Le card. Parolin préside la messe de la fête de sainte Teresa de Calcutta, entourés des card. indiens Gracias et Alencherry, capture CTV

Le card. Parolin préside la messe de la fête de sainte Teresa de Calcutta, entourés des card. indiens Gracias et Alencherry, capture CTV

«Il est important que les femmes aient des rôles de responsabilité», par le card. Gracias

Au commencement, aucune discrimination

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« Il est important que les femmes aient des rôles de responsabilité » dans l’Eglise, fait observer le cardinal Oswald Gracias, archevêque de Bombay (Inde) et l’un des neuf cardinaux du « C9 » qui épaulent le pape François dans sa réforme de la Curie romaine. Giulia Galeotti raconte, dans le mensuel de L’Osservatore Romano en italien de janvier 2017 « Donne Chiesa Mondo » – « Femmes Eglise Monde » -, sa rencontre avec celui qui représente l’immense Asie dans ce conseil restreint.
Une rencontre obtenue par sa persévérance : « Nous appelons plusieurs fois à Sainte-Marthe : nous demandons à parler avec le secrétaire du cardinal Gracias qui est à Rome pour les réunions du conseil des cardinaux qui aide le pape François « dans le gouvernement de l’Église universelle ». À la énième tentative, un des employés de la réception nous explique pourquoi il est difficile de le trouver : « Son Éminence est seule, personne ne l’accompagne ». Première leçon, sonore : à soixante-douze ans, après avoir fait face à de graves problèmes de santé, le président actuel de la Fédération des Conférences des évêques catholiques asiatiques, qui est aussi président de la Conférence des évêques catholiques latins de l’Inde et un des cardinaux les plus proches de François, fait fréquemment (quelques jours avant notre rencontre, il était venu participer à la canonisation de Mère Teresa) des allers retours entre Rome et Mumbai (l’ancienne Bombay) tout seul. Nous le cherchons pour une interview en prévision de ce numéro de « donne chiesa mondo » parce qu’Oswald Gracias, outre le fait qu’il ait souvent pris la parole en défense des femmes, est un expert en droit canonique : après sa maîtrise à l’Urbaniana et un diplôme en jurisprudence à la Grégorienne, il a été, entre autres, plusieurs fois président de la Société de droit canon d’Inde (1987-1991, 1993-1997) et consulteur du Conseil pontifical pour les textes législatifs. »
Au commencement, pas de discrimination
« Au commencement de l’histoire de l’Église, au temps de Jésus, explique le cardinal Gracias, il n’y avait aucune discrimination : dans l’esprit de Notre Seigneur, chacun a son rôle, sans la moindre trace de hiérarchie. C’est seulement ensuite que les choses ont changé dans l’Église : avec les années, en effet, les femmes ont été reléguées à des places et des rôles secondaires. Et le changement s’est produit parce que l’Église vit dans le monde et ce faisant, elle finit par en prendre la mentalité : et dans le monde, les femmes avaient une place de série B. »
Il ajoute : « Mais les choses sont en train de changer, même dans l’Église ! Le pape François le redit très souvent : pour la vie de la communauté ecclésiastique, il est important que les femmes aient des rôles de responsabilité. »
Et il parle « en qualité de canoniste, je voudrais défendre le droit canonique et dire qu’il n’a aucune responsabilité. Mais par ailleurs, je ne le défendrais pas au point de soutenir qu’il ne peut avoir besoin d’être revu ou modifié. Pourtant si nous regardons les normes en elles-mêmes, il y a très peu de restrictions qui excluent explicitement le féminin, comme c’est par exemple le cas de l’ordination sacerdotale. Le vrai point est plutôt ailleurs : la distinction entre clercs et laïcs, entre ce que peuvent faire les uns et les autres. Ceci pourrait être revu. Mais quand on parle de laïcs, je ne vois pas de différence substantielle entre les hommes et les femmes. Ceci n’exclut pas que le moment est peut-être venu d’entreprendre une action positive pour montrer clairement que les femmes font partie intégrante de l’Église. Nous en avons aussi parlé récemment au sein de notre conférence épiscopale. Certes, les choses sont très différentes selon les contextes et les sociétés : dans certaines conférences épiscopales, les femmes remplissent des rôles qu’elles n’ont pas dans d’autres ; la diversité est vraiment grande. Mais au fond, il faudrait que soit clair le fait que, puisque les hommes et les femmes sont différents, la spécificité féminine est une richesse pour la vie de l’Église. Il est important que tout le monde le comprenne et le mette ensuite concrètement en pratique. »
