Soudan: "Assez est assez !" Entretien avec Mgr Taban Paride, évêque du diocèse de Torit

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Publié sur le site du CCFD

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CITE DU VATICAN, Vendredi 5 juillet 2002 (ZENIT.org) – Nous publions, ci-dessous, l’entretien avec Mgr Taban Paride, évêque de Torit, publié par le site du Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD, http://www.secours-catholique.asso.fr/une/entretiens/taban.htm).

-Mgr Taban, vous êtes aujourd’hui à Paris, vous partez ensuite en Suisse et en Allemagne. Pourquoi avez-vous entrepris ce petit tour d’Europe ?

-Tous les jours je suis témoin de la disparition d’innocents, de la destruction de villages entiers et de terribles crimes. La guerre civile a déjà fait plus de deux millions de victimes et déplacé quatre millions de personnes. Une telle agonie du peuple soudanais me force à témoigner et à parler.
Alors que je suis en Europe pour sensibiliser l’opinion publique sur le sort de mon pays, je viens d’apprendre par le bais de mon auxiliaire, Mgr Akio Johnson Mutek que des atrocités ont été commises dans mon propre diocèse, le diocèse de Torit. Des atrocités ou plutôt la continuité d’actes innommables, ont été commis le mois dernier.
L’armée de résistance du Seigneur (LRA) a tué environ 470 civils et déplacé plus de 500 personnes. Ils ont également rasé six villages : Idiefe, Obeyok, Kubaya, lotele, Lohuiet, Isuhak. L’armée de résistance du Seigneur est un groupe de rebelles ougandais qui combat Kampala à partir du nord et qui a été armé par le front islamique national pour renverser le gouvernement de Museveni. Ils ont installé leurs bases militaires au Sud Soudan. En mars dernier, le gouvernement soudanais a conclu un accord avec le gouvernement ougandais pour détruire les bases de la LRA.
Actuellement 9000 familles ont été déplacées et elles seront plus nombreuses dans les prochains jours. C’est encore plus catastrophique parce que c’est le début de la saison des pluies. Il n’y pas beaucoup d’ONG dans cette zone. Quand j’ai quitté le diocèse la semaine dernière nous n’avions plus d’argent pour venir en aide à ces personnes. Elles manquent cruellement de vivres, de médicaments, d’eau et de vêtements.
Nous en appelons à la communauté internationale pour venir en aide à ces populations déplacées, forcées à quitter leurs villages alors qu’elles venaient de commencer à cultiver leurs récoltes. La situation humanitaire, résultat de la guerre, est catastrophique.

-Justement comment sortir de ce conflit qui dure depuis 1983 ?

-Nous comptons sur l’opinion publique internationale et sur vos dirigeants pour qu’ils fassent pression sur notre gouvernement. Nous demandons que les violations des droits de l’homme cessent, notamment les bombardements de civils et d’infrastructures civiles. L’exploitation du pétrole contribue également à l’escalade de la violence car les revenus du pétrole financent la guerre et pas le développement. D’ailleurs, seul le Nord en profite. Les Sud Soudanais se sentent volés, dépossédés. Ils aimeraient profiter des revenus de leurs ressources. Ces gens qui souffrent devraient pouvoir décider librement leur statut politique et poursuivre leur développement économique, social et culturel. Pourtant le référendum sur l’autodétermination a été reporté. C’est très regrettable car le droit à l’autodétermination est généralement accepté par tous comme une des voies pour résoudre le conflit soudanais. Or la guerre est source de beaucoup de maux.

-Vous voulez parler de l’esclavage ?

-Je ne cesse de le dire. La seule solution pour que l’esclavage disparaisse c’est que la paix arrive. Avec les évêques nous ne militons pas seulement pour que les esclaves soient libérés mais pour la paix et la réconciliation. Je ne cesse de le dire, mais c’est la seule solution. La communauté internationale doit également se mobiliser et s’unir pour que les Noirs du Soudan ne soient plus jamais ni appelés, ni considérés, ni vendus comme esclaves. C’est une honte qu’ à notre époque des personnes vivent un tel enfer.

-Et les enfants soldats ?

-Les enfants soldats c’est de l’histoire ancienne. Il n’ y en a plus dans notre pays. Nous avions ouvert des écoles seulement pour les filles. Pensant que des écoles pour les garçons seraient d’immenses viviers dans lesquels les soldats pourraient venir chercher leur  » main d’œuvre « . Finalement nous avons, c’est à dire l’Eglise, reçu des garanties selon lesquelles les milices ne viendraient pas enrôler les jeunes gens. Forts de cet engagement, nous avons ouvert des établissements scolaires. Mais ils ont violé cet accord. Ils sont venus et ont pris les garçons de force. Les femmes ont réagi. Elles se sont rassemblées et ont mis leurs bébés dans les bras des soldats en leur disant que c’était encore plus simples de les enlever quand ils étaient très jeunes. Les soldats étaient stupéfaits et complètement décontenancés. Sur les ordres du commandant ils ont rendu les bébés à leurs mères. Depuis, nous n’avons plus eu aucun ennui de ce type. Mais parfois les enfants partent d’eux-mêmes servir dans les groupes armés. C’est eux qui veulent s’engager. Il faut développer des alternatives pour ces enfants. Développer des actions de formation des activités économiques. Le développement est une priorité. Pas de paix sans justice mais aussi pas de paix sans développement.

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ZENIT Staff

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