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Cardinal Peter Turkson in the Vatican press room

Card. Peter Turkson © ZENIT - HSM

ONU: le droit à l’eau potable, élément de la liberté, par le card. Turkson

Session du Conseil des droits de l’homme

Le droit d’accès à l’eau et à l’assainissement doit être reconnu « non seulement comme un besoin humain de base, mais aussi comme « un élément crucial de la liberté » et du droit », fait observer le cardinal Turkson.

Le 14 septembre 2017, la Mission permanente d’observation du Saint-Siège auprès des Nations Unies et d’autres organisations internationales à Genève, la Mission permanente d’observation de l’Ordre de Malte aux Nations Unies à Genève et la Fondation Caritas in Veritate ont organisé un événement parallèle, en collaboration avec la 36ème session du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, sur le thème « Les droits de l’homme à l’eau potable et à l’assainissement ». L’événement était basé sur une publication sur le droit à l’eau préparée par la Fondation Caritas in Veritate .

Le cardinal Peter Turkson, préfet du dicastère du Saint-Siège pour la promotion du développement humain intégral, a fait observer que ce « droit » impliquait que les institutions offrent « l’accès » à l’eau car «  »toute société qui nie l’accès à l’eau à certains, trahit ses fondations humaines les plus précieuses ».

Et ce droit « intègre nécessairement l’homme et la nature, la société et les écosystèmes »: c’est, a-t-il rappelé « ce que le pape François appelle « écologie intégrale » ».

Le cardinal Turkson a prononcé l’allocution principale. Un grand nombre de délégations (entre autres, Andorre, Bangladesh, Brésil, Équateur, Éthiopie, Ghana, Allemagne, Italie, Maldives, Maroc, Nicaragua, Pérou, Espagne, États-Unis) et des ONG ont assisté à la réunion, animée par Mgr Ivan JURKOVIČ, observateur permanent du Saint-Siège auprès des Nations Unies et d’autres organisations internationales à Genève.

Voici notre traduction de la synthèse publiée par la nonciature.

HG

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L’événement a été ouvert par le Dr David NABARRO, ancien conseiller spécial du Secrétaire général des Nations Unies pour l’Agenda 2030 pour le développement durable et les changements climatiques, qui a souligné l’importance de mettre en œuvre avec succès l’Agenda 2030 en reconnaissant ses valeurs communes, où chaque être humain devrait pouvoir accéder aux besoins de base. Il a souligné que l’Agenda 2030 devrait suivre ses principes, être centré sur les personnes et sensibles à la planète. Les ODD devraient être comme une tapisserie indivisible et, enfin, il a souligné la stratégie « ne laisser personne en arrière », où chaque personne a de l’importance. M. Nabarro a ensuite ouvert le débat en disant que « pour la réalisation des ODD (en particulier en ce qui concerne l’objectif de l’eau potable pour tous), il est urgent d’accélérer l’action à une grande échelle ».

Dans son discours d’ouverture, le Cardinal Peter Kodwo Appiah TURKSON a exprimé une volonté mondiale de formaliser et de renforcer l’accès à l’eau et à l’assainissement en tant que droit de l’homme. Il a souligné qu’ « en tant que bien de la création, l’eau est destinée à tous les êtres humains et à leurs communautés», et que l’Église catholique et la Communauté internationale ont accordé une importance accrue à cette question urgente au cours des dernières décennies, particulièrement en référence aux débats liés à la lutte contre la pauvreté et à la conservation et à l’exploitation des écosystèmes.

Cependant, malgré le long processus de négociations internationales et intergouvernementales, le cardinal Turkson a souligné que « sans fondements solides, nos résolutions et déclarations de droits ne sont pas nécessairement respectées ». Dans ce but, pour l’Église catholique, il est devenu de la plus haute importance de sensibiliser au caractère fondamental et indispensable de l’eau afin d’ « enraciner le débat sur le droit à l’eau et à l’assainissement dans ses fondements anthropologiques ».

Ainsi, le droit d’accès à l’eau et à l’assainissement doit être reconnu non seulement comme un besoin humain de base, mais aussi comme « un élément crucial de la liberté » et du droit, comme un bien auquel chaque institution doit accorder l’accès et l’offre (« toute société qui nie l’accès à l’eau à certains, trahit ses fondations humaines les plus précieuses ») et, enfin, comme un droit qui intègre nécessairement l’homme et la nature, la société et les écosystèmes. C’est ce que le pape François appelle « écologie intégrale ».

Pour M. Léo HELLER, Rapporteur spécial des Nations Unies sur les droits de l’homme à l’eau potable et à l’assainissement, la relation entre les ODD et la dimension des droits de l’homme est cruciale ; dans le processus de mise en œuvre, cependant, il existe de grands risques de perdre ce lien fondamental. L’élément des droits de l’homme devrait être plus clairement intégré dans le système de suivi pour accorder un accès équitable à l’eau et à l’assainissement. Il a souligné que le droit à l’eau est l’un des rares droits explicitement mentionnés dans les ODD.

