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Brunor © Brunor

Brunor © Courtoisie de Brunor

Les indices pensables. Episode 85, par Brunor

Confrontation au réel

Résumé : Un lecteur m’écrit qu’il a apprécié la méthode des cinq premiers tomes des Indices pensables : «  travail digne d’éloges qui suscite la reconnaissance… » mais demande des explications et énonce différents reproches au sujet du Tome 6, (Le secret de l’Adam inachevé.) car il n’y retrouve pas les citations du CEC et du magistère à propos du péché originel …

Des personnes auraient souhaité que les indices pensables donnent une version en Bd des déclarations du magistère et du CEC sur la question du péché originel. Pourquoi ne l’avons-nous pas fait ?

Tout  simplement parce que ce n’est PAS la mission ni la vocation des indices pensables de traduire en bandes dessinées le catéchisme. (Cela peut être fait par des personnes compétentes, si ce n’est déjà fait.)

Quelle est notre mission ? Nous en avons déjà parlé (1) : c’est de proposer une véritable enquête en utilisant la méthode du questionnement et de la recherche d’indices. Il s’agit pour nous de rejoindre les jeunes dans leurs remarques et leurs questions et avec eux, interroger, enquêter, étudier les grands courants de la pensée pour voir si tel courant philosophique ou religieux a donné une représentation du monde, c’est-à-dire un « paradigme » conforme au réel que nous commençons à découvrir grâce à l’outils des sciences expérimentales.

Par exemple, beaucoup de religions païennes affirmaient que le soleil est sans commencement ni fin, les Hébreux bibliques affirmaient au contraire que le soleil est provisoire : « un luminaire ou lampadaire ». Nous observons là un conflit entre deux représentations du monde. Tant qu’on ne peut vérifier qui a raison, le conflit perdure. Mais, 3 000 ans plus tard, quand les sciences apportent enfin la réponse claire, on constate alors que l’un des camps avait raison depuis le début. En l’occurrence, les Hébreux. Cela ne signifie pas que leur Dieu est le vrai, mais ce premier indice signifie que leur représentation du monde (paradigme) était exact sur ce sujet précis. Aux deux questions posées : le soleil a-t-il eu un commencement, oui ou non ? Aura-t-il une fin, oui ou non ? Les Hébreux sont les seuls à avoir apporté la réponse exacte : c’est une lampe qui s’use.

Rappel : comme on le voit, les sciences ne sont pas mises sur un piédestal, elles sont considérées ici  pour ce qu’elles sont : une « paire de lunettes », c’est-à-dire un simple instrument qui nous permet de « lire » ce livre de la Création comme le recommandait saint Augustin vers l’an 400.)

Nous avons exposé dans les cinq premiers tomes, un certain nombre d’informations qui constituent des indices pour avancer dans cette grande enquête généralement peu appréciée par les athées militants car elle met en danger leur croyance, mais encouragée par les juifs et les chrétiens, car ces indices conduisent à penser que le Dieu de la Bible et de Jésus Christ pourrait être le vrai.

Nous n’avons pas prétendu trouver de preuves à ce sujet, mais uniquement des indices qui nourrissent l’intelligence et la liberté, ce qui est appréciable et bien entendu : vérifiable.

De plus, cette démarche de l’intelligence et de la raison pour connaître Dieu, est recommandée par l’Eglise elle-même qui dit :
 » La Sainte Église, notre mère, tient et enseigne que Dieu, principe et fin de toutes choses, peut être connu avec certitude par la lumière naturelle de la raison humaine à partir des choses créées «  (CcVatican I : DS 3004 ; cf3026 ; DV 6).
Le texte du concile Vatican I poursuit :
Sans cette capacité, l’homme ne pourrait accueillir la révélation de Dieu.
L’homme a cette capacité parce qu’il est créé  » à l’image de Dieu « 

(Gn 127). (CEC,  III. La connaissance de Dieu selon l’Église.)

Ayant fait la démonstration (dans les cinq premiers tomes) que sur de nombreux sujets vérifiables, le paradigme biblique est compatible avec le réel, comme c’était le cas avec notre exemple du soleil, nous nous sommes alors demandés s’il ne fallait pas s’arrêter là, puisque nous avions terminé l’enquête qui n’avait pour objet que la période de l’Antiquité et les  représentations du monde (paradigmes) de toutes les philosophies et religions de cette période précise.  Notre enquête ne portait QUE sur cette période, car c’est au cours de  l’Antiquité qu’ont été exprimées les représentations du monde, sur un mode poétique, mythique et mythologique, imagé, pour tenter de dire le comment de ce monde.

En nous penchant sur cette période précise qui concerne les siècles « avant Jésus Christ », nous avons donc confronté au réel les paradigmes. Or c’est sur ce point qu’il faut être très précis pour éviter de graves malentendus. Attention : nous n’avons pas confronté les religions et les philosophies aux sciences ! Car c’est impossible.

Ce que nous avons confronté à l’outil scientifique, ce ne sont pas les philosophies et les religions : ce serait confondre les ordres de la connaissance. (2) Ce que nous avons confronté au réel, ce sont les paradigmes énoncés par les philosophies et les religions. Car ces paradigmes, ces représentations du monde, prétendent toutes nous dire quelque chose du monde physique. Ce monde physique, c’est cela qui deviendra exactement  l’objet d’étude des sciences expérimentales comme pour notre exemple du Soleil.

Chaque religieux, philosophe, sage ou mage de l’Antiquité, a tenu à expliquer comment il comprenait ce monde, comment il l’interprétait. Et tant qu’on ne pouvait pas vérifier, chacun de ces orateurs pouvait dire tout ce qu’il voulait. Et c’est ce qui s’est passé. Grâce à cela, les chercheurs, archéologues, égyptologues, papyrologues, ont pu récupérer et traduire, puis dater avec de plus en plus de précision, des quantités de documents venant de l’Antiquité. Et ainsi, nous savons comment telle civilisation se représentait le Monde, son histoire, sa raison d’être…

Bien entendu, ni les auteurs bibliques, ni aucun de ces auteurs de l’Antiquité n’a cherché à rédiger un traité scientifique -le mot n’existait pas, ni le concept- mais ils ont tous exprimé comment ils comprenaient ce qu’ils voyaient de cet Univers : comment sont faits le ciel et les étoiles, le soleil, la lune ? Comment sont faits les êtres vivants, les êtres humains ? Or toutes les réponses sont devenues vérifiables grâce à l’outil des sciences expérimentales.

Grâce à cet outil, nous pouvons enfin confronter au réel, de façon objective,  honnête et vérifiable, non pas ces philosophies ou ces religions, mais tous ces récits de création, tous ces paradigmes associés à ces courants de pensée. Or nous sommes très surpris de constater que le paradigme des hébreux bibliques est, de tous les paradigmes recensés, celui qui est le plus compatible avec le réel connu par les outils scientifiques. Ce que nous avons relaté dans les cinq premiers tomes ainsi que dans ces chroniques.

Or, nous aurions pu nous arrêter à ce constat. Mais nous avons poursuivi l’enquête avec les paradigmes chrétiens. Pour quelles raisons ? Parce que tout le monde sait que les chrétiens qui sont arrivés plus tard, ont adopté le paradigme biblique. Malgré plusieurs tentatives de séparation, comme celle de Marcion (voir Tome 7)(2) qui voulait rejeter une grande partie de la Bible hébraïque, les chrétiens ont tout gardé de la Bible des Hébreux qu’ils ont traduite en latin, et ils l’ont adoptée. (Elle existait déjà en grec, le grec hébraïsé des Septante).

Même si cela était difficile, voire risqué, il nous a semblé plus honnête de poursuivre l’enquête en utilisant exactement la même méthode de confrontation au réel que celle des cinq premiers Tomes. D’autant plus que les jeunes nous interrogent sur différentes  questions concernant le christianisme et sa représentation du monde.

Dans le tome 6, qu’avons-nous confronté au réel ? La théologie catholique ? Certainement pas ! Les enquêtes des  indices pensables ne sont pas compétentes pour apprécier ou  juger des théologies ! Ce serait apporter une confusion grave dans les ordres de la connaissance ! Ce serait la confusion des domaines!  Ce que les indices pensables peuvent confronter au réel, ce sont … les paradigmes (encore et toujours) et rien d’autre !

Comme le dit mon lecteur qui a bien raison sur ce point : « Or jamais la science ne pourra accéder au premier couple et parvenir à une observation de l’état originel de l’humanité, exactement comme elle ne pourra observer la résurrection du Christ. »

Sur ce point nous sommes parfaitement d’accord et j’ajouterai : les enquêtes de Indices pensables (et les sciences expérimentales) sont absolument incompétentes pour étudier scientifiquement la question de savoir si les saints anges existent, si le Seigneur est présent ou non dans l’eucharistie. Il ne servirait à rien d’examiner le pain et le vin consacrés avec un microscope pour y vérifier quoi que ce soit.  Il est hors de question de vérifier si un Péché Originel a eu lieu ou pas. Toutes ces déclarations appartiennent au registre de la foi et ne sont EN AUCUN CAS soumises à ce type d’expérience scientifique.

Alors, que pouvons-nous étudier avec nos enquêtes ? Nous l’avons dit : uniquement les représentations du monde (paradigmes). Et non pas comme l’a mal compris mon lecteur : « Finalement la méthode revient à soumettre la foi à la raison scientifique et à n’admettre pour vrai que ce qui peut être vérifié par celle-ci. » Non. Il n’est pas question de « soumettre la foi à la raison scientifique » et jamais vous ne trouverez cela dans les indices pensables : ce n’est jamais  la foi qui est examinée par les sciences. Ce qui peut et doit être confronté au réel, ce sont les paradigmes, les représentations et uniquement elles.

Par exemple nous venons de le voir : si la théologie affirme qu’un péché originel a eu lieu, les enquêtes des indices pensables sont incompétentes pour le confirmer ou l’infirmer. Mais si la théologie sort de son espace en affirmant : la maladie et la mort biologique sur Terre sont une conséquence de ce péché originel de nos premiers parents, la théologie prend alors le risque d’être vérifiée par le réel.

Et c’est ce qui se passe, puisque de nos jours, les enfants de douze ans savent très bien (grâce au progrès de la recherche) que la maladie et la mort existaient sur Terre, bien avant l’arrivée des premiers hommes (ou de nos premiers parents si vous préférez)… Les enfants savent que les dinosaures mouraient depuis des millions d’années ! C’est-à-dire bien avant la présence des hommes. La maladie et la mort ne datent pas des premiers hommes. On ne peut plus attribuer aux hommes la responsabilité de la mort de tout ce qui  a précédé leur création. On ne peut pas déclarer nos premiers parents responsables par leur première faute, de tout ce qui les précède dans l’histoire de l’Univers,  à moins d’écrire un roman de science-fiction et de voyage dans le temps.

Bien entendu, on ignorait cela au XVIII° siècle où les prédicateurs pouvaient encore déclarer en chaire que la maladie et la mort dans le monde déchu, étaient des conséquences ou des punitions du péché originel, mais ce paradigme est devenu impossible aujourd’hui. On ajoutait d’ailleurs que les volcans et les tremblements de terre étaient également la conséquence de la faute d’Adam et Eve. Or nous savons que ces mouvements des plaques tectoniques existaient des milliards d’années avant la création d’Adam et Eve. Ce qui conduit beaucoup d’étudiants à plaisanter à ce sujet.

Des responsables d’aumôneries, prêtres et laïcs,  pensent que nous tenons là une des raisons de la crise actuelle : si la représentation du monde chrétienne est incompatible avec le réel, les enfants devenus grands la rejettent. Ils trouvent que cela ressemble trop à un conte de fées. Le problème c’est qu’en rejetant à juste titre un paradigme erroné, ils rejettent trop souvent le christianisme tout entier en même temps ! Que faire ? S’arrêter à ce constat et baisser les bras ?

Nous répondons : ce n’est pas parce qu’une représentation est dépassée que le christianisme mérite d’être abandonné. Nous allons poursuivre courageusement l’enquête pour voir si nous trouvons d’autres représentations du monde dans tout ce que l’Eglise a énoncé au long de ses deux mille ans d’histoire.

C’est ainsi que nous rencontrons l’enseignement étonnant de saint Irénée de Lyon. Cet évêque de Lyon au  IIe siècle a laissé des écrits (Adversus Haeresis) dans lesquels il aborde la question de la maladie et de la mort d’une toute autre façon, non par une chute -trop grand risque de confusion avec les gnoses platoniciennes et païennes qu’il connait bien et combat- mais par une Création par étapes, en s’appuyant sur les fondements bibliques et évangéliques et en luttant de toutes ses forces contre les gnoses.

Ce thème de l’inachèvement que nous avons déjà étudié dans les chroniques (37 à 42 et 65 à 78) ne sont pas « des idées nouvelles », ni des idées « de Brunor » comme le croit ce lecteur, mais au contraire, des idées énoncées par des Pères de l’Eglise comme saint Irénée. Des pensées souvent inspirées qui appartiennent au trésor de la grande Tradition de l’Eglise, et qui sont trop méconnues du grand public. Des méditations qui méritent d’être rappelées, ce que nous avons essayé (bien humblement) de faire en les portant à la connaissance des lecteurs. Sachant qu’un album de Bd se prête peu aux longues citations, ce n’est pas vraiment leur place, nous renvoyons les lecteurs à ces chroniques publiées dans Zenit, qui permettent d’exposer davantage de citations.

En citant ces écrits de saint Irénée ou d’autres Pères de l’Eglise, nous ne faisons pas « de la théologie », nous poursuivons l’enquête historique en citant des documents pour y chercher des indices…

Nous poursuivrons une prochaine fois  avec d’autres malentendus à réparer :
Ce lecteur écrit : « Selon Brunor, le péché originel c’est le fait d’être créé inachevé… » Réponse : Bien sûr que non ! Jamais  les albums ne disent cela : l’inachèvement, qui est une idée -non pas de Brunor, mais de Saint Irénée de Lyon-  n’est PAS le péché originel.

Mais selon saint Irénée, c’est parce que l’Homme est fait imparfait et inachevé, c’est-à-dire « vieil homme » comme disait saint Paul, que le péché est possible. Mais le péché n’est jamais obligatoire, bien sûr, puisque nos libertés sont en jeu ! De même que la sainteté.

(A suivre…)

Brunor

.(1) sur le site de Zenit : https://fr.zenit.org/?s=les+indices+pensables

o u sur  http://brunor.fr/PAGES/Pages_Chroniques/02-Chronique.html

(2) Nouvel album : Les jours effacés. Brunor éditions

Voir les chroniques sur Zenit ou
http://brunor.fr/PAGES/Pages_Chroniques/02-Chronique.html

37-L’être humain, un grand prématuré
38-l’Homme nait  inachevé
39-Faisons l’Homme, ensemble. 
40-Théiosis ?
41- D’abord hommes, ensuite dieux ?
42- Comment sera-t-il achevé, celui qui est à peine créé ?

65-Les Hébreux ont dédivinisé le Monde
66-Peut-on connaitre Dieu en étudiant la Création ?
67-Une chute et deux interprétations
68-Quelle chute dans l’Ecriture ?
69-Conflit d’ interprétations
70- Il n’y a pas de théologie dans les indices pensables
71- L’individuation par la matière ?
72- Au commencement était la Parole, le message…
73- La confusion originelle
74- La punition (du) corporel ?
75- Qui est créé le premier ? L’homme spirituel ou matériel ?
76- Les contradictions de Philon.
77- L’erOS, un OS pour Philon.
78- Notre vocation : la théiosis !
79- D’abord hommes, ensuite seulement : dieux 

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