment le plus dynamique dans un contexte plus large marqué par un déclin religieux. 

 

D’après les dernières données agrégées de Gallup pour la période 2024-2025, 42 % des hommes âgés de 18 à 29 ans déclarent que la religion est « très importante » dans leur vie. Cela représente une forte augmentation par rapport aux 28 % enregistrés seulement deux ans auparavant, ramenant ainsi ce groupe à des niveaux comparables à ceux observés au tournant du millénaire. En revanche, la situation des jeunes femmes est restée globalement stable, avec environ 30 % d’entre elles qui expriment le même niveau d’importance accordée à la religion. Il en résulte une inversion statistiquement significative de l’écart entre les sexes qui, pendant des années, penchait nettement dans l’autre sens. 

Au début des années 2000, les jeunes femmes étaient plus engagées religieusement que les jeunes hommes de neuf points de pourcentage, un écart qui s’est creusé jusqu’à seize points les années suivantes. Avec le temps, cependant, cette différence s’est progressivement réduite, pour atteindre une quasi-parité au début des années 2020. Les derniers chiffres ne se contentent pas de confirmer cette convergence ; ils annoncent un tournant. 

Ce renversement de tendance est particulièrement marqué chez les jeunes adultes. Aux États-Unis, chez les personnes de 30 ans et plus, les femmes continuent d’afficher une religiosité plus élevée que les hommes, perpétuant ainsi la tendance traditionnelle. Ce qui caractérise la situation actuelle n’est pas un regain général de ferveur religieuse, mais plutôt une anomalie générationnelle : les jeunes hommes vont à contre-courant. 

On observe la même dynamique dans les pratiques religieuses. Quarante pour cent des jeunes hommes déclarent désormais assister à des offices religieux au moins une fois par mois, soit une hausse de sept points depuis 2022-2023 et le niveau le plus élevé enregistré pour ce groupe depuis 2012-2013. La participation des jeunes femmes a également légèrement augmenté, atteignant 39 %, mais elle reste bien inférieure aux niveaux du début des années 2000. Il est à noter que la fréquentation des offices par les jeunes hommes est désormais très proche de celle des hommes plus âgés, tandis que les jeunes femmes s’en distinguent de plus en plus, non seulement des hommes, mais aussi des femmes plus âgées. 

L’identité religieuse, cependant, révèle une réalité plus nuancée. Si 63 % des jeunes hommes s’identifient à une tradition religieuse spécifique – un chiffre quasiment inchangé par rapport aux dernières années –, il marque une reprise après avoir atteint un point bas de 57 % en 2016-2017. Chez les jeunes femmes, ce taux a diminué pour s’établir à 60 %, poursuivant une tendance à la baisse progressive. L’écart est modeste mais persistant, les jeunes hommes conservant une légère avance depuis 2020-2021. 

Au sein de la population en général, la tendance reste à l’érosion. Les hommes et les femmes âgés font état de niveaux historiquement bas, voire quasi bas, d’importance accordée à la religion, d’appartenance et de pratique religieuse. Dans ce contexte, le regain d’intérêt observé chez les jeunes hommes apparaît moins comme un renouveau que comme une exception. 

Les données mettent en évidence une variable explicative importante : l’affiliation politique. L’analyse de la fréquentation des lieux de culte sous l’angle partisan révèle que la récente augmentation est étroitement liée aux jeunes Américains qui s’identifient au Parti républicain ou qui penchent pour celui-ci. Depuis 2022-2023, la fréquentation a progressé de sept points chez les jeunes hommes républicains et de huit points chez les jeunes femmes républicaines, contre une hausse plus modeste de trois points chez les jeunes hommes démocrates et une quasi-absence de changement chez les jeunes femmes démocrates. 

Ces évolutions sont amplifiées par les différences de composition politique entre les jeunes hommes et les jeunes femmes. Près de la moitié des jeunes hommes (48 %) se déclarent républicains ou proches du Parti républicain, contre 41 % qui se disent démocrates. Chez les jeunes femmes, la tendance est inverse : 60 % se disent démocrates, tandis que seulement 27 % se déclarent républicaines ou proches du Parti républicain. Par conséquent, le regain d’intérêt pour la religion chez les jeunes à tendance républicaine influence bien plus le parcours des jeunes hommes que celui des jeunes femmes. 

Il en ressort une interaction complexe entre religion, genre et identité politique. La montée de la religiosité chez les jeunes hommes ne semble pas résulter d’un changement culturel généralisé touchant toutes les catégories démographiques de manière égale. Elle reflète plutôt l’influence croissante d’un sous-groupe dont l’engagement religieux s’est intensifié au cours des dernières années, et plus particulièrement depuis la fin des années 2010. 

Il est difficile de déterminer si cette évolution représente une fluctuation temporaire ou le début d’un réalignement plus durable. Les données à long terme de Gallup, couvrant la période de 2000-2001 à nos jours, soulignent la volatilité des indicateurs religieux d’une génération à l’autre. Toutefois, si les tendances actuelles se maintiennent, elles pourraient modifier l’une des observations sociologiques les plus stables en matière de religion aux États-Unis : la tendance constante des femmes à déclarer un niveau de foi plus élevé que celui des hommes. 

Pour l’instant, tout porte à croire que le récit du déclin religieux aux États-Unis, bien que globalement exact, n’est plus uniforme. Un courant contraire se dessine, mené non pas par les institutions ou les croyants plus âgés, mais par une frange de jeunes hommes dont l’engagement renouvelé commence à redessiner le paysage religieux. 

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Jorge Enrique Mújica

Diplômé en philosophie de l’Athénée pontifical Regina Apostolorum à Rome, le P. Jorge Enrique Mújica, LC, est un collaborateur « chevronné » de la presse écrite et numérique sur les questions de religion et de communication. Sur son compte Twitter : https://twitter.com/web_pastor, il aborde les questions de Dieu et de l'internet et de l'Église et des médias : « evangelidigitalisation ».

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