En fait, nous assistons aujourd’hui aux inégalités entre les groupes autochtones et les non-autochtones, les zones rurales et urbaines, etc. Par conséquent, l’aspect de l’accessibilité doit être introduit. Si nous créons des lacunes entre l’Agenda et le droit à l’eau et à l’assainissement, nous ne serons pas capables de « ne laisser personne en arrière ».

Mme Rose Osinde ALABASTER, directrice du programme Waterlex pour la Région africaine, a souligné le rôle du commerce international et domestique dans la responsabilité de l’eau. Au cours de son exposé, elle s’est demandée si la solution à la pénurie d’eau devrait être de faire de l’eau une marchandise en créant des marchés d’eau où les contrats à terme sur l’eau peuvent être vendus comme du pétrole et du gaz. Le droit humain à l’eau met les gens au centre de tous les efforts pour distribuer les ressources en eau d’une manière juste, par conséquent considérer que « l’eau est non seulement un bien social et culturel, mais aussi une marchandise économique ne doit pas conduire à ce que l’eau comme marchandise ait la  priorité sur le droit humain à l’eau ».

À cet égard, les gouvernements jouent un rôle crucial puisqu’ils sont tenus de donner la priorité à la protection des droits de l’homme sur la politique économique et les traités commerciaux internationaux et d’assurer la non-discrimination dans son accès. Enfin, l’accessibilité financière a été présentée à travers le point de vue des droits de l’homme, en faisant valoir qu’au niveau de l’accès sécurisé, l’eau est rarement évaluée de manière à refléter l’offre et la demande, par conséquent les procédures de privatisation doivent être transparentes et doivent être réalisées de manière participative.

M. Denys NEYMON, directeur général de l’infrastructure de traitement de Suez, a présenté une perspective du secteur privé à la discussion. Il a principalement décrit les données sur la situation alarmante du manque d’accès à l’eau dans certaines régions, affirmant qu’aujourd’hui, 5 personnes sur 10 dans le monde ne disposent pas d’un accès suffisant à l’eau potable et à l’assainissement. À cet égard, le secteur privé a un espace d’action limité, car « l’affaire de l’eau est une affaire politique, car elle concerne les villes et la vie sociale ».

Avec trop de moyens à des fins limitées, les entreprises privées ont réalisé des progrès considérables au cours des 15 dernières années et ont apporté de fortes contributions, en particulier en matière de recherche et d’innovation dans le traitement de l’eau, grâce à des experts qualifiés, qui ont la capacité de s’entraîner et de transmettre les connaissances aux autres. En outre, il a souligné que, lorsque les gouvernements disposent de peu de ressources financières, le secteur privé peut apporter une solution à court terme, même si les défis des pays pauvres restent élevés.

Mme Dina IONESCO, responsable de la Division des migrations, de l’environnement et du changement climatique et coauteur de l’Atlas des migrations environnementales pour l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), s’est concentrée sur le démantèlement des relations complexes entre migration, environnement et changement climatique dans la perspective de la disponibilité en eau douce.

Au cours des dix dernières années, de grands progrès ont été réalisés en termes de recherche, de politique et d’action visant à mieux reconnaître les facteurs environnementaux dans les stratégies de migration, ainsi qu’à une meilleure compréhension de l’impact de la mobilité humaine sur l’environnement. L’impact du changement climatique devrait être pleinement pris en compte lors de la discussion sur les migrants et l’eau, et Mme Ionesco a exprimé son espoir que le Pacte mondial sur les migrations reconnaîtra pleinement l’importance des facteurs environnementaux et en particulier de la disponibilité en eau douce et de l’accès à celle-ci en tant que préoccupations clés en matière de migration.

Mme Maria Amparo ALONSO ESCOBAR, responsable de la délégation de Caritas Internationalis auprès des Nations Unies à Genève, a concentré son intervention sur l’implication de Caritas Internationalis dans l’eau et l’assainissement comme moyen de promouvoir le développement humain intégral. « Sur tous les continents, les organisations Caritas réalisent des projets visant à améliorer l’accès à l’eau et à l’assainissement pour les personnes pauvres et vulnérables » et ont contribué à la publication de Caritas in Veritate avec des études de cas en provenance d’Afrique (réalisées par Caritas Malawi, Sénégal et Burkina Faso) et d’Amérique latine (apporté par REPAM, Red Eclesial Panamazonica).

Ces exemples ont mis en évidence la vulnérabilité de la jouissance du droit à l’eau liée à l’allocation inéquitable des terres, illustrant les défis causés, entre autres, par les conditions naturelles mondiales, la pression démographique sur les ressources naturelles sensibles et la couverture limitée des services d’eau. L’implication de Caritas illustre l’importance d’avoir un impact positif et soulève des recommandations pour que les gouvernements et le mécanisme des Nations Unies mettent un terme à ces situations dramatiques

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