Comment alors concilier le droit et la miséricorde ? « C’est une question très intéressante, répond le cardinal Gracias. Nous avons organisé à Mumbai un congrès sur ce thème pour étudier la relation entre les deux. Le pape a souvent attiré l’attention sur l’une et l’autre, sur l’usage de la miséricorde et sur l’application de la justice. La question de fond est de savoir s’il y a ou non contradiction : je considère que la miséricorde et la justice ne sont pas en opposition parce que la justice de Dieu est miséricorde. C’est une question de gratuité, de pardon, de compréhension réciproque. Et, évidemment, aussi du fait que chacun soit à sa juste place. Nous devons donc redéfinir notre concept de justice, parce que la justice ne peut exclure la miséricorde. Autrement, ce serait une justice divine défectueuse. Une justice viciée. »
« J’ai profondément honte »
Giulia Galeotti évoque aussi le scandale soulevé par des viols en Inde, et le cardinal  répond : « J’ai profondément honte de la violence contre les femmes qui traverse l’Inde. Les épisodes sont tellement nombreux, en particulier dans certaines zones du pays. Ce qui est vraiment grave, dans cette situation, c’est le sentiment d’impunité qui accompagne la réception de la chronique de ces horreurs. S’il y a une tentative pour changer les lois et les rendre plus dures, nous devons cependant garder à l’esprit qu’on ne peut pas changer la société uniquement avec des dispositions normatives : la majeure partie des personnes sont convaincues que c’est la faute des femmes qui provoquent les hommes, qu’au fond, ce sont elles les vraies responsables, que les victimes de ces épisodes sont des femmes « mauvaises », coupables par leur comportement. Sous toutes ses formes, la misogynie est minimisée et banalisée. C’est cela qui s’apprend à la maison et dans la société. Et c’est cela qui doit changer. »
Il souligne que l’Eglise travaille « sans répit depuis des décennies pour l’émancipation des petites filles et pour améliorer la dignité des femmes, à travers nos apostolats éducatifs, sanitaires et sociaux : c’est seulement quand les enfants, garçons et filles, seront traités de la même façon à la maison que nous serons en mesure de vraiment attaquer le cœur de la misogynie et de la violence. Nous devons travailler tous ensemble, à tous les niveaux.
« Maintenant, par exemple, précise le cardinal indien, nous sommes en train de mettre au point un protocole sur le comportement des personnes qui travaillent dans l’Église, dans les paroisses, qu’il s’agisse de religieux ou de laïcs. D’ailleurs, nous avons le modèle des congrégations féminines qui, dans notre pays, font vraiment énormément pour aider les femmes violentées, violées, maintenues dans l’esclavage, appauvries… »
Il évoque la canonisation de Mère Teresa qui « a été une source de joie énorme » : « Elle est vraiment un exemple de christianisme. C’est un don de l’Inde au monde, au monde chrétien mais aussi au monde laïc. Elle était aimée et suivie par tous, sans aucune distinction : jusqu’aux athées qui l’aimaient avec une grande intensité. Elle a vraiment été un modèle de compassion et d’amour passionné pour les plus pauvres et les personnes marginalisées en général. Une vie, sa vie, vécue à l’enseigne de la miséricorde. Chaque minute de chaque journée de son existence a été un hymne à la miséricorde. La canonisation de Mère Teresa est aussi un appel concret. C’est un modèle pour tous, dans tous les domaines.
Et ce que les « femmes occidentales peuvent apprendre des femmes indiennes » ? « Je dirais une certaine gentillesse. Certaines femmes occidentales luttent pour leurs droits de manière très masculine et je crois que c’est une erreur. »

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Constance Roques

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