ROME, Mercredi 30 septembre 2009 (ZENIT.org) - Comme saint Jérôme, le prêtre est appelé à retirer l'épine, même de la patte d'un lion, a fait observer le cardinal Sean O'Malley, OFM, capucin, archevêque de Boston, qui a présidé la messe de ce 30 septembre à Ars, pour la retraite sacerdotale internationale.

Le cardinal franciscain a rappelé que saint Jérôme, dont on célèbre la fête aujourd'hui, a consacré sa vie à la Parole de Dieu, lui qui est représenté « vêtu de lin », « au cas où le pape Damase lui rendrait visite ».

Ignorer les Ecritures, c'est ignorer le Christ

Pour Jérôme, a rappelé l'archevêque, « ignorer les Ecritures, c'est ignorer le Christ », ainsi, « il ne parle pas de nos problèmes exégétiques mais de découvrir Dieu dans la Parole vivante ». Citant une réflexion du P. François Marie Léthel, OCD, mentionné par le cardinal Schönborn hier, il rappelait : « Les saints sont les vrais théologiens ».

Et d'en tirer cette conséquence pour la vie du prêtre : « Si nous sommes des icônes du Bon Berger, nous devons connaître ses paroles pour qu'elles deviennent nos paroles ».

Puis le cardinal O'Malley a commenté la première lecture de la messe, tirée du livre de Néhémie : « Le roi voit la tristesse de Néhémie et lui demande de lui ouvrir son cœur. Néhémie dit que son cœur est brisé parce que la Cité sainte, Jérusalem, et le Temple sont en ruines ».

Reconstruis mon Eglise

« Nous aussi, a commenté l'archevêque de Boston, nous voyons les problèmes de la sécularisation, les scandales sexuels, l'Eglise méprisée, abandonnée par tant de personnes. Mais le roi accède à la requête de Néhémie qui lui a demandé : « Envoie-moi à Juda pour reconstruire la cité de mes ancêtres ».

Le psaume évoque aussi l'exil du Peuple « au bord des fleuves de Babylone » et il semble que l'exil ressemble à la « situation de l'Eglise aujourd'hui, au milieu de personnes indifférentes ou hostiles, sceptiques, qui résistent au fait qu'une vérité puissent interférer avec leur liberté, l'autonomie qu'ils revendiquent ».

Jérôme, a fait remarquer le cardinal O'Malley, décrit les chrétiens du premier siècle dont les gens disent « ils habitent près de nous, au milieu de nous, mais ils n'avortent pas et respectent le mariage, ça, c'est bizarre ! » Pour le cardinal de Boston, cette lettre « aurait pu être écrite la semaine dernière ».

La patte du lion

La « Légende dorée » - de Jacques de Voragine - évoque, a raconté le prédicateur franciscain, cette scène où Jérôme est entouré d'un groupe de moines. Lorsqu'ils sont chargés par un lion, ils fuient tous, mais Jérôme reste : il voit que le lion boîte et va retirer l'écharde de la patte du lion.

Il en tire cette leçon : « Nous devons nous conduire ainsi : le Christ est notre médecin, notre Sauveur, nous devons être convaincus et convaincre les autres, et avoir la grâce que nos ennemis deviennent nos frères ».

Il citait à ce propos le témoigne du défunt cardinal vietnamien François-Xavier Nguyên Van Thuân, 13 ans prisonnier des geôles communistes de son pays, qui, en prison, convertit ses geôliers par l'authenticité de sa vie évangélique.

Les prêtres, a poursuivi le cardinal de Boston, sont les « hérauts du Christ, appelés à reconstruire la ville sainte », à l'image de saint François d'Assise auquel Jésus dit à San Damiano : « Reconstruis mon Eglise ».

Le deuxième appel

Mais les apôtres eux-mêmes ont abandonné Jésus dans sa Passion et «  Pierre, le soir de son ordination, coupe l'oreille de Malchus, voit les soldats, se sauve... Il essaye de faire ce que nous avons tous fait l'une ou l'autre fois, de suivre Jésus, mais à une distance prudente. Or, quelqu'un le reconnaît, non pas un soldat armé d'une épée, mais une servante - qui le prend de haut - et il renie son Maître ».

Pourtant, a poursuivi le cardinal O'Malley, lors du « petit déjeuner » au bord du lac, après la résurrection, le Christ lui demande trois fois : « M'aimes-tu ? ». Pierre lui redit qu'il l'aime et le Christ lui redit « Suis-moi ». Les auteurs spirituels évoquent ce deuxième appel, la « seconde chance », cette nouvelle opportunité après nos dérapages, nos retraits. Nous, en tant que prêtres nous pouvons tous recevoir cette grâce du nouvel appel... Comme sainte Thérèse d'Avila qui a reçu comme une seconde conversion devant une statue de l'Ecco Homo, a-t-il expliqué.

Vous êtes les amis de l'Epoux

Le cardinal O'Malley a rappelé ce jeune homme de l'évangile d'aujourd'hui qui dit à Jésus « Je te suivrai où que tu ailles » et auquel le Christ répond : « Les renards ont des tanières, mais le Fils de l'Homme n'a pas où reposer la tête ».

Les premiers disciples demandent « Où demeures-tu ? » et s'entendent répondre : «  Venez et voyez... » et « ils découvrent qu'il est un Maître sans maison » : « il est né dans une étable et a été enterré dans la tombe de quelqu'un d'autre », a fait observer l'archevêque.

Et d'en tirer cette actualisation pour le célibat sacerdotal : « Notre célibat est une participation au fait qu'il n'y a pas de maison pour l'ami de l'Epoux et les autres disciples. Le célibat sans amour n'a pas de sens, il est même mortel. Il doit au contraire être le signe de la joie de la foi dans l'Esprit, dans le Christ ressuscité : le prêtre n'a pas besoin de se marier pour avoir des enfants parce qu'il est appelé à vivre de la vie éternelle ».

Il voit dans cette « identification à l'Epoux », le « signe de Jonas » dont parle Jésus dans l'Evangile : « Pour le prêtre diocésain, le célibat revêt un aspect missionnaire, il est pêcheur d'hommes, un bon berger, disponible pour aller chercher le brebis perdue, prêt à jeter les filets, disponible pour conduire le troupeau vers de verts pâturages, pour reconstruire la Cité sainte, retirer l'épine de la patte du lion. Il est appelé à suivre Jésus, à embrasser le célibat de Jésus. Et pour cela, Jésus doit être quelqu'un de réel pour nous, ce qui suppose une vie de prière ».

« Que le saint curé d'Ars nous aide à trouver notre chemin d'Ars et ici sur la terre, notre voie dans une vie intérieure renouvelée d'amitié profonde avec le Christ et avec nos frères prêtres », a conclu le cardinal O'Malley.


L'épreuve du premier sermon

Le cardinal O'Malley avait saisi l'attention de ses auditeurs en commençant avec humour en évoquant son premier sermon en tant qu'aumônier de prison. « Mon premier sermon a été un désastre, je ne l'oublierai jamais », a-t-il confié. Après avoir prié l'Esprit Saint, il avait passé en revue les évasions dans la Bible.

« J'ai obtenu leur attention, mais ce fut une tragédie : six prisonniers se sont échappés ce soir là et j'ai bien cru que mon premier sermon allait être le dernier ! »

Il ajoute : « Nous avions des supérieurs allemands, très stricts, mais un des vieux frères me dit: « Souviens-toi que le premier sermon de Jésus à la synagogue aussi a été un désastre, car ils ont voulu le précipiter de la falaise ! »

Anita S. Bourdin