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Collège San Carlo © Vatican Media

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Education: « On ne peut pas éduquer sans amour », affirme le pape

Dialogue avec les étudiants et les enseignants de l’Institut San Carlo de Milan (3/4)

« On ne peut pas éduquer sans amour. Tu ne peux pas enseigner par des paroles sans les gestes », a souligné le pape François en dialoguant avec les enseignants et les étudiants de l’Institut San Carlo de Milan, le 6 avril 2019.

Depuis la Salle Paul VI du Vatican, le pape a répondu à des questions posées par les participants à la rencontre.

Voici notre traduction de la troisième question de ce dialogue.

AK

Dialogue avec l’Institut San Carlo de Milan (3/4)

Professeur Giulia Missaglia (Enseignante en soutien scolaire) – Bonjour Saint Père ! Je m’appelle Giulia, je suis une ancienne élève et depuis cinq ans je suis enseignante de lycée à l’Institut San Carlo. Pendant mes années de formation j’ai rencontré des personnes qui ont su me guider et m’encadrer dans un libre parcours de croissance personnelle et émotive. La vocation pour l’enseignement est née en moi grâce à la passion que j’ai lue dans les yeux des éducateurs qui m’ont accompagnée sur ce chemin. Mon désir le plus grand est celui de pouvoir faire moi aussi, un jour, la même chose pour mes enfants. A l’école aujourd’hui je suis aussi l’enseignante de soutien scolaire de Stella, une douce enfant qui est maintenant ici parmi nous. Dans mon expérience directe avec elle j’ai pu rencontrer la fragilité et la vulnérabilité d’un vécu certainement plus rude par rapport à celui d’autres personnes, cela me donne une grande force : son courage et sa dignité suscitent en ceux qui l’entourent respect et admiration et, nous l’espérons, toujours une plus grande intégration. Par malheur cela n’arrive pas toujours ; dans la société actuelle, où le temps est toujours accéléré, frustré, je crois que l’objectif des éducateurs est surtout celui d’aider les jeunes à reconnaître encore la valeur de la rencontre avec l’autre, de l’accueil qui est différent de nous, quelqu’en soit la raison, mais qui est vraiment une ressource en tant que telle, la source à atteindre. Pour faire cela je pense qu’il est fondamental de transmettre aux jeunes la valeur du temps ; la rencontre, pour qu’elle soit authentique et sincère, le demande, l’exige, ainsi que le requiert le soin, la protection, le « soutien » et aussi la difficulté, dans la mesure ou cela nous interpelle et nous impose de nous mettre en dialogue. Saint Père, comment nous, éducateurs, pouvons-nous être un exemple et un témoignage pour nos étudiants et étudiantes, un exemple et un témoignage de cette noble mission mais particulièrement difficile ? Je vous remercie.

Pape François – Merci ! Le mot clé est « témoignage et soutien ». On ne peut pas faire de soutien sans – j’utiliserais une expression argentine – « mettre toute sa chair sur le gril ». Si tu veux soutenir quelqu’un, tu dois te mettre entièrement en jeu ! C’est cela, le témoignage. Là le témoignage se tient, se fait soutien, le vrai témoignage. J’ai parlé de l’eau distillée ; je dirai qu’un véritable éducateur ne peut pas être un « distillé », quelque chose fait en laboratoire. L’éducateur doit être confronté à la vie et aussi – je dirais une autre chose qui se dit ici en Italie aussi – « se salir les mains », « se retrousser les manches » avec la réalité. Le témoignage c’est ne pas avoir peur de la réalité : se mettre entièrement en jeu. C’est important. Et ensuite le soutien. Avec ce témoignage tu ne te contenteras pas de donner des conseils avant de rentrer chez toi. Stella – un exemple – et bien des jeunes sentiront que derrière les mots, derrière les conseils, il y a autre chose : il y a le soutien d’un témoignage. A l’éducateur qui n’est pas capable de témoigner, je dirais : « Soit on se convertit soit on choisit un autre métier, plus scientifique, plus dans les laboratoires ». Mais éduquer sans témoigner cela ne va pas, et éduquer avec un mauvais témoignage c’est mal, parce que cela fait tellement de mal.

Ensuite une autre chose. Le soutien demande aussi « de l’amour ». On ne peut pas éduquer sans amour. Tu ne peux pas enseigner par des paroles sans les gestes et le premier geste est la caresse : caresser les cœurs, caresser les âmes. Quel est le langage de la caresse ? La persuasion. On éduque avec la patience de la persuasion.
Témoignage, amour, caresse, persuasion. Maintenant on comprend ce que veut dire « mettre toute la chair sur le gril ». Ensuite une petite chose, qui peut-être vous aidera à ne pas faire de confusion, en pensant à l’éducation. Eduquer c’est introduire à la vie et la grandeur de la vie, c’est engager des processus. Enseignez aux jeunes à engager des processus et non pas à occuper l’espace ! Les personnes qui sont éduquées à occuper de l’espace, finissent seulement dans la compétition pour arriver à une place. Par contre, celui qui est occupé à engager un processus mise sur le temps, pas sur l’instant, pas sur l’espace. Le temps est supérieur à l’espace. Miser sur le temps, engager des processus. Voici les éléments qui me viennent : soutien, proximité, témoignage, amour et engager des processus, enseigner à engager des processus.

Traduction de Zenit, Hugues de Warren

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