Homélie prononcée par Mgr Philippe Mousset, évêque de Périgueux et Sarlat, pour la solennité de l’Annonciation, au deuxième jour de l’Assemblée plénière des évêques de France de mars 2026.
Frères évêques, Frères et sœurs,
En cette fête de l’Annonciation ici à Lourdes, comment ne pas contempler d’une manière particulière le moment où Dieu entre pleinement dans notre histoire par le consentement libre d’une femme, Marie, la Vierge Marie : dans la question « comment cela va-t-il se faire ? » s’ouvre un chemin de foi, et dans le « oui » de Marie, nous apprenons à accueillir l’impossible de Dieu.
Une jeune femme. Un messager.
Et cette question qui a retenu mon attention en vue de ce moment que nous vivons ici : « Comment cela va-t-il se faire ? »
La question de Marie nous rejoint aujourd’hui.
Elle devient notre question face aux défis qui nous dépassent.
La lutte contre les abus, qui exige de nous vérité, justice, conversion.
Le défi de l’éducation, immense chantier pour les années à venir.
Et plus largement cette question nous rejoint à tous, dans un monde qui change vite, parfois trop vite pour nous, du moins à mon premier regard.
Et face à tout cela, avec Marie, nous demandons au secret de nos cœurs :
« Seigneur, comment cela va-t-il se faire ? »
Avec Marie, ni refus, ni même expression d’un doute,
Cette question, à la fois humble et vraie, est portée par la foi en ce Dieu à qui rien n’est impossible.
Marie ne se regarde pas en disant : « Je ne sais pas Seigneur si j’en suis digne et si je suis à la hauteur »
A l’écoute de ce qui lui est dit de la part du Seigneur, elle pose une question : « Comment ? »
De manière étonnante, le messager de Dieu ne répond pas à Marie d’abord par un plan détaillé, ou par une stratégie à exécuter, même si cela est nécessaire, mais par une parole qui ouvre un chemin et qui met en route.
Il lui fait part d’une promesse :
« L’Esprit Saint viendra sur toi. »
Autrement dit :
Ce qui va se faire ne vient pas d’abord de toi.
Mais de Dieu.
Frères et sœurs, c’est peut-être la première conversion qui nous est demandée aujourd’hui.
Nous pourrions parfois être tentés de porter seuls ce qui nous est confié.
Nous cherchons des solutions, des réponses — et c’est normal, nécessaire et même indispensable.
Mais au cœur de tout cela, il y a cette vérité première :
La mission de l’Église ne repose pas d’abord sur nos forces.
Elle repose sur l’action de Dieu. Elle est toujours une grâce à recevoir dans l’Esprit Saint. Et ça change tout !
« Rien n’est impossible à Dieu. »
Cette parole, nous l’avons entendue mille fois. Et pourtant, nous l’accueillons de nouveau comme une promesse de vie !
Oui, nous le croyons, rien n’est impossible à Dieu…
Au cœur même de nos pauvretés, de nos fragilités,et jusque dans les blessures de l’Église.
Alors, après le « comment », vient le « oui ».
« Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole. »
Ce « oui » de Marie n’est pas un acte héroïque.
C’est un chemin,
une disponibilité exprimée.
Dire « oui », ce n’est pas tout comprendre.
ni tout maîtriser,
Et encore moins prétendre détenir toutes les réponses.
Dire « oui », c’est consentir à ce que Dieu agisse,
même quand cela nous déplace,
même quand cela nous dépasse.
Peut-être que notre mission aujourd’hui se situe exactement là, entre ces deux paroles :
« Comment ? »
et « Oui ».
Comme un appel à laisser Dieu nous conduire du « comment » au « oui ».
Ici, à Lourdes, ce chemin prend une résonance particulière.
Dans ce sanctuaire marial, tant de personnes viennent avec leurs « comment ».
Comment vivre avec la maladie ?
Comment espérer encore ?
Et souvent, sans bruit, sans éclat, quelque chose se déplace.
Un cœur touché, un cœur qui s’ouvre.
Une paix ressentie au plus profond de soi,
Et, là, grâce à Marie, le temps du « oui » devient possible.
Pas un « oui » triomphant.
Mais un « oui » humble, fragile, réel.
Frères évêques, peut-être sommes-nous appelés aujourd’hui à recevoir nous-mêmes ce que nous cherchons à donner.
Recevoir la grâce de ne pas être les sauveurs de l’Église.
Recevoir la grâce d’être simplement des serviteurs.
Recevoir la grâce de dire « oui », là où le Seigneur nous a envoyés.
Un « oui » pour la vérité.
Un « oui » pour la justice.
Un « oui » pour la mission.
Un « oui » renouvelé, jour après jour.
Et ce « oui », nous ne le disons pas seuls.
Nous le disons dans l’Église et avec elle.
Nous le disons les uns avec les autres.
Nous le disons pour le peuple qui nous est confié.
Et surtout, nous le disons parce que Dieu, le premier, nous a dit « oui ».
Oui à notre humanité.
Oui à notre pauvreté, sans pour autant nous y installer mais pour se mettre en route avec Lui tel que nous sommes.
Oui à notre mission qu’il nous confie.
Alors, dans cette Eucharistie, demandons simplement cette grâce :
Que, par le don de l’Esprit Saint, nos « comment » soient comme autant de lieux d’appel.
Pour qu’avec Marie, nous puissions redire au Seigneur, chacun à notre mesure : « Que tout m’advienne selon ta parole. » Amen.