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Rencontre avec le clergé de Rome © L'Osservatore Romano

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Les conseils du pape François aux jeunes prêtres

Méditation pour le clergé de Rome (1)

« Tu dois chercher ton propre style, la manière juste de vivre ta vocation sacerdotale … Sans le dialogue avec le Seigneur, tu ne peux pas avancer ». Il faut aussi « dialoguer avec les limites, discerner les limites ; et pour cela, nous aider en nous confrontant avec notre père spirituel, avec un homme sage qui nous aide dans le discernement. » Ce sont les conseils que le pape a donnés aux jeunes prêtres, lors de sa rencontre de carême avec les prêtres du diocèse de Rome, le 15 février 2018.

Dans la Basilique Saint Jean-du-Latran, le pape a médité sur les différents âges de la vie sacerdotale. Voici notre traduction de la première partie de ce discours.

AK

Méditation du pape François (1)

Le groupe des plus jeunes : « Beaucoup de vocations naissent bien mais ensuite elles se refroidissent, s’habituent, s’éteignent. Comment passer du sentiment amoureux à l’amour dans la vie sacerdotale ? Ou encore, comment comment pouvons-nous nous attendre à ce que toute l’humanité d’un prêtre soit impliquée autour de ce centre qu’est l’amour nouveau pour le Seigneur ? Comment les désirs, les aspirations et les limites sont-ils impliqués ? Comment vivre dans la liberté une vie sacerdotale que nous sommes appelés à assumer avec amour, mais dans le concret on doit se débrouiller avec milles choses à faire et devoirs ? Parfois on se sent dans un grand train qui avance sans se préoccuper de nous. Comment se sentir élus par Dieu et réalisés en tant qu’hommes en dehors d’une carrière et loin des comparaisons ? Dans notre ville, souvent nous sentons que nous ne sommes pas incisifs : pouvons-nous être une humanité significative, c’est-à-dire pouvons-nous effectuer des choix de vie qui indiquent une route évangélique sur la façon de vivre la réalité urbaine déshumanisante de notre temps ? Aujourd’hui, le prêtre peut-il devenir un signe humain petit mais lumineux qui invite son troupeau à la liberté ? Quand les fatigues des jeunes prêtres sont dictées par le manque de force, le manque de prophétie, le manque de transparence ou au contraire quand pèse le style d’une Église pas encore renouvelée ? La vie commune, un style sobre, la prière moins rituelle et l’abandon des structures, quand tout cela ne rejoint pas la vie concrète du prêtre parce qu’il ne s’est pas laissé renouveler ou quand au contraire la vie ordinaire qui est attendue du prêtre ne répond pas à un renouvellement de son cœur ? »

Voilà la question. Beaucoup de questions en une seule ! Mais cela m’a plu qu’il y en ait autant parce qu’il y a quelque chose de commun dans ces questions : il y a l’abondance des circonstances. Si c’est comme ceci et que c’est comme cela, et cela, et cela… : des questions de circonstances. L’accent est sur les circonstances. « Quand il se passe ceci, si les choses sont comme cela et comme cela et qu’elles se passent ainsi, comment faire dans ces circonstances qui sont des limites, qui ne nous permettent pas d’aller de l’avant ? »

Devant ces circonstances, il n’y a pas d’issue. Si je pose une question – comme dans ce cas – sur les circonstances ou avec toutes ces circonstances, c’est une voie sans issue. C’est un piège, quand les circonstances deviennent aussi fortes. C’est un piège parce que cela ne te permet pas de grandir, il ne faut pas trop regarder les circonstances. En revanche, ce qui est central, c’est la manière juste de vivre les engagements sacerdotaux, et de chercher le style qui aide à offrir dans la paix et la ferveur. Laissons de côté les circonstances – il y en a tellement – mais regardons comment aller de l’avant. J’ai employé le mot « style » : cherche son style sacerdotal, sa personnalité sacerdotale, qui n’est pas un cliché. Nous savons tous comment doit être un prêtre, les vertus qu’il doit avoir, la route qu’il doit prendre… Mais le style, ta carte d’identité… Oui, on dit « prêtre », mais ton empreinte personnelle, la tienne, avec les motivations qui te poussent à vivre dans la paix et la ferveur. D’un côté, toutes les circonstances dans ce monde qui est comme ceci, ceci et ceci… ; de l’autre, ton style. Chacun de nous a son propre style sacerdotal. Oui, le sacerdoce est une manière de vivre, c’est une vocation, une imitation de Jésus-Christ d’une certaine manière ; mais ton sacerdoce est unique, dans le sens où il n’est l’égal d’aucun autre. Je dirais, devant cette question : cherche ton style. Ne regarde pas trop les circonstances qui ferment les issues. Cherche ton style : ton style comme prêtre et personnel.

Et ce style se développe dans une atmosphère. Je voudrais dire ceci : ce n’est pas un cliché de continuer de dire que nous ne pourrons pas vivre notre ministère dans la joie si nous ne vivons pas des moments de prière personnelle, face à face avec le Seigneur, en parlant, en conversant avec lui de ce que je vis. Cela n’est pas un cliché. [Vivre] le ministère avec joie, avec des moments de prière personnelle, face à face avec le Seigneur, parler avec le Seigneur, en conversant avec lui de ce que je vis. Les circonstances, ton propre style, le Seigneur. Est-ce que je parle de cela avec le Seigneur ? Toutes ces questions ? Ou bien est-ce que je parle avec moi-même, avec mon impossibilité devant toutes ces circonstances qui ferment la porte et qui me tirent vers le bas ? « Ah, ce n’est pas possible, c’est un désastre… on ne peut pas être prêtre dans ce monde sécularisé… » Et c’est le début des plaintes. Les limites. La question était : « Comment impliquer aussi les désirs et les aspirations, les limites ? » C’est une belle question : comment impliquer les limites dans ta vocation sacerdotale, dans ton style. Repérer les limites : les limites générales – le fait que je suis ici – et aussi les tiennes, personnelles. Dialoguer avec ces limites, dans le sens de que puis-je faire avec cette limites, comment porter sur moi cette limite. Discerner parmi les limites. Et la question peut nous effrayer parce qu’il y a beaucoup de limites, de nombreuses circonstances qui nous tirent vers le bas et « je ne peux pas être prêtre », non ! La réponse est : il y a une voie, c’est ton style sacerdotal, le dialogue avec tes limites, le discernement avec ces limites, et aussi avec ces circonstances. Ne pas en avoir peur. Discerner aussi ses propres péchés, parce que les péchés sont pardonnés, c’et vrai, le sacrement de la confession est pour cela ; mais cela ne s’arrête pas là. Ton péché nait d’une racine, d’un péché capital, d’un comportement et c’est une limite qu’il faut discerner. C’est une autre voie, différente de la demande de pardon pour le péché. « Non, oui, j’ai ce problème, je me suis confessé, c’est fini ». Non, cela ne s’arrête pas là. Le pardon est là, mais ensuite tu dois dialoguer avec cette tendance qui t’a conduit à un péché d’orgueil, de vanité, de jalousie, de ragot, je ne sais pas… Qu’est-ce qui me pousse à cela ? Dialoguer avec la limite que j’ai en moi et discerner. Et le dialogue, avec ces limites, toujours – pour être ecclésial – il faut le faire devant un témoin, quelqu’un qui m’aide à discerner. Et là, la confrontation est très importante : ce qui m’arrive, m’y confronter avec quelqu’un d’autre. La nécessité de la confrontation. Pas tellement des péchés, je dirais qu’il faut faire une distinction : les péchés doivent être confesser et demander pardon, et cela se termine là ; ensuite, avec le Seigneur, j’avance. Mais les limites, les tendances, les problèmes qui me poussent à cela, les maladies spirituelles que j’ai, cela oui, je ne pourrai jamais vaincre cela ni résoudre les problèmes qui me poussent [au péché] sans confrontation. La confrontation. Et là [il s’agit] de chercher un homme sage. Un homme sage. C’est la figure ecclésiale du père spirituel qui commence avec les moines du désert : celui qui te guide, t’aide, qui dialogue aussi avec toi, qui t’aide dans le discernement. Si tu as péché, c’est une limite, c’est vrai : cherches-en un miséricordieux et s’il est sourd, c’est mieux. Demande pardon et avance. Mais cela ne s’arrête pas là. Qu’est-ce qui t’a conduit au péché ? Quelle est la tendance, quel est le problème ? Cherche un sage pour la confrontation, pour dialoguer avec tes limites, avec tes faiblesses, pour dialoguer et chercher à résoudre ce chemin. Je vous le dis en vérité : le prêtre est célibataire et en ce sens on peut dire que c’est un homme seul ; oui, jusqu’à un certain point, on peut dire cela. Mais il ne peut vivre seul, sans un compagnon de route, un guide spirituel, un homme qui l’aide à se confronter, à discerner, à dialoguer. Il ne suffit pas de confesser ses péché : c’est important, parce que là – et je l’ai toujours senti, c’est une des plus belles choses du Seigneur – il y a l’humilité du pécheur et la miséricorde de Dieu qui se rencontrent et s’embrassent ; c’est un très beau moment de l’Église, le pardon des péchés. Mais cela ne suffit pas. Tu es responsable aussi d’une communauté, tu dois aller de l’avant et pour cela tu as besoin d’un guide. Je vous dis de ne pas avoir peur ; aux jeunes aussi : commencer jeunes par cela. Chercher. Il y a des hommes sages, des hommes de discernement qui aident beaucoup et accompagnent beaucoup.

Donc, pour résumer : dans cette question, l’accent est trop mis sur les circonstances et cela peut devenir un alibi. Parce que si tu regardes seulement les circonstances, il n’y a pas d’issue. Tu dois chercher ton propre style, la manière juste de vivre ta vocation sacerdotale ; et pour cela, cela n’est pas quelque chose de vieux, ce n’est pas un cliché de continuer de dire que nous ne pourrons pas vivre notre ministère avec joie sans vivre des moments de prière personnelle, face à face avec le Seigneur, en parlant, en conversant avec lui sur ce que nous vivons. Tout cela doit être porté dans la prière, avec le Seigneur. Sans le dialogue avec le Seigneur, tu ne peux pas avancer. Dialoguer avec les limites, discerner les limites ; et pour cela, nous aider en nous confrontant avec notre père spirituel, avec un homme sage qui nous aide dans le discernement. Et les jeunes, il les aide beaucoup – et ils le font ! – c’est un plus, cela, et les moins jeunes le font aussi – et aussi des petits groupes de prêtres qui s’accompagnent entre eux : la fraternité sacerdotale. Ils se rencontrent, ils parlent, et c’est important, parce que la solitude ne fait pas de bien, ne fait pas de bien.

C’est ce qui me vient à l’esprit sur la première question. Mais je voudrais souligner cela : faites attention à ne pas vous tromper avec les limites. « Oh, ce n’est pas possible, regarde celui-ci, et celui-là, le monde est une calamité, celui-ci et cet autre, la télévision, celui-ci et cet autre… » : ce sont des limites culturelles ou personnelles mais ce n’est pas la bonne voie. La bonne voie est l’autre, celle que j’ai indiquée. Et toujours au centre le Seigneur Jésus, la prière.

Traduction de Zenit, Hélène Ginabat

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