Funérailles du séminariste Michael Nadi, enlevé et assassiné dans son séminaire du Bon Pasteur à Kaduna, au nord du Nigeria © AED

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NIGERIA : Discrimination revendiquée

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Un reportage de l’AED

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Les déclarations de lancien gouverneur de l’État de Kaduna assumant la discrimination contre les chrétiens fait scandale auprès des catholiques nigérians.

Un reportage de l’AED

 

Les chrétiens du Nigeria ont exprimé leur consternation et se sont déclarés choqués face à une vidéo de l’ancien gouverneur de l’État de Kaduna admettant que son parti, le All Progressives Congress (APC), avait l’habitude de pratiquer la discrimination religieuse.

La vidéo montre Nasir El-Rufai, qui a été à la tête de cet État pendant huit ans, s’adressant à un groupe de religieux musulmans, en présence de l’actuel gouverneur, Uba Sani, assis à côté de lui. Au cours de son discours, Nasir El-Rufai explique aux religieux musulmans pourquoi il n’avait pas inclus de chrétiens dans le gouvernement local.

« Ceux qui ne sont pas musulmans ne votent pas pour notre parti, du moins la plupart d’entre eux. Alors, pourquoi devrais-je leur donner le poste de gouverneur adjoint ? J’ai fait mes calculs, et je savais que nous pouvions gagner l’élection sans leur donner ce poste ». Dans un second temps, il prétend que les musulmans et les chrétiens sont traités équitablement, mais ses paroles sont pour le moins ambiguës : « Personne ne peut dire qu’il a été opprimé parce qu’il n’était pas musulman. Mais vous donnez la préférence à ceux qui vous soutiennent ».

L’ancien gouverneur exhorte ensuite son auditoire à s’assurer que les musulmans continueront toujours à dominer la politique locale. « Une fois qu’Uba Sani aura terminé son mandat et qu’il aura été réélu, cela fera seize ans», a déclaré El-Rufai, qui a lui-même servi huit ans avant de passer le relais à l’actuel dirigeant.« Ensuite, nous aurons un autre mandat, ce qui fera 24 ans. C’est à ce moment-là que tout le monde comprendra et dira “d’accord, nous comprenons, nous connaissons notre statut” et “nous savons que les musulmans ne nous opprimeront pas”. C’est tout. Et vous verrez qu’il y aura la paix. Je jure devant Dieu que c’est notre plan depuis le premier jour où nous avons lancé le All Progressives Congress dans l’État ».

 

« Déclarations clivantes, sectaires, haineuses »

En réaction à ces déclarations, un groupe de prêtres catholiques a écrit au gouverneur actuel, lui demandant de prendre ses distances avec El-Rufai. Les représentants de l’Association des prêtres diocésains catholiques de Kaduna, Zaria et Kafanchan, qui se trouvent toutes dans l’État de Kaduna, ont qualifié ces commentaires de « déclarations clivantes, sectaires, haineuses et indignes d’un homme d’état, visant à une suprématie politique islamique dans l’État de Kaduna et au Nigeria ».

Loin de se sentir traités équitablement, les prêtres ont déclaré : « Nous et nos communautés avons été les principales victimes d’un gouvernement inefficace, surtout au cours des huit dernières années », et en tant que prêtres, « nous avons presque cessé de recenser tous nos membres qui ont été la cible d’attaques constantes, d’enlèvements et d’assassinats », expliqué dans le document envoyé à la fondation.

Selon les chiffres recueillis par l’AED Au cours des dix-huit derniers mois, onze prêtres ont été enlevés dans l’État de Kaduna, dont un, tout récemment, le dimanche 11 juin. Deux d’entre eux ont ensuite été assassinés, tandis qu’un autre prêtre a été tué au moment de l’enlèvement. Deux des prêtres enlevés sont toujours portés disparus.

 

« Les victimes auraient provoqué les assassins »

« C’est sans compter les nombreux pasteurs d’autres confessions et les innombrables communautés chrétiennes qui sont régulièrement attaquées, pillées, incendiées, leurs habitants étant enlevés contre rançon ou massacrés sans qu’aucun des auteurs de ces crimes ne soit poursuivi, et sans que le moindre soutien soit accordé aux survivants par l’Agence régionale de gestion des urgences ou l’Agence nationale de gestion des urgences (NEMA), ni par aucun autre organisme gouvernemental. La seule réponse du gouvernement sont des accusations farfelues selon lesquelles les victimes auraient provoqué leurs assassins, qualifiant ces atrocités criminelles de vengeances justifiées, en plus de l’imposition de couvre-feux punitifs et de l’interdiction d’associations socioculturelles et de développement dans certaines communautés », se plaignent les prêtres.

« Monsieur le gouverneur, pour tout esprit averti, cette vidéo démontre la discrimination à l’encontre des chrétiens(…). Elle explique aussi les nombreuses politiques injustes de l’administration El-Rufai, de la répartition inégale des ressources de l’État, des meurtres et des enlèvements gratuits qui touchent les régions à majorité chrétienne, et de la nonchalance et parfois de la réponse méprisante du gouvernement aux appels de détresse des victimes ».

Les prêtres expriment également leur consternation face au fait que ceux qui applaudissent El-Rufai « sont les mêmes responsables religieux avec lesquels nous avons constamment dialogué et discuté sur la façon d’aider à enraciner l’harmonie, la paix et le respect mutuel entre nos différentes confessions. Ce sont les mêmes clercs que nous avons appelés amis et partenaires dans le cadre du dialogue interreligieux, et maintenant ils semblent poignarder leurs amis dans le dos ».

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Rédaction

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