Homélie du card. Billé le 5 janvier à Rome, à la Trinité-des-Monts

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«Tout chrétien sait qu’il est appelé à une fidélité sans compromis»

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CITE DU VATICAN, Mardi 12 mars 2002 (ZENIT.org) – «Tout chrétien sait qu’il est appelé à une fidélité sans compromis, qui peut exiger même l’ultime sacrifice», comme l´a affirmé Jean-Paul II lors du consistoire de février 2001 au cours duquel l´archevêque de Lyon était créé cardinal. Dans son homélie du 5 janvier à Rome, veille de l´Epiphanie, le cardinal Billé a cité cette phrase du pape en insistant sur « la démarche même des mages, telle que l’Évangile peut nous inviter à l’entrevoir ou à l’imaginer »: celle d´hommes qui « se mettent en route ». Il insistait aussi sur leur « joie ».

« (Les mages) se présentent d’abord comme des hommes qui se mettent en route, constate le cardinal Billé. Mais ils devront se remettre en route. Ce n’est pas du premier coup que l’étoile s’est arrêtée au-dessus du lieu où se trouvait l’enfant. En nos temps de fidélité difficile, les mages ne sont-ils pas un beau symbole ? Il n’y a pas de chemins de la vie qui soient purement linéaires. Il n’y a de chemins que ceux au long desquels il faut sans cesse repartir. Le Saint-Père disait, dans son homélie du 22 février à laquelle j’ai fait allusion tout à l’heure : «Tout chrétien sait qu’il est appelé à une fidélité sans compromis, qui peut exiger même l’ultime sacrifice». De cette fidélité, la joie fut, pour les mages, le fruit. «Quand ils virent l’étoile, ils éprouvèrent une très grande joie».  »

– Homélie du cardinal Billé –

Le 22 février dernier, le Pape Jean-Paul II disait, sur la place Saint-Pierre, aux nouveaux cardinaux : «Vous venez de vingt-sept pays, de quatre continents, et vous parlez des langues différentes. Cela n’est-il pas aussi un signe de la capacité qui est celle de l’Église, répandue désormais en tous lieux de la planète, de comprendre des peuples avec des traditions et des langues différentes pour porter à tous l’annonce du Christ ? En Lui, et seulement en Lui, il est possible de trouver le Salut… le Christ marche avec nous et guide nos pas» (Homélie pour le Consistoire ordinaire public, n. 5).

Ce que le Saint-Père disait ce jour-là pourrait aussi bien faire partie d’une homélie pour la fête de l’Épiphanie, fête qui nous donne de rappeler que l’étoile du Messie a «guidé les pas» des mages et que «des peuples, avec des traditions et des langues différentes», sont appelés à connaître le Christ. Même si la date de cette prise de possession est largement le fruit des circonstances, je considère comme une grâce qu’elle ait lieu en cette veille de la fête de l’Epiphanie, dans le mystère de laquelle je suis invité à enraciner le sens traditionnellement donné à l’appartenance au Collège des Cardinaux. C’est dans cet esprit que je vous invite à relire quelques instants avec moi l’Évangile que nous venons d’entendre.

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Tout commence par une étoile, une étoile qui se lève. Qu’une étoile puisse indiquer la route, voilà qui ne devrait pas étonner tous ceux et toutes celles qui, même s’ils ont oublié l’origine de cette expression, essaient de marcher à l’étoile. Une étoile indique la route. Encore faut-il être attentif à la façon dont parle l’Évangile, attentif à la question que posent les mages : «Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu se lever son étoile…» Non pas seulement une étoile, mais l’étoile du Messie, l’étoile du Christ, l’étoile de Bethléem. Nous perdrions notre temps si nous la cherchions quelque part dans la voie lactée. L’étoile, ici, c’est au fond le Christ lui-même. C’est lui qui s’est levé du creux de notre humanité comme la lumière du monde. C’est lui qui nous a été donné par Dieu son Père comme la clarté qui, «en venant dans le monde, illumine tout homme».

Telle est la lumière qui, en ce jour de l’Épiphanie, est proposée à notre regard. Devenu homme, l’enfant de Bethléem posera à ses disciples la question : «Pour vous, qui suis-je ?» Il nous pose dès aujourd’hui une question semblable : «Voulez-vous que je sois la lumière de votre existence, l’étoile du matin qui se lève dans vos cœurs ?» L’Évangile de cette messe nous conduit vers la réponse de la foi : quand l’étoile s’arrête au-dessus du lieu où se trouve l’enfant, nous sommes invités à entrer dans la maison avec les mages, à voir «l’enfant avec Marie, sa mère», et à nous «prosterner devant lui». Hérode peut bien se considérer comme le roi des Juifs, mais le roi véritable, c’est l’enfant de Bethléem, roi du monde, non parce qu’il dominera le monde, mais parce qu’il proposera au monde la parole de vérité, et que c’est la vérité qui rend libre ; parce qu’il proposera au monde la parole de l’amour, et que seul l’amour rassemble les hommes dans l’unité de la paix.

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Ce n’est pas pour rien que cette fête, qui nous amène à Bethléem, s’appelle l’Épiphanie, la manifestation. C’est en effet le mystère d’une double manifestation qui est proposé à notre réflexion et à notre prière. Manifestation du Messie d’Israël aux païens : à travers les mages, c’est à toutes les nations que Dieu révèle son Salut. Manifestation aussi, à Israël, de ce que les païens sont appelés à avoir part à la promesse, à «être associés au même héritage». Par l’Alliance avec son peuple, Dieu a montré que son amour est toujours un amour d’élection, un amour qui choisit. Mais lorsque les temps sont accomplis, ce même amour se dévoile comme étant pour tous, amour qui choisit chacun et qui pourtant n’exclut personne.

Si les mages sont venus, c’est parce que la lumière du Christ éclairait déjà leur cœur. Mais il leur a fallu demander leur route. Et la fin de leur itinéraire leur a été indiquée par le prophète, dont les scribes d’Israël ont relu les paroles sans lesquelles il n’aurait pas été possible d’identifier l’enfant dont Dieu, pour emprunter les mots de saint Paul, «faisait connaître le mystère». Aujourd’hui encore, pour rencontrer Celui dont la lumière éclaire secrètement leur cœur, les hommes ont besoin de la Parole de Dieu. Et ils la trouvent dans le livre de la Parole que l’Église ne cesse d’accueillir, d’ouvrir, de donner à comprendre.

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Je voudrais insister, pour finir, sur la démarche même des mages, telle que l’Évangile peut nous inviter à l’entrevoir ou à l’imaginer. Ils se présentent d’abord comme des hommes qui se mettent en route. Mais ils devront se remettre en route. Ce n’est pas du premier coup que l’étoile s’est arrêtée au-dessus du lieu où se trouvait l’enfant. En nos temps de fidélité difficile, les mages ne sont-ils pas un beau symbole ? Il n’y a pas de chemins de la vie qui soient purement linéaires. Il n’y a de chemins que ceux au long desquels il faut sans cesse repartir. Le Saint-Père disait, dans son homélie du 22 février à laquelle j’ai fait allusion tout à l’heure : «Tout chrétien sait qu’il est appelé à une fidélité sans compromis, qui peut exiger même l’ultime sacrifice». De cette fidélité, la joie fut, pour les mages, le fruit. «Quand ils virent l’étoile, ils éprouvèrent une très grande joie».

L’Évangile de ce jour se termine de manière fort simple. «Ils regagnèrent leur pays par un autre chemin». Il semble bien que saint Matthieu ne s’intéresse pas particulièrement à la suite de l’histoire des mages. C’est comme si le récit se terminait sans vraiment se terminer. La suite, c’est à l’Église qu’il a été donné de l’écrire depuis deux mille ans. La suite, chacun et chacune de nous a, pour sa part, à l’écrire. Alors que commence la deuxième année du XXIe siècle, nous sentons, avec plus de force peut-être qu’il y a un an, comment l’humanité tout entière se demande à la lumière de quelle ét
oile elle va poursuivre la route.

Nous à qui il est donné d’aller avec les mages au rendez-vous de Bethléem, nous ne pouvons pas ne pas en recevoir une responsabilité. De Bethléem, nous repartons par le chemin de notre propre vie. Mais si l’étoile s’est levée en notre cœur, il n’est pas possible que nous n’en disions rien à ceux qui cherchent la route. Il n’est pas possible que nous ne soyons pas en communion avec cette Église que le Successeur de Pierre, en particulier en cette fête de l’Épiphanie, appelle à la rencontre de tous ceux qui sont appelés à «marcher vers la lumière».

Card. Louis-Marie Billé, archevêque de Lyon

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ZENIT Staff